‹ L'Art et l'archéologieChapitre 85 sur 102 · LA GAZETTE DES BEADX-ARTS. S · texte numérisé non relu

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mérite d’avoir contribué puissamment pour sa part à fonder et à constituer un nouveau genre de critique, celui des arts unis à Tindustrie.

Vous voulez avoir quelques notions sur l’ancienne faïence française, trop longtemps négligée pour la majolique italienne. MM. Albert Jacquemart et Edmond Le-Blant, si experts en ces questions, vont vous parler avec science et agrément des efforts de nos humbles et courageux céramistes ; mais ils ne se dissimulent pas leur responsabilité : «Le goût est récent, disent-ils, la science est neuve, et beaucoup d’erreurs attendent une réfutation sérieuse. » Tenez- vous à connaître ce qui caractérise des pièces que les amateurs désignent sous le titre de faïences de Henri II, demandez à M. Clément de Ris. Vous saurez par M. Detailleur quelle était jadis l’importance de notre belle serrurerie française, et l’infatigable M. Darcel vous guidera dans l’étude de tous les arts secondaires de ce surprenant moyen âge dont il s’est fait une patrie. Et vous aussi, monsieur Paul Mantz, nous vous trouverons dans ce domaine. Vous y continuez la tranchée ouverte par le savant abbé Texier, par les Jules Labarte, les Didron. Il serait difficile de raconter avec plus de verve que M. Paul Mantz les vicissitudes nombreuses de notre orfèvrerie depuis le quinzième siècle jusqu’à nos jours, et d’élargir plus habilement un cadre étroit en apparence. C’est, comme il le dit luimême, « refaire, h propos de bijoux, toute l’histoire de France. »

Allons plus loin. J’ai hâte de signaler un des beaux privilèges de la Gazette. Sait-on que, parmi nos ama-

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leurs, les plus célèbres lui ont confié la clef de leurs galeries? Tableaux, dessins de maîtres, ivoires, nielles, émaux, etc., fout est à sa disposition. Aussi profite-t-elle de cette faveur spéciale pour révéler à son public, par la plume et par la gravure, nombre de chefs-d’œuvre inconnus. Aujourd’hui elle vous introduit chez M. Thiers, demain chez M. Duchâtel, après-demain ce sera chez M. Pereire.

J’ai parlé du cabinet de M. Thiers. Nous devons à M. Charles Blanc une description charmante de ce cabinet exceptionnel, description enrichie du portrait moral de l’illustre collecteur. Je demande la permission de m’y arrêter :

« La première fois que nous entrâmes, dit M. Charles « Blanc, nous fûmes encore plus frappé de la per- « sonne que des merveilles rassemblées autour de « M. Thiers. L’illustre historien était occupé alors à « son Histoire de l’Empire. Assis devant un bureau « à cylindre, il écrivait sur une grande feuille de pâte pier avec une de ces grosses plumes qui prodiguent « l’encre, et dont les maîtres italiens se sont senis « tant de fois pour dessiner. Sur le tapis étaient ran- « gées en ordre les feuilles écrites dans la matinée. » On le voit, il s’agit d’un portrait en pied, d’un portrait avec tous ses accessoires. Attendez un peu, le peintre va serrer son modèle de plus près et le prendre par le côté intérieur :

« Esprit de feu, toujours prompt à saisir une idée, « à l’exprimer, M. Thiers n’est jamais plus habile que « lorsqu’il est aux prises avec une question d’art. Il « est bien le personnage que V Histoire de dix Ans

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« nous représente comme un homme d’imagination U vive, aimant passionnément les arts, fougueux dans a ses fantaisies, pressé de jouir, et capable d’oublier « les affaires de l’État pour la découverte d’un bas- « relief de Jean Goujon. »

Cette petite mise en scène, cette manière d’envisager sous un point de vue spécial la vaste intelligence d’un ancien ministre, éminent orateur, qui se souvient encore, au terme de sa carrière, que c’est comme critique d’art qu’il a débuté dans les lettres; ces coups de pinceau donnés par une main exercée relèvent singulièrement la description d’un cabinet de curiosités.

L’impulsion donnée il n’y a pas longtemps par l’acquisition du musée Campana et par les dernières missions scientifiques, et, pour tout dire, cette merveilleuse intelligence du passé qui distingue notre siècle, devaient porter leurs fruits. Une revue qui épie jusqu’aux moindres tressaillements de l’art ne pouvait oublier une contrée admirable d’où jaillit un jour l’étincelle sacrée. Ainsi, à côté de M. Louis de Ronchaudj trouvant après les maîtres de la science une interprétation nouvelle des frontons du Parthénon; à côté de la découverte du tombeau de Mausole, racontée par M. Mérimée avec cette sagacité spirituelle et un peu dédaigneuse qui n’appartient qu’à lui, vous rencontrez rÆsto/re de la sculpture avant Phidias, par M. Beulé, heureux et brillant mélange de l’histoire de la civilisation grecque et de l’histoire de l’art; vous rencontrez les notices sur les Vases peints du musée Campana, où M. de Witte, avec son expérience consommée, a essayé de donner au public une idée nette

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de cette modeste et gracieuse industrie, si féconde en révélations précieuses sur la haute antiquité. J’en passe, et des meilleurs. Toutefois, malgré le désir d’abréger, je ne puis m’empêcher de citer ici une opinion remarquable sur le théâtre antique ; je tiens essentiellement à la faire connaître à mes lecteurs :

« Plus les peuples ont d’imagination et de fraîcheur <( d'esprit, moins ils demandent à leur théâtre un sys- « tème de décors rigoureusement imitatifs. Voyez les « enfants ! ils se figurent ce qu’ils veulent voir; ils « transforment tout à plaisir ; un bâton sur l’épaule et « les voilà soldats; un bâton qu’ils enfourchent, et les « voilà cavaliers. Ainsi des peuples jeunes. Ils ont les « yeux dociles et complaisants. Pour se passer de nos « décors modernes, il faut ou la jeunesse ou les ralïi- « nements de l’esprit. Dans nos salons, dans nos châ- « teaux, on joue la comédie, on la joue sans coulisses « et sans toile de fond; un simple paravent faitl’af- « faire. C’était un paravent de marbre que la décora- « tion du proscenium antique. »

Cette appréciation si simple, si lumineuse de la mise en scène chez les Grecs et chez les Romains n’éclairciteUe point des difficultés que l’érudition n’a pu entièrement vaincre, et M. Yitet n’a-t-il pas trouvé la solution du problème ?

J’arrive à un point capital, à l’esthétique, aux doctrines de la Gazette.

Il y a dans toute revue consacrée aux beaux-arts, comme dans tout recueil littéraire, des phases différentes dont la critique doit tenir compte et qu’il est de son devoir de distinguer. Il y a le début et la première

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