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croix a pour tableau complémentaire Abraham au moment de sacrifier son fils. La Résurrection de Jonas est près de celle du Sauveur. Enfin, à côté des Apôtres recevant de Jésus-Christ la mission de ramener toutes les nations de la terre à une seule croyance, à une foi unique, nous voyons la Confusion des langues diviser les hommes au pied de la tour de Babel, et les pousser dans toutes les directions.
De nombreux personnages surmontent cette frise, ce sont tous les héros de l’Ancien Testament. Isolés ou groupés, ils s’encadrent dans des arcatures simulées. Législateurs, patriarches, pontifes, rois, prophètes, personne n’est oublié. Ony trouve même des femmes : Jahel, Judith et Débora. Adam et Ève sont en tête de cette cohorte sainte, derrière laquelle se tient saint Jean le Précurseur. Le haut de la nef est animé par ces figures d’une beauté sérieuse et sauvage. C’est bien là Israël et son génie austère. Rendues vivantes par la pose et par des gestes pleins de vérité ou d’énergie, les images de ces illustres défenseurs de la loi écrite, de la loi sainte, se détachent sur un fond bleu. L’effet général est saisissant.
On reproche à l’art catholique le choix de ses sujets ; ces tableaux de martyrs, où les tortures les plus effroyables sont reproduites avec un soin hideux, ont soulevé l’indignation de la critique, et la critique a eu raison. Dieu merci, nous ne voyons rien de pareil dans les peintures de Saint-Germain des Prés. Ici régnent sans partage l’Évangile et l’Ancien Testament. Ici le christianisme apparaît dans sa douceur primitive et son admirable simplicité. Le talent, dans cette œuvre
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lumineuse et pure, n’y froisse jamais nos âmes et ne nous fait rien regretter.
Yoilù l’impression générale, la sensation première. Maintenant, quand on interroge tour à tour chacune de ces compositions si variées, et fécondes en contrastes, l’émotion et le plaisir vont toujours croissant.
A gauche, près de l’entrée, l'Annonciation et le Buisson ardent attirent d'abord les regards. M. Flandrin dans ï Annonciation a su rajeunir un sujet épuisé. Il était difficile de montrer un ange plus aérien et mieux pénétré de la grandeur de sa mission divine. Raphaël et sa large poésie dominent dans le tableau voisin, dans ce Moïse à genoux devant un buisson que dévorent les flammes : libre et puissante inspiration née d’une admiration profonde pour les Loges du Vatican.
Par son aimable candeur, la Nativité nous rappelle ce que la vieille et catholique école florentine a jamais produit de plus naïf et de plus attrayant. Il faut voir cette Vierge qui prie, couchée et les mains jointes, audessus du petit berceau auquel les destinées du monde sont attachées. Quelle grâce sainte, quel humble amour dans ces trois anges, figures ravissantes, dignes de Fra Angelico! Adam et Eve se distinguent par la beauté de la forme. Ils sont nus, mais comme elle est chaste, cette nudité ! La honte, le remords, la peur, pour la première fois troublent leur âme. Ève se cache derrière son époux. Grande douleur et vivant contraste, car ils sont dans un lieu de délices, sous les magnifiques ombrages d'un paradis asiatique que leurs yeux remplis de larmes ne reverront jamais. La figure de
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l’Éternel pourrait avoir plus d'ampleur; mais quelle difficulté pour l’artiste ! Lorsque les dieux de la peinture, Raphaël et Michel-Ange, ont à peine suffi à cette tâche redoutable, doit-on s’étonner de la rareté des images de l’invisible, de l’Étre éternel, dans l’iconographie chrétienne ? Phidias avait beau jeu avec son Jupiter matériel : Homère avait pris l’avance et tracé du souverain de l’Olympe un immortel portrait.
V Adoration de Notre-Seigneur par les Mages nous montre les trois voyageurs, le front dans la poussière, aux pieds de l’enfant divin. Le luxe royal de leur costume qui annonce l’Orient, cette Yierge si modeste, cette cabane si pauvre, la foule qui encombre la porte et qui n’ose entrer, tout cela est vivement exprimé sans emphase, sans manières, et avec une fermeté et une jeunesse d’âme qui remuent le spectateur. Le Balaam vous captive par son aspect grandiose. Au sommet du Phagor, d’où la vue plane au loin sur les tentes d’Israël, le devin enté té offre un holocauste à Jéhovah, en présence de Balac, roi des Moabites. Tout à coup , saisi de l’esprit prophétique, Balaam montre brillante à l’horizon (ce mouvement est superbe) l’étoile qui sortira de la postérité de Jacob.
Le Baptême du Sauveur et le Passage de la mer Rouge occupent la troisième travée. La première de ces compositions est calme comme le désert. La seconde est pleine de feu et de mouvement. Trois anges sur la rive du Jourdain attendent le moment de servir le Seigneur. Debout au milieu du fleuve, la tête couronnée du nimbe d’or, Jésus reçoit le baptême. Un saint Jean-Baptiste, hâve, amaigri, exténué par les austé-
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rites, verse l’eau sainte sur la tête du Rédempteur avec un respect admirable. Personne ne sait comme M. Flandrin exprimer le respect, ce sentiment qui s’affaiblit de plus en plus dans nos âmes. Le Moïse du tableau suivant est d’une beauté terrible : le vent de la tempête soulève les cheveux et les vêtements du législateur des Hébreux, dont le geste solennel commande à la mer de se refermer sur les ennemis du peuple de Dieu. Les vagues obéissent : Pharaon et son armée disparaissent sous leurs volutes verdâtres. Derrière Moïse, un peuple ivre de joie célèbre sa délivrance par de bruyantes acclamations.
L’expression des têtes, la variété des attitudes, appellent les regards sur l'Institution de I Eucharistie. Le Christ est debout et non point attablé, comme dans de nombreuses peintures. C’est avec une dignité suprême que le Fils de Dieu prend le pain et le rompt. C’est avec un sentiment profond des choses de la religion que l’artiste nous montre ce grand mystère : mérite trop rare dans un siècle peu orthodoxe pour ne pas le célébrer. La plus noble ordonnance et la solidité du ton recommandent le tableau complémentaire: Abraham et Melchisédeck. Melchisédech présente le pain et le vin qu’il bénit à un majestueux Abraham, vainqueur de quatre rois, et derrière lequel la petite armée qu’il commande se déploie. La belle draperie blanche dont Melchisédech est enveloppé fixe l’attention. Malheureusement elle concourt, avec le bras, à cacher la tête. Ceci a donné lieu, de la part des spectateurs, à quelques méprises qu’il sera facile de prévenir.
Nous arrivons à la cinquième arcade de droite, la
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plus rapprochée du chœur. Un jour faux, et l’éclat fatigant de deux fenêtres, l’une au-dessus, l’autre audessous de la Trahison de Judas, rendent cette peinture presque invisible à certaines heures. Il est des moments toutefois où des yeux exercés peuvent apercevoir les hautes qualités qui la caractérisent. Le souffle du Giotto y circule. On distingue très-bien le traître effleurant de ses lèvres empoisonnées celui qui fut le modèle delà perfection. On distingue l’agitation des apôtres, on soupçonne que les soldats sont accourus. On ressent l’immense tristesse qui plane sur cette scène. Pitié! pitié! ayez pitié, semble dire Joseph placé dans la même travée. Le fila chéri de Jacob est déjà dans les mains des marchands, ils l’ont garrotté ; son innocence, ses pleurs, le regard douloureux qu’il jette sur ses frères, rien n’émeut les barbares. Ce Joseph si désespéré est une des plus charmantes créations de M. Flandrin.
Mais l’heure de la grande expiation a sonné. Il faut que le mystère du salutse consomme. Voici le Calvaire. La Vierge, la Madeleine et saint Jean, l’apôtre fidèle, gémissent au pied de la croix. On s’agenouille instinctivement devant ce Christ si merveilleusement dessiné, devant celte tète vraiment sublime et courbée sous le poids de toutes les douleurs humaines. Parmi ces nobles compositions, le Sacrifice d’Isaac est la moins riebe. N’accusons pas l’artiste; son sujet l’a dominé. La critique lui tiendra compté de cet Isaac, le type de la résignation, et de cet ange qui se précipite comme la foudre du haut du ciel, les bras étendus, pour arrêter la main d’ Abraham.
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Nous venons d’assister à la mort du juste, voyons son triomphe. Trois jours se sont écoulés. Le Christ sort du sépulcre, dont sa tête puissante a soulevé la pierre immuable. Resplendissant de lumière, il monte vers le ciel une main sur son cœur, l’autre armée de la croix transformée en étendard. Il monte avec une sorte de majesté funèbre. Ce spectre brillant et formidable glace de terreur ceux des soldats que cet éclat surnaturel a réveillés, A côté du Rédempteur, vainqueur delà mort, on voitJonas, /îÿure biblique de la Résurrection. Vomi sur le sable par un monstre dont la masse noirâtre se balance sur la mer, le prophète s’avance vers le rivage, malgré les vagues qui le couvrent encore de leur écume. Il estsauvé, et l’élan de sa reconnaissance envers le Seigneur se traduit par un des plus beaux gestes que l’art ait jamais produit.
La Mission des apôtres,, et la Dispersion des peuples au pied de la tour de Babel, complètent poui' le moment cette noble épopée religieuse, que deux nouvelles compositions enrichiront plus tard : V Ascension et les Préliminaires du jugement dernier. Malheureusement, quelques travaux dans l’orgue n’ont point permis à l’infatigable artiste d’achever cette année son œuvre monumentale.
La Mission des apôtres est une page.sévère et d’une grande éloquence chrétienne. Ce Christ, plein d’autorité et de douceur, qui remet à un saint Pierre agenouillé les clefs du ciel dont il lui montre l’azur sans tache; ces figures d’apôtres si vivantes, si bien accentuées, et toutes rayonnantes d’un zèle que les persécutions n’ébranleront pas, nous font songer à ces