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Thorvaldsen, savie et son oeuvre. Paris, H. Plon

4ûi UIOGRAPIIIES ET PORTRAITS.

lente. Nombre de bois, d’après les dessins de M. Gaillard, reproduisent ici iidèlement l’esprit des diverses compositions du maître. M. Gaillard, élève de M. Cogniet, est un peintre devenu graveur : on voit ordinairement le contraire ; mais quel graveur ! Les deux planches qui montrent dans ce volume deux des plus belles statues de Thorvaldsen nous révèlent un nouveau Mercuri.

La haute intelligence de l’art s’éveillant chez Thorvaldsen au contact de Zoega et sous le feu des chefsd’œuvre dont la Ville éternelle est remplie, le fils du pauvre ouvrier de Copenhague, complètement débarrassé de sa grossière enveloppe, et transformé en un causeur aimable et digne à la fois, qui sut parfaitement tenir son rang dans un cercle composé de l’élite de la société européenne; l'artiste sans jalousie; l’homme bon, l’homme simple, l’homme droit et ferme que les caresses des grands, des triomphes inouïs et Tuniversclle flatterie ne purent pas gâter; puis quelques orages secrets, ceux qui naissent d’un cœur tendre, d’une âme passionnée : voilà ce que nous montre le nouveau biographe de Thorvaldsen, sans trop chercher à grandir sou héros et avec une agréable lenteur.

Peu d’artistes, comme le prouve l’excellent catalogue de l’œuvre de Thorvaldsen placé à la fin du volume, ont été doués plus que lui de la puissance créatrice. Son œuvre est immense, on s’y perd. M. Thiele y trouve plus de cinq cent cinquante morceaux ! Canova, l’abondant Canova, Canova, la facilité, l'habileté môme, a produit cinq fois moins. C’est sur cette masse énorme

TIIORVALDSEN.

de travaux que la gloire de Thorvaldsen est assise; c’est à eet incroyable labeur, plus encore qu’à des œuvres dont quelques-unes méritent d’être admirées, qu’il doit une popularité immense et les honneurs sans exemple dont il a été l’objet. Qu’il me soit permis de dire en passant que quand le sculpteur bien-aimé du Nord revit pour la seconde fois sa patrie, la nation tout entière fêta ce retour définitif avec une joie qui tenait du délire. Dans le trajet du port au palais de Charlotten bourg, où siège l’Académie des Beaux-Arts, le peuple traîna sa voiture, le saluant par des acclamations. On peut juger, d’après cela, de la pompe des funérailles : ce fut presque une apothéose ; de toutes les croisées, les femmes jetaient des fleurs ; quarante artistes portaient le cercueil couvert de couronnes, dont l’une avait été tressée par les mains de la reine. Accompagné du prince royal, le roi vint en personne à l’entrée de l’église pour recevoir le corps. Discours, députations, chœurs religieux, rien ne fut oublié dans cette lugubre et triomphale cérémonie où le Danemark fit cortège au maître vénéré.

Ce n’est point ici, et surtout au moment où des discussions solennelles nous laissent si peu de place, qu’il est à propos de parler longuement de sculpture ; et, d’un autre côté, il est impossible de juger sommairement et en dernier ressort un homme de la forcé et du nom de Thorvaldsen. Il nous suffira de dire toutefois que si l’on dégage ce talent de la flamboyante auréole dont il a été entouré par la faveur des princes, l’exaltation germanique et le fétichisme si respectable des Danois (plût à Dieu que nous fussions atteints d’une telle folie,

celle de l’enthousiasme!), ce talent est d’assez forte trempe pour résister aux sévérités de la critique et ne pas être entamé par l’injustice des détracteurs. Thorvaldsen est un enfant de la Grèce, mais un enfant mis en nourrice sur les rivages de la mer du Nord. Le sang généreux, l’éclat royal de l’art hellénique lui font défaut. On dirait que sous cette neige Scandinave, l’élégance, une fleur printanière, a de la peine à s’épanouir. Réservé jusqu’à la froideur, Thorvaldsen se rattache néanmoins de la façon la plus étroite à l’art ancien par la vérité, la simplicité, l’ampleur, et surtout par une sérénité bien rare, particulièrement à l’époque où il vivait. Regardez ces Yénus, ces naïades dont les minauderies, l’affectation et les poses provocantes nous rappellent tant de choses, et notamment les contemporaines du Directoire ; cette sculpture sensuelle et musquée ne vous fait-elle pas oublier le respect que commande le nom vraiment illustre de Canova? Placez-vous maintenant en face des déesses et des nymphes de son émule, de son rival, et leur majesté douce, leurs grâces décentes s’insinueront dans votre cœur.

Thorvaldsen a excellé dans le bas-relief. Là on sent plus que partout ailleurs le souffle de l’esprit, là surtout brille l’éclair du génie. Débarrassant le bas-relief des plans entassés par le ciseau, des paysages taillés dans le marbre et de ce pittoresque étrange qui réduisait la sculpture à copier la peinture avec gaucherie, il a essayé de le ramener à ce type simple, net, lumineux créé par la Grèce et si admirablement présenté au monde par Phidias ; type où la vérité et la coiiven-

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tion, le mouvement et la symétrie, la règle et la liberté proclament leur alliance. Cette noble tentative de Thorvaldsen, tentative couronnée par le succès, suffira pour faire vivre son nom et marquer dans l’avenir la place de ce génie créateur et méditatif, de ce rude travailleur.

BIOQRAimiES ET PORTRAITS.

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