‹ L'Art et l'archéologieChapitre 33 sur 102 · I . Joiirna/ des SavtinfSj août 1852, p. 504 d üuiv · texte numérisé non relu

I . Joiirna/ des SavtinfSj août 1852, p. 504 d üuiv

16(i ARCHÉOLOGIE ORIENTALE.

de trouver dans toute la Palestine et les contrées voisines un seul monument dont l’existence remonte à l’époque d’ Abraham et même à celle de David.

Ce n’est point parce qu’une opinion prend une forme dogmatique, — opinion contre laquelle l’observation physique, l’histoire et la raison des choses conspirent d’un commun accord, — qu’elle a plus de chances de se faire accepter. En vain on s’écrie : « Faites comme moi, allez étudier par vous-mêmes; rejetez sans regret les théories»à priori sorties de toutes pièces du fond d’un cabinet d’études : le meilleur des livres descriptifs ne vaut pas une heure passée sur le terrain. » Il n’en est pas moins vrai que sur le terrain on peut être tout aussi bien la dupe d’une foule d’illusions que dans sou cabinet.

Sur le terrain, mille circonstances se réunissent pour égarer le voyageur, pour surprendre sa bonne foi. Un jugement sain, une grande pénétration d’esprit ne suffisent pas toujours pour le faire sortir triomphant de cette épreuve, et le danger s’augmente quand ou arrive sous l’influence d’une idée première, poussé même par une intention honorable, par le désir d’enrichir la science de quelque fait nouveau. D’ailleurs, personne n’ignore combien il est difficile d’obtenir des renseignements d’une exactitude même médiocre, non-seulement sur ce qu’on ne voit pas, mais même sur ce qu’on voit dans ces contrées malheureuses, où le sol se partage entre la fanatique population des villes et les races sauvages du désert. Comment croire, lorsque les habitants de nos campagnes sont si profondément ignorants de ce qui touche à l’histoire de

leur pays, que des peuplades barbares aient conservé religieusement le souvenir d’événements qui remontent à une antiquité reculée? Mais ce qui contribue le plus souvent à éloigner de la vérité, ce qui donne l’apparence de la réalité à un fantôme, c’est l’obséquieuse complaisance des Arabes en certains cas. La plupart des Européens qui ont parcouru l’Orient ont remarqué l’empressement des guides à répondre d’une façon affirmative aux questions qui leur étaient adressées, dans l’espoir fondé qu’ils augmenteraient aiusi leur salaire. Or, les guides de tout pays tiennent un peu des Arabes'. Qu’on lise, par exemple, ce petit dialogue entre l’auteur du Voyage dans les Terres bibliques et le cheikh Abou-üaouk ; « Quand je lui demande où était la ville de Sdoura ; — Ici, dit-il. — El cette ruine, était-elle de la ville liiaudite? — Sahihh! (sûrement.) — Y a-t-il d’autres ruines de Sdoum? — Ndam / Fih kherabat ktir (oui, il y a beaucoup de ruines). — Où sont-elles? — Bon! oua hon (là et là).

— Et il me montre la pointe de la montagne de sel^. » Cet Abou-Daouk est un perfide. Mieux eût valu cent

fois, dans l’intérêt de la vérité, qu’il se fût borné à répondre au savant voyageur comme les Arabes de l’Algérie aux ingénieurs français, qui levaient la carte du pays. Quand ces derniers leur demandaient le nom d’une localité : — Manarf, répondaient les Bédouins.

— Et ceci? — Manarf. — Et cet autre endroit? — Manarf. — Cet éternel manarf parvint enfin à éveiller

1. Sur certaines révélallons trop complai.santes des guides, on peut « üiisullcr Niebuhr, Voijaije en Arabie^ t. I®*".

2, Voymje dans Itns Terres biblii^ncSy t, l®‘‘, p. 249.

IGS archéologie orientale.

les soupçons de nos officiers d’état-major, qui reconnurent que manarf veut dire en arabe : .fe ne sais pas.

La perfidie d’Abou-Daouk ressort clairement d’une lettre adressée d’Édimbourg, il y a trois mois à peine, à un savant français. Cette lettre émane d’un marin hollandais, homme sérieux, esprit distingué, auteur d’un ouvrage estimé sur les Colonies hollandaises aux Indes archipélagiques. M. Quatremère a cru pouvoir invoquer le témoignage de cet explorateur, recommandable à plusieurs titres. « Enfin , dit-il, un voyageur très-instruit, M. Van de Welde, qui vient de parcourir le midi de la mer Morte , est complètement persuadé que les prétendues ruines de Sodome n’existent réellement pas, et qu’on a pris des amas de pierres réunies par la nature pour des constructions antiques'. » Nous croyons devoir citer quelques passages essentiels de la lettre du voyageur hollandais : « Je trouve, dit-il, que l’ouvrage de M. de Saulcy n’est qu’un tissu d’erreurs, .le suis peiné de voir que la géographie biblique a été traitée par ce voyageur avec tant de légèreté et d’une façon si frivole; mais ce qui est plus grave, ce sont les fableà que M. de Saulcy a débitées au sujet de la découverte de Sodome. J’avais une copie de la carte manuscrite du voyage de M. de Saulcy autour de la mer Morte, et c’est avec 'cette carte que j’ai été sur les lieux mêmes. J’ai pris pour guide ce même Abou-Daouk qui avait accompagné M. de Saulcy. Je déclare, avec toute la solennité possible [most solemnly]^ qu’on n’aperçoit de ruines

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