Les théâtresde la place du Châtelet, in-foi
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tions illustrées, ont touché à la plupart des questions que soulève cette branche de l’art. Toutefois, en dépit de leurs travaux, les convenances locales, les noms, les habitudes, les goûts, dont la différence est si grande entre deux pays, ont rendu la méthode et les théories générales en cette matière si peu consistantes, que Quatremère de Onincy a pu dire sans trop d’exagération : « 11 n’y a d’uniforme ici que la diversité. »
Le livre de M. Garnier est une protestation contre ce mot. Là même où Quatremère de Quincy ne voit que confusion et complexité, M. Garnier retrouve quelques principes simples, quelques théories qu’D s’attache à formuler. Ce qui l’a encouragé surtout à entrer dans cette voie, c’est que le nouvel Opéra construit par lui et d’après ces mêmes principes sera le plus sûr moyen de contrôler les points qui, à la simple lecture, pourraient paraître douteux. « Ces points, dit-il, seront éclaircis par la vue du nouveau théâtre, et les parties de l’Opéra qui laisseraient le jugement indécis seront plus facilement appréciées au moyen du livre. »
Je suppose pour un instant la démonstration moins complète, le livre n’en garderait pas moins sa valeur. Il est intéressant, instructif, se fait lire avec plaisir et est plus amusant que ceux de ses devanciers, bien qu’il soit consacré presque tout entier à la technique d’une branche de l’architecture. "Vous y trouverez le résultat d’une préparation de dix années, et le résumé de toutes les études réclamées par une entreprise vaste et périlleuse. Mais, avant d’aller plus loin, je demande à dire un mot des antécédents de M. Garnier et des
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(■irconstanccs qui l’ont fait architecte du nouvel Opéra.
Né à Paris le 6 novembre 182S, M. Charles Garnier entra de bonne heure dans l’atelier d’Hippolyte Lebas, suivit les concours de l’École des Beaux-Arts, et remportait à vingt-trois ans, en 1848, le grand prix d’architecture. Rome ne pouvant suffire à son infatigable activité, il parcourut la Grèce, s’arrêta quelque temps à Égine, et recueillit dans cette lie les matériaux d’une des œuvres les plus remarquables de notre école d’architecture, je parle de la restauration polychrome du temple de .Jupiter panhellénien, que conserve aujourd’hui la bibliothèque de l’École des Beaux- Arts. Quelques années après, il prenait part à un nouveau concours, et, par un plan supérieurement conçu, par un programme bien compris, il captivait ses juges et remportait sur ses rivaux une éclatante victoire.
Ce fut pour lui un succès définitif, le gros lot dans sa vie. En effet, à cette riche organisation, largement développée sous la double influence du travail et des voyages, il fallait beaucoup plus qu’une maigre inspection ou la construction d’une église de banlieue. II fallait un monument d’une haute importance, un monument difficile à construire. Sa bonne étoile, et surtout son rare talent, lui ont valu l’Opéra.
Que de choses sous ces cinq lettres : Opéra .'Làdessous, tout im monde se cache; que dis-je? un monde ! deux mondes opposés : le monde enchanté et le monde réel. Le premier réclame une machinerie formidable, et tout ce que la mécanique a d’engins nouveaux pour rendre l’illusion plus complète , la scène plus splendide. Le second veut deux mille pla-
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ces, tout le bien-être que demande la mollesse moderne, tout le luxe qu’exige une réunion élégante et choisie et la présence habituelle de ceux qui sont à la tête de la société. Il faut l’éclairer, le chauffer, le ventiler bien mieux qu’on n’a pu le faire jusqu’ici. Il faut des dégagements prompts et faciles, il faut des lieux de repos ou foyers, dont la décoration brillante fasse croire à l’homme riche qu’il est encore chez lui. Il faut satisfaire à des services difficiles, multipliés, variés, où se déploie l’activité de plus de cinq cents personnes. Il faut entrer dans des milliers de détails, n’omettre rien, songer à tout.
Loin de moi la pensée de promener mes lecteurs de corridor en corridor, de la salle à la scène, et de la scène aux foyers intérieurs. Je les renvoie à M. Garnier. Son livre est là , et ils ne peuvent prendre un meilleur guide. Mais ce que M. Garnier ne peut pas dire luimême, et je le dis pour lui, c’est que dans cette reconstruction et rénovation de l’Opéra, s’il est l’homme du progrès, il ne veut point changer ce qui est consacré par le temps et l’expérience. Ainsi il conserve le lustre et maintient la rampe. Défendant le lustre contre les attaques très-vives dont il a été l’objet, il dira :
« Il est toujours possible d’atténuer et môme d’évi- « ter les inconvénients qu’on signale. Il est impossible « de remplacer ce charmant foyer lumineux. Quipour- « rait donner à la salle cette joyeuse animation, si ce « n’est cette lumière directe, visible, qui se joue dans « les couleurs et accuse les saillies ? Qui pourrait, si « ce n’est le lustre, donner cette variété de formes dans
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« la disposition des llammes? ces points lumineux, « groupés, étagés, ces tons fauves de l’or, piquetés « de points brillants, et ces reflets cristallins? Tout se a tient, tout s’enchaîne ; c’est une gerbe de feu, de « diamants et de lueurs dont la forme gracieuse, la a ceinture miroitante est le complément indispensable « de toute salle de fête. »
Je conclus de cette jolie page, qui nous annonce si agréablement que le plafond lumineux ne sera point admis à l’Opéra — et il faut s’en féliciter — je conclus, dis-je, que M. Garnier manie aussi aisément la plume que le crayon, et qu'il y a en lui l’étoffe d’un écrivain.
Dois-je l’avouer? M. Garnier n’a nul respect pour l’acoustique. Appliquée au théâtre, cette science est, selon lui, puérile. Deux ans d’études, avec le secours des livres et de la pratique, l’ont laissé dans l’ignorance et Tindécision ; cela se conçoit : les faits mettent â chaque instant les théories en déroute. Voici deux salles identiques de dimension et de disposition ; la première, toute nerveuse, frémira au moindre coup d’archet; la seconde, trop lymphatique, ne pourra vibrer sous rintluence du plus puissant orchestre. Ce qu’il y a de désolant, c’est que, comme de coutume, plus les médecins sont nombreux, moins le remède est facile à trouver. L’un veut une salle basse, l’autre la veut élevée; celui-ci veut une salle large, celui-là veut qu’elle soit longue. Tl en est qui proposent les bois, d’autres songent au coton. Le plus curieux, c’est que la salle de la rue Le Peletier, « considérée comme une des meilleures salles connues, est construite en
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dehors des données les plus accréditées d’une bonne acoustique. » Que faire donc? Attendre tout du hasard. C’est le Deus ex machina. En ce moment M. Garnier l’implore.
Passons. De tels détails ne peuvent être étudiés et bien saisis que dans le livre lui-même. Il est temps de donner quelque attention aux vues et aux principes que l’auteur a réservés pour sa conclusion. .l’ai hâte de le dire, M. Garnier .s’est rencontré avec M. Violletle-Duc, et je n’en suis point étonné. Ce sont deux esprits également libres, actifs et disposés à marcher en avant. L’organisation « très vibrante » de M. Violletle-Duc est voisine de l’organisation polymathe de M. Garnier.
Si M. Garnier pense que, pour conduire au bien et au beau, il n’est aucune règle immuable et déOnitive, que tout n’est qu’impression, intuition, goût personnel, il salue cependant quelques principes fondamentaux empruntés au raisonnement et aux convenances, et les ramène à un principe unique qui est la pierre angulaire, la clef de voûte en architecture : c’est celui qui veut que dans un édifice les masses extérieures révèlent les dispositions intérieures, et que le corps se devine sous la draperie. C’est à cette condition seule qu’un monument public peut avoir un caractère qui lui soit propre; c’est par là uniquement que la destination sera clairement et pleinement montrée.
Regardez le nouvel Opéra et vous y trouverez une large et belle application de ce principe. Le grand comble accuse franchement une des plus vastes scènes de l’Europe. La coupole, placée au centre des con-
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structions, montre la salle de loin. Pas de méprise possible ; c'est un théâtre, ce ne peut être et ce ue sera toujours qu’un théâtre. Le portique pseudo-romain, « ce surtout de pierre » inévitable, est remplacé par une ornementation opulente et variée dont tous les motifs et dont tous les détails nous disent qu’il s’agit du premier de nos théâtres lyriques, auquel des noms et des souvenirs glorieux et chers à notre pays se rattachent étroitement. Ici, point de formule banale et surannée, empruntée à un passé qui n’est pas le nôtre, mais bien l’expression d’une idée, d’un sentiment particulier, qui nous dévoile l’âme de l’artiste et fait éclater .son génie. Non! ce n’est point de cette œuvres! parlante, si française, qu’un poète pourrait dire :
Voyez ce temple grec aux angles déjà gris Qui semble frissonner sous le ciel üc Paris.
Un jour Sainte-Beuve s’écriait :
« Oh ! qui donc nous rendra une architecture orift ginale, si elle est encore possible, celle de la société « présente et à venir? Grand problème. Comment « échapper enfin au convenu , comment secouer la « formule soit classique, soit gothique, soit néo-ro- « maine et trouver la nôtre ? »
Quelques années plus tard, ce vœu s’accomplissait, et je crois voir d’ici le grand critique adressant au vaillant architecte de fins et charmants éloges, comme lui seul savait en donner.
Je voudrais ne pas avoir à m’expliquer au sujet de la vive opposition qui s’est formée contre le nouvel Opéra. Malheureusement elle n’est pas vaincue. Rien
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n’est plus triste et moins excusable, à mon avis, que ces mouvements de l’opinion. A quoi peuvent-ils servir? A montrer la légèreté française. Or, cette légèreté devient de la dureté quand elle ne veut pas tenir compte à l’architecte des circonstances défavorables dans lesquelles son œuvre est placée. Si nos Athéniens du boulevard prenaient la peine d’y réfléchir, si nous étions un peuple naturellement artiste, nous saurions reconnaître, par exemple, que la façade du nouvel Opéra est écrasée par les deux casernes élevées à ses côtés. 11 en est d’un monument comme d’un tableau : il vaut plus ou moins, selon le jour et l’entourage. La majesté de nos cathédrales s’accroît quand c’est d’un amas de baraques que leurs tours sortent et montent vers le ciel. Descendez le Parthénon de son glorieux rocher, enfouissez-le dans une vallée, et il ne sera plus le Parthénon, c’est-à-dire l’œuvre incomparabje, l’œuvre divine.
Nous voilà loin du livre, et cependant je ne veux pas y revenir. J’ai indiqué dans quel esprit il était conçu, et cela me suffit. J’ai saisi l’occasion, que je cherchais depuis longtemps, de rendre rapidement hommage au mérite supérieur d’un brillant artiste, un de ceux qui font contre-poids, et qui retarderaient l’heure de notre décadence si elle était prochaine.
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GAZETTE DES BEAÜX-AUTS
COUKaiEE EUHOPÉEN DE L’AKT ET DE LA CURIOSITÉ (1859<5J (Journal des Débats, octobre 1S63.)
Il y a six ans, un artiste doué du talent d’écrire, l’auteur d’une Vie des Peintres, tirée à dix mille exemplaires, conçut l’idée de ce recueil. Le culte des arts venant remplir dans certaines âmes découragées le vide créé par la politique, la finance prenant goût à la curiosité, la critique devenue plus grave, tels étaient les signes du temps. M. Charles Blanc crut l’heure favorable, et il se hâta d’en profiter.
La Gazette des Beaux-Arts est sortie, pour ainsi dire, des flancs de V Artiste, revue plus littéraire que ne l’indique son titre, revue rédigée par des gens d’esprit très-amoureux des idées nouvelles. La Gazette pouvait être la doublure de l'Artiste; il n’en fut rien, fort heureusement. Dès le premier jour, celui qui avait présidé à sa naissance se déciai'ait indépendant : « Nous ne voulons pas jouer le même air qiie nos amis; nous voulons, dit M. Charles Blanc, jouer un autre air. A nous donc de tenter librement une oeuvi’e inaccomplie. »
Inaccomplie ! Le mot est juste. Il y a six ans, la critique d’art sérieuse, la critique appuyée sur l’érudition n’avait point encore de foyer. L’air et l’espace lui manquaient dans les hautes régions de la presse, où elle ne se montrait qu’en passant. Un recueil d’un intérêt
LA GAZETTK DES BBAOX-AllTS.
incontestable ne pouvait pas prétendre à l’honneur d’avoir comblé cette lacune. En effet, fondées pour glorifier le moyen âge, pour combattre les idées classiques, les Annates Archéologiques représentaient bien plus une machine de guerre que la divulgation régulière et paisible d’une science vraiment nouvelle, que d’impartiales recherches sur l’art.
Concilier l’étude de la tradition et celle du mouvement contemporain par toute l’Europe, défendre les principes, saluer les nobles efforts, savoir être à la fois journal, revue, livre d’art, sans frivolité ou pédanterie, voilà ce qu’il y avait à faire, ce que la Gazette a tenté, et ce quelle fait chaque jour avec un succès et un zèle que je viens constater.
J’aime l’exactitude et la vérité; aussi, âmes yeux, le premier devoir du critique, c’est de donner autant que possible la sensation du livre à l’occasion duquel il écrit. Ce n’est done pas sans embarras que j’aborde la tâche que je me suis imposée. Certes il me serait beaucoup plus facile de dire ce qui n’est pas dans la Gazette (arrivée déjà au dix-huitième volume) que d’énumérer ce qu’elle renferme. Curiosités, histoire de l’art, galeries et cabinets, missions scientifiques, bibüographie d’art, archéologie, que sais-je ? elle n’oubhe rien. Je viens de lire et de relire, la plume à la main, cette élégante encyclopédie, et je reste étonné, confondu d’une telle abondance de faits, d’idées ; quelle source intarissable pour tous'les genres d’information !
Certains noms que le public aime à rencontrer se lisent au bas des pages. 11 y a là des articles signés Yilet, Mérimée, Théophile Gautier, Jules Janin. D’au-
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très sont dus à la plume de MM. Beulé, Viollet-le- Duc, Henri Delaborde, Darcel, Ferdinand de Lasteyrie, etc., etc. D’autres... je m’arrête, je ne puis nommer tout le monde, et ce n’est pas sans regret.
Disons un mot cependant de ceux des rédacteurs qui supportent le poids du journal plus particulièrement. Comment passer sous silence M. Th. Burty, qui procure tant de consolations aux amateurs sans argent ou éloignés de Paris? Sa plume agréable et facile ne les fait-elle pas assister chaque hiver à ces grandes ventes publiques vers lesquelles toute autre chose que le goût des beaux-arts pousse tant de gens? Pourrais-je oublier M. Paul Mantz, dont je me plais à reconnaître l’expérience et le tact, bien que je ne puisse me résoudre à accepter toutes ses opinions sur la peinture? Je m’en voudrais aussi de ne point avoir donné un souvenir à M. Léon Lagrange, le Vasari des Vernet. Rendre hommage au zèle des deux critiques qui depuis la fondation de la Gazette nous parlent des Salons d’une manière si distinguée, c’est de toute justice, et je ne saurais la leur refuser.
Maintenant je vais marcher un peu au hasard, m’arrêtant selon l’occurrence. On le devine, c’est une sorte de promenade dans un musée que je propose au lecteur. Profitant de la liberté que cette absence de toute méthode autorise, je crois qu’on voudra bien me permettre de commencer par certains arts familiers, compagnons de notre vie, dont ils ennoblissent les côtés prosaïques et vulgaires. Remarquez qu’il faut les compter parmi les sujets traités dans la Gazette avec prédilection, et qu’elle aura le