Dumont et Ghaplain, la dans la Grèce (titre provi
soire) j 2 vol. in-4 de 300 papes ehaeun, contenanl 60 planches en taille-douce, comprenant plusieurs sujets, 40 chromolithographies et de nombreux bois dans le texte. Paris, Kirmin-Üidot. (Sous presse.)
L’ART GREC
et la Propagande prussienne en Alsace^ et je disais que M. Dumont lui-môme, enfant de l’Alsace, n’avait pas hésité à interrompre le cours de ses travaux sur Tantiquité pour nous faire connaître par quels procédés un ennemi intelligent, mais dur, tentait de germaniser une de nos plus belles provinces. Aujourd’hui c’est l’épigraphiste, l’érudit que- je reprends, et dont je voudrais indiquer l’activité merveilleuse, la souplesse intellectuelle, car il ne le cède à aucun pour la rapidité de conception et l’exécution facile.
Dans les studieux loisirs do notre École française d’Athènes, M. Dumont regarda autour de lui. Le signal des recherches archéologiques avait été donné longtemps à l’avance par M. Beulé, suivi d’une vaillante cohorte dont MM. Perrot, lleuzey, Foucart, Wescher, etc., sont à présent les plus en vue. Il y avait là pour lui de beaux exemples. Le but était marqué. Sa bonne étoile l’a bien servi. En 1860, on découvre au pied de l’Acropole une riche série de stèles qui contenaient en partie les annales des éphèbes.
Dumont accourt; il lit, il examine, il rapproche, il compare, et de là le germe d’un livre intitulé ; Essai sur l'Éphébie, livre qui va combler une grande lacune, en nous faisant connaître une belle institution, jusqu’à présent presque ignorée faute des éléments nécessaires; institution sur laquelle je demande à dire un mot.
Les Athéniens donnaient le nom d’éphèbes aux jeunes gens de dix-huit et dix-neuf ans qui formaient en dehors de la ville une garde civique. A l’intérieur, desfêtes, des exercices, des jeux sacrés remplissaientles
MISSION ARTISTIQUE EN (ÎKÊCE. ilüt
journées des éphèbes. C’était une sorte de noviciat politique, militaire, religieux; une préparation au rôle de citoyen. Le jour où Athènes cessa d’être libre, l’éphébie devint un collège, une université, sous la conduite de maîtres nombreux, et les noms des élèves qui remportaient des prix furent gravés sur le marbre avec les noms des professeurs et des archontes éponymes , c’est-à-dire des magistrats dont les noms , comme ceux des consuls de Rome, servaient à désigner l’année.
On le voit, les stèles éphébiques fournissent le sujet d’une triple étude : celle de l’institution même ; celle des familles athéniennes, dont elles constituent, pour ainsi dire, l’état civil; celle des archontes éponymes, dont les séries, complétées par M. Dumont, contribueront singulièrement à éclaircir les fastes de l’Attique.
En 1869, le ministre de l’instruction publique décida que VEssai sur rÉphébieèevdM imprimé en deux volumes, dont le premier contiendrait l’histoire de cette institution et le second les textes épigraphiques qui en forment la trame pour ainsi dire. Dès lors M. Dumont sentit le besoin de revoir la Grèce. De là, une mission littéraire et, de plus, artistique. En effet, dans cette exploration supplémentaire, l’épigraphie ne fut pas l’unique objet des préoccupations de M. Dumont. Un grand prix de Rome, un graveur en médailles, M. Chaplain, devint son compagnon de voyage, et c’est à cette heureuse circonstance qu’il faut attribuer une nouvelle conquête : je parle de la collection céramique annoncée plus haut.
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Cinq cents dessins composent celte collection ; vases de la Grèce proprement dite ; terres cuites ou statuettes; monuments de bronze; monuments métrologiques. Beaucoup de ces dessins sont charmants. Le crayon a été sincère. M. Chaplain, homme de goût, a su rendre l'exquise naïveté de ses modèles, j’allais dire leur candeur.
N’idlez pas croire que, pour former cette collection, MM. Dumont et Chaplain aient eu besoin de pratiquer des fouilles, de fureter dans les tombeaux. Il leur a suffi d’être polis : les Athéniens sont sensibles à l’esprit, à l’agrément, et ils ont ouvert à nos compatriotes leurs maisons et leurs galeries. Riche ou -pauvre, à Athènes, aujourd’hui, il n’est pas d'habitation où vous ne puissiez trouver un vase, une statuette. Artiste, le Grec l’est toujours, mais il est encore plus patriote. 11 vous laissera copier les petits trésors, ornement du foyer domestique, il ne vous les vendi’a jamais.
L’Allemagne se proposait depuis longtemps de mettre la main sur cette ravissante antiquité figurée. Dieu merci, elle s’est laissé devancer! L’art grec domestique , cette chose légère , pétillante , ne nous arrivera plus de Berlin, alourdi, épaissi par les dessinateurs de Y Archdologische Zeitwig.
Et voilà comment un savant, qui ne dédaigne pas de perfectionner son goût ailleurs que dans les livres; un savant qui s’est tout nouvellement complété et retrempé sous le plus beau ciel du monde, vient de rendre, non-seulement aux érudits, mais encore à nos artistes et à tous les amis de l’art hellénique, des services signalés.
l’art grec au palais de l’industrie. Î7I
{Journal des Débats, 9,g norembre ! 860.)
L’Université nous offre en ce moment un spectacle qui certes ne manque pas d’intérêt. Un de ses meilleurs esprits, l’excellent auteur de YEssai sur la métaphysique d'Aristote, s’est fait artiste. M. Ravaissoii travaille à former une galerie composée des ccuvres les plus grandioses de la statuaire grecque. Le goût des hautes et sérieuses études n’a point banni de son âme l’amour des arts. Il est du petit nombre de ceux qui passent aisément de la contemplation du beau divin, du beau philosophique, à la contemplation savante de la beauté humaine dans les créations du sculpteur et du peintre, et qui ne laissent Platon que pour courir à Phidias.
Il y a quelques années (1853), le ministre de l'instruction publique prit soin d’appeler plusieurs hommes éminents dans les arts à faire partie d’une commission qui devait proposer un plan pour la constitution de l’enseignement du dessin dans les lycées. Nommé président, M. Ravaisson adressa un rapport au ministre, œuvre bien digne de l’attention la plus sérieuse ‘ . Dans un beau langage, l’auteur y justiQe les solutions diverses auxquelles ses collègues se sont arrêtés, soit
1 . Ici même, dans le Journal des Débats, tonte l’importance de ce travail a été signalée par H. Delécluie,
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par des observations pratiques, soit par des considérations d’un ordre élevé. Il mériterait d’être plus connu cet écrit, dans lequel les conclusions des maîtres contemporains s’appuient sur l’expérience des maîtres dans le passé. Quand l’art flotte à l’aventure, des préceptes venant de haut, des théories puisées aux sources les plus limpides, peuvent le guider et le sauver.
Parmi les questions sur lesquelles les membres de la commission étaient appelés à se prononcer, il en est une fondamentale en pareille matière : celle de savoir quels sont les modèles en relief qui doivent servir à l’enseignement du dessin. Deux sortes de modèles ont été désignés par la commission : premièrement, les chefs-d’œuvre de l’antiquité où la forme humaine est représentée à son plus haut point de perfection ; secondement, ceux où l’art a exprimé des types individuels avec leur beauté particulière et même leur singularité. Quant à ces modèles que depuis tant d’années on place sous les yeux des élèves, la commission s’est empressée de demander qu’ils soient écartés de l’enseignement. Statues antiques, mais copies ou imitations de certaines œuvres célèbres, ces modèles accusent pour la plupart une influence romaine; l’accent, l’individualité, qui caractérisaient les originaux, ne se retrouvent plus ici. Sous la froide régularité de certaines formes de convention, ce feu s’est éteint. On ne le sait que trop! c’est ce faux idéal, cet art abstrait et sans racines qui a accumulé contre l’antique une masse de préventions : préventions très-excusables quand on songe aux œuvres
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iusipides imitées de cette statuaire de seconde main.
Ces ligures où la \ie bouillonne, dont l’épiderme semble frissonner au toucher, où le vrai et le beau se confondent, ces grands modèles demandés par la commission du 8 juin 1853, M. Ravaisson s’est chargé de les choisir. Or de ce choix à l’établissement d’une galerie où l’on verrait reproduits par le moulage un grand nombre de marbres peu connus, il n’y avait qu’un pas. Ce pas, M. Ravaisson l’a franchi, et avec une facilité d’autant plus grande que ce projet depuis longtemps était né dans son esprit. Telle est l’origine de .cette collection que l’on voit au Palais de l’Industrie, échantillon modeste, mais précieux, de ce qu’il y aurait à faire, et dont je voudrais parler.
L’art grec a conservé pendant quatre cents ans la plénitude de sa puissapce, ses productions furent innombrables ; la seule ville de Rhodes renfermait, diton, trois mille statues ! Jugez du'reste. Déjà, en dépit de la faiblesse de nos moyens d’information nous avons recueilli les noms de plus de six cents artistes. Cependant, bien que cet art soit vaste comme un monde, il est encore peu connu. D’où vient cela? C’est qu’à partir de ce siècle seulement des œuvres monumentales ayant date certaine et pouvant être rattachées aux plus grands noms, des œuvres que chacun de nous peut apprécier, sont venues enrichir les musées de l’Europe. Ah ! qu’elles soient bénies les mains rapaces de lord Elgin! Avant le jour où ses matelots transportèrent des rivages du Pirée dans Great-Russell Street les marbres du Parthénon, que savions-nous de Phidias? Winckelmann lui-même, que savait-il sur le vé-
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ri table art grec, bien qu’il en ait raconté Thistoire avec tant de génie ?
Les bas-reliefs du temple de la Victoire sans ailes, les frontons d’Égine, la frise de Phigalie, et tout récemment les sculptures d’Halicarnasse, ont fait briller çà et là à travers le nuage une lueur très-vive. Cependant combien notre ignorance sur certaines parties de l’art grec est encore profonde ! Les olympiades s’entassent sur les olympiades, le monde marche, le génie hellénique accumule les chefs-d’œuvre, et cette lutte de l’industrie humaine avec la nature qu’elle prétend égaler dans ses créations, ce combat merveilleux sous le plus beau ciel, par la race la mieux douée, passe inaperçu devant nous! De Phidias au temps d’Auguste, le voile semble s’épaissir. De Praxitèle et de Lysippe, que nous reste-t-il? Des imitations que jusqu’à présent on peut croire peu authentiques. Scopas, l’Euripide de la statuaire, nous serait totalement inconnu sans une reproduction célèbre du groupe des Niobéides*. Espérons que les bas-reliefs d’IIalicarnasse pourront nous le révéler encore plus pleinement.
Faut-il baisser la tête? faut-il se dire que nous ne le connaîtrons jamais dans son ensemble, cet art l’un des plus beaux fleurons de la couronne de la Grèce? Je ne le crois point. La terre ne nous a point encore livré tous ses trésors. Le sens de l’artiste, la sagacité de l’érudit, l’intelligence, le hasard, ne sont-ils pas là tout prêts à se mettre à l’œuvre? Croyez-le bien, ils nous réservent encore d’autres surprises. Cherchons dans