PEINTURES DE SAINT-GERMAIN DES PRÉS
belles paroles de Bossuet ; « Le ciel leur est proposé comme devant être emporté de force. » Ma plume ne saurait rendre la confusion pleine d’épouvante que nous montre le tableau suivant. M. Flandrin est parvenu à nous donner une vive image de l’étonnement profond et de la douleur convulsive de ces hommes, de ces femmes, privés tout à coup du plus beau privilège de l’humanité, de la faculté de s’entendre. Au milieu de cette foule agitée s’élève l’orgueilleuse Babel couverte de nuages menaçants.
Depuis qu’il manie le pinceau, M. Flandrin ne s’était point encore montré aussi hardi, aussi abondant et chaleureux que dans cette oeuvre colossale dont l’ensemble ne comprend pas moins de cent trente ou cent quarante figures, de grande proportion. Jamais il ne s’était placé à un point de vue si élevé. Nous connaissions les rares qualités du puissant élève de M. Ingres, son beau dessin, son grand style, cette science d’exécution aujourd’hui peu commune; nous avions applaudi à cette étude scrupuleuse de la nature qui n’exclut ni l’imagination ni le jet; nous avions admiré les rehgieuses aspirations d’un talent nourri de ce que le passé en Grèce et en Italie offre au monde de plus élevé, de plus exquis ; mais tout ce que ce talent renfermait de richesse d’invention et d’originalité, nous ne le savions pas encore. Quelle volonté, quelle énergie, que de ressources il faut trouver en soi pour reprendre d’une manière aussi magistrale la Bible et l’Évangile ; pour remuer avec tant d’activité et de vigueur, et cela en moins de trois années, ce sol si profondément fouillé par les plus beaux génies, et
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pour y faire éclore quelque chose de nouveau et de vraiment durable !
M. Flandrin n’est point de ces artistes philosophes qui placent au même rang Jésus-Christ et Yichnou. Mais, pour être moins vaste, son inspiration n’eo est pas moins profonde ; chez lui le cœur et les convictions se mettent de la partie. Le scepticisme, à mon sens, ne vaut rien dans l’art. La terre sous son ombrage reste stérile, et ses fruits ressemblent à ces pommes de Sodome dont la brillante écorce, dit-on, cache de la cendre. Dans l’art il faut croire, il faut aimer. Voyez M. Ingres, ce grand adorateur des anciens, cet apôtre du beau qui nous révèle par des chefs-d’œuvre les actes de foi de son cœur enthousiaste. Ame pieuse et tendre, M. Flandrin semble n’avoir jamais connu le doute et les terribles perplexités qui viennent à sa suite. Guidé par une foi sincère, son candide génie remonte tranquillement les âges jusqu’aux sources sacrées du christianisme.
On dit qu’avide de la perfection, M. Flandrin veut retoucher son œuvre. Quelques tons plus riches, certaines corrections, trois ou quatre figures plus fortement accentuées, n’ajouteront pas beaucoup à l’effet que produit ce vaste ensemble, à l’étroite union de la peinture et de l’architecture, accord remarquable et trop rare. Dès aujourd’hui le but est atteint ; un idéal angélique, environné de tous les prestiges de la forme, un art dont l’attrait irrésistible nous entraîne vers les hautes régions, voilà ce que nous offre le peintre de Saint-Germain des Prés. Quand on possède commelui le secret de nous améliorer en réveillant dans nos