XII PREFACE
tique, on ne la commence, et ne la continue pas partout.
Aussi, quanti j'ai fondé la Société d'art populaire ou d'art social et d'hygiène, en vue d'un nouvel art social à créer, répondant aux besoins de nos démocraties, — comme l'art splendide d'autrefois répondait aux besoins des souverainetés royales ou aristocratiques du passé, : — je demandais en son programme que toute maison, et la plus humble, — la maison que l'on appelait jadis la maison ouvrière, que l'on appellera désormais la maison à bon marché, et que je regarde un peu comme la cellule de l'organisme social à venir, — fût elle-même décorée avec simplicité , avec goût , avec charme , et qu'ainsi l'éducation esthétique de l'enfant commençât comme doit commencer toute éducation, à la maison, d'abord, puis qu'elle se continuât à l'école, à la mairie, à la bibliothèque populaire, môme à la petite gare de son village, également construites et décorées avec simplicité, avec g"OÛt, avec charme; partout donc en un mot.
Encore une fois, que servira l'éducation esthétique donnée à Tenfant, si la maison où il
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revient est sordide et affreuse, si celle iiiairir ou cette gare de chemin de 1er, qui sont les [)etils monuments de son village, sont affreuses et sordides, ou si les rues de sa ville sont laides, sont banales, sans pittoresque, sans beauté, de plus en plus salies par un grossier affichage, ou, ce que l'on voit à Paris, si les rues, sans que personne s'en étonne , sont avilies par l'érection de kiosques, ou autres édicules d'une abominable laideur, et si des monuments comme ces deux chefs-d'œuvre du grand architecte Gabriel, le Ministère de la Marine et le Gardemeuble, ont leurs toits, c'est-à-dire quelquesunes de leurs lignes principales , déformés , déshonorés par une horrible végétation de longs tuyaux de cheminées et par un jardin suspendu pour le café d'un clul), et sans que personne, du reste, ne proteste.
Tant que l'exemple viendra ainsi " d'en haut" de tant d'amoralité ou d'immoralité esthétique, tant " qu'en haut " régnera plus ou moins une telle indifférence en matière de cette religion, la religion de l'Art et du Beau , ou même cet athéisme à leur égard dont témoigne, chez un si grand nombre, une sorte d'horreur de toute
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eiirvllimio, " en bas " que saurait faire une éducation esthétique?
On voit ainsi comme le problème de l'art et Venfant est large, complexe, difficile. Ce n'est pas d'un côté seulement, c'est de toutes parts qu'il faut faire face à l'ennemi, résister et combattre. Et c'est pour cela que je réclame un grand effort, pour que se fasse, en même temps, non seulement l'éducation esthétique de l'enfant, mais aussi celle des foules populaires, et de tous.
Voilà quelques-unes des réflexions qui me venaient à l'esprit devant le livre très remarquable, Monsieur, que je vous félicite d'avoir écrit.
En effet , non seulement votre ouvrage comble toute une lacune dans notre litlératuie d'éducation artistique, mais il ne pouvait venii' mieux à son heure, ni répondre plus directement au g-rand mouvement vers VÀrt à l'Ecole et à la Maison qui commence enfin à se dessiner dans notre pays, une fois de plus en retard sur Tét ranger. Pour aider cette œuvre urg-ente, vous avez su être à la fois philosophe et artiste, pratique et idéaliste : en faut-il
PRKFACF,.
davantage poui' (jiio volic livi-c (IrNininc le bréviaire de toutes les tamilles et de Ions les pédagogues, selon la belle ambition des fondateurs de la précieuse Bibliothèque défi Parenfs et (les Maîtres, à laquelle je souhaite le plus vif succès ?
Un mot encore : comme vous avez raison, quand vous critiquez ceux qui ont cru (|ue, pour faire l'éducation esthétique du peuple ou de l'enfant, — c'est le même cerveau ou à peu près chez l'un et chez l'autre, — il suffisait de les mener, en troupe ou troupeau ahuris, devant le pur rayonnement des chefs-d'œuvre ! Que pourraient-ils comprendre à ce qui demande, pour être compris, une long-ue éducation des sens, de l'àme^ de la pensée? Que l'enfant, chez lui, que le peuple, partout, aient devant les yeux, s'il est possible, des lignes simples, et de proportions parfaites, des meubles qui, en toute demeure, offrent une décoration simple et de bon goût, des harmonies de couleurs, simples encore et qui soient justes : alors l'éducation esthétique de l'enfant et du peuple se fera peu à peu d'elle-même, surtout si l'on suit, Monsieur, les conseils que vous donnez si bien.