‹ L'art et l'enfantChapitre 1 sur 114 · PARIS HENRI DIDIER · texte numérisé non relu

PARIS HENRI DIDIER

KDlTEUl; RUE DE LA SORBON'XE, 6

A Monsieur Ernest DUPUY

HoniiiicKje respeclueux.

PRÉFACE

Oirajoulerai-jc, Monsieur, à ce livre excellent, dans les quelques lignes que vous voulez bien me demander? Ce livre était à faire : vous l'avez fait; et désormais nul de ceux qu'inquiètent et intéressent passionnément ces deux questions, l'éducation esthétique de l'enfance et l'éducation esthétique de la démocratie, ne se pourra passer de lui.

L'éducation esthétique de la démocratie fut toujours l'un de mes soucis, étonné, effrayé que j'étais de voir chaque jour davantage l'homme nouveau travailler, par une ignorance, une inconscience ou une sorte de malignité barbares, à l'enlaidissement des villes et, ce qui est plus grave, à l'enlaidissement de la nature. L'on sait les efforts, trop souvent impuissants et repoussés, de certaines Sociétés, de celle entre

PREFACE

autres ([ue j'ai créée Pour la protection des paysages^ du Comité des sites et monuments au Toui'inçj-CIub, et de la Société des monuments historiques, afin de sauver de la ruine, de la destruction ou de l'outrage des monuments admirables de la nature ou de l'art : ainsi de beaux rochers que l'on ne saurait replanter jamais comme on replante quelquefois des arbres^ ainsi des forêts, des bois sacrés, ainsi des sites sublimes où l'on fait, hideusement, aujourd'hui ramper, s'allong^er, se dresser, d'énormes tuyaux de fonte noirs, rouges, captant la liouille blanche, ou que l'on avilit par d'atfreux ponts de fer, cjuand ce n'est pas par d'immenses affiches, aveuglantes^ hurlantes. Que l'on se rappelle la lutte inutile entreprise contre certaines municipalités, qui ont voulu détruire, et vraiment sans raison, ce (pie le moindre goût aurait dû leur faire respecter et, en dépit de tous et de tout, l'ont détruit.

Les foules modernes sont donc généralement très indifférentes à l'esthétique des villes, et plus encore à celle de la nature. Qu'en conclure? Qu'une éducation esthétique leur est absolument nécessaire.

PRÉFACE. XI

Mais coiiiineiil Icaiisfoi'iiK'r riioimnc, si Ton ne pense d'abord à Ir-ansfor-iiier renlanl?

Mais comment Iranslornief rcnfaMl, si Ton ne pense à modifier aussi le milieu parlois sordide, le milieu de laideurs où il naît et grandit, comme en un milieu, du reste, (pii semble à tous les siens naturel, étant accoutumés d'y vivre, et paraissant même se complaire à y vivre? Comment faire l'éducation esthétique de lenfant, si, autour de lui, tout la contredit : si la ville qu'il habite perd chaque jour un peu de ses beautés, sans en accjuérir de nouvelles; si, loin de lui apprendre à respecter ces beautés de la nature dont nous parlions, personne autour de lui ne paraît s'y intéresser, les admirer, en faire cas, excepté quelquefois quand on lire d'elles un peu ou beaucoup d'argent?

Et toutes les images des maîtres ou de certains maîtres que vous voulez oft'rir à sa vue, pour former son sens esthétique, arriverontelles à remplacer en son esprit les premières images de laideur qu'il a eues sous les yeux, ou celles qu'il a, qu'il garde toujours devant lui?

En un mot, rien à faire si son éducation esthé-

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