‹ L'Art et l'archéologieChapitre 54 sur 102 · Archaologische Zeiluny, Berlin, 1843, p · texte numérisé non relu

Archaologische Zeiluny, Berlin, 1843, p

li. Iteisc von ïrapezunt, p. 45.

Le fond de cette interprétation est solide, M. Perrot a vu la Pierre écrite, de ses yeui vu. 11 l’a vue en compagnie d’un artiste de talent, de M. Guillaume, auquel on doit une belle restauration du temple d'Auguste. De son crayon bien taillé, et avec sa vive intelligence de l’antiquité figurée, M. Guillaume a fait sortir une copie excessivement soignée des sculptures d’Iasili-Kaïa. Comparez cette copie si minutieusement faite aux planches données par Texier, et vous comprendrez d’où vient l’erreur des premiers interprètes et pourquoi l’on se sent porté à conclure comme M. Perrot.

A peine ceci est-il écrit, qu’une crainte me saisit. Parler de Tammonz et de Baaltis dans une feuille quotidienne, et par le temps qui court, n’est-ce pas trop compter sur Findulgeuce de mes lecteurs et m’exposer à de tristes commentaires ? Je sens le besoin de m’excuser, et je vais plus loin.

Le dirai-je ? César n’est point étranger à cette mission scientifique. — Comment ! César? — Oui, César. Il y a' dix ou douze ans César était à la mode en France. Auguste tenant de près à César, on pensa qu’une révision nouvelle de son testament serait parfaitement utile et de saison. La mission était délicate. Par exception, on choisit celui qui pouvait le mieux la remplir. Et ici Je crois devoh’ fortement appuyer : voilà trois cents ans que l’érudition dans toute l’Europe a les yeux fixés sur ce testament d’Auguste ', et il est aujourd’hui re-

I. Dans un ouvrage couronné par l'Académie des Inscriptions: Exfimen critique des hhtoriem anciens de la vie et du tique d^ Auguste, Paris, 1844, in-8 ; travail que l’érudition contemporaine doit à

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connu que l’honneur de l’avoir mis en pleine lumière revient à deux contemporains, à deux Français. Grâce à des fouilles, à des démolitions , car le temple d’Auguste est entouré de maisonnettes; grâce à une persévérance indomptable; grâce au savoir de M. Perrot; à l’œil et à la main de M. Guillaume, la presque totalité des deux textes a été relevée, et le monde savant possède aujourd’hui, du texte latin, nous l’avons déjà dit, une irréprochable copie.

Un épigraphiste allemand, auquel M. Perrot a bien voulu communiquer eu épreuve la reproduction du testament d’Auguste, s’est empressé de mettre à profit ce concours inespéré pour publier sur l’inscription d’Ancyre et celle d’Apollonie, pareilles toutes deux, un travail approfondi La reconnaissance a fait taire chez ce grand érudit un chauvinisme allemand dépassant toutes les bornes, et il n’a pas ci;aint de déclarer que le soin que M. Guillaume et M. Perrot avaient pris de mesurer les vides qui se voient dans l’inscription d’Ancyre — précaution qui facilite on ne peut mieux la restitution des mots effacés — que ce soin, disons-nous, donnait à leur travail, excellent du reste, une supériorité telle qu’il rendait inutiles les travaux antérieurs; ajoutant que, quant à lui, il s’était appliqué presque partout à suivre la copie que M. Perrot avait détachée de son splendide itinéraire. Oui, splendide : le mot y est.

M. Egger. On y trouve une excellente notice bibliographique sur les recherches savantes dont le monument d'Ancyre a été l’occasion depuis trois siècles.

1. Rc> gestm divi Augmii. Ex Monumentia Ancyrano et Apollonienai i-didil Th. Mommsen. Accedunt labb. très. Beroiini, 1865, in-8.

2i;4 ARCHÉOLOGIE ORIENTALE.

Qui a déclaré cela ? M. Mommsen ! C’était avant Sedan, il est vrai. L’aveu n’en est pas moins précieux.

La traduction française du testament d’Auguste, que M. Perrot offre à ses lecteurs, traduction faite sur le texte latin, restitué d’après sa copi^ par M. Mommsen, permettra de lire couramment , et dans son entier, une page célèbre. 11 y aurait beaucoup à dire sur ce sommaire de la vie d’Auguste , sommaire préparé par lui-môme, car il se présente, suivant le caractère ou l’humeur des gens , sous un aspect ou sous ua autre : ainsi, tandis que les uns admirent ce récit « qui touche au sublime par sa simplicité, » d’autres, comme M. Mommsen, ne peuvent voir dans YIndex rerum gestarum, dans ce résumé fastueux et incomplet où la guerre avec Sextus Pompée par exemple est écrite en quatre mots, que ce qu’un empereur, « qui n’a eu d’un grand homme que le masque, a voulu laissér croire à la foule et surtout à la populace dans tous les pays. » Et comment ne pas être de cet avis, quand on remarque qu’ Auguste met au nombre de ses titres à l’estime et à la reconnaissance des Romains, d’avoir donné vingt-six combats de bêtes fauves et fait combattre dix mille gladiateurs ?

Pourquoi M. Perrot, qui sait si bien ce qu’il y aurait eu d’intéressant et de piquant à mettre la vérité en regard de cette statistique sonore, à rapprocher le cruel, l’implacable triumvir, du vieil empereur devenu clément, à faire ressortir ce contraste si frappant dans un même homme, s’est-il dégagé de cette recherche ? Pourquoi n’a-t-il point cédé au désir de placer uii crayon nouveau à côté des portraits tracés par M. Feulé

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et par M. Gaston Boissier? Pourquoi?... Je in'arrête, car j’entends M. Perrot me dire : « Ce n’était pas dans le plan de mon ouvrage. »

Homme du devoir avant tout, M. Perrot n’a pas voulu dépasser son programme. Des pages sérieuses lui ont paru plus nécessaires qu’une digression brillante. Dissiper les ténèbres dont l’archéologie de certaines provinces de l’Asie Mineure étaient encore couvertes, trouver de nouvelles inscriptions, vérifier celles déjà publiées, élucider certains points de géographie et d’histoire, telle était sa tâche, et, on ne saurait trop le répéter, elle a été supérieurement remplie. Quelle méthode ! quelle bonne et sobre philologie ! quel effort d’exacte et scrupuleuse critique dans ce beau livre qu’on ne. ferme qu’avec une sorte de respect, et en se disant que celui qui l’a écrit vient de marquer sa place parmi nos plus habiles, nos plus consciencieux et nos plus savants explorateurs !

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