I. « yl thing of Benutij is a joy for ever
CONCI.ISION, .'t()I
élan, elle nous ahandoimciail, on lare de la coiii- [)Iexité de la vie, à l'iiésilalion d'un esprit j)er[»le.\r et à l'iiieilie d'iiii c(eiir indilTérent. L'éducalioii de la sensibilité artistique peut justement, selon nous, corriger ce (ju'il y aurait d'excessif dans une culture uniquenient intellectualiste, et de la sorte contribuer à faire des âmes harmonieuses, lucides sans sécheresse, viriles sans raideur.
Le culte de la beauté est aussi un auxiliaire précieux de la moralité individuelle, par cela seul qu'il nous éloig-ne des préoccupations vulgaires et nous transporte dans une atmosphère plus sereine et plus pure. S'il avait appris à l'école de beaux morceaux de chant, le peuple se plairait moins à entendre des romances niaisement sentimentales ou des chansons stupidement grossières; si, dès l'enfance, il avait eu sous les yeux d'artistiques imag"es, il se détournerait avec plus de dégoût des g-ravures obscènes qui s'étalent impudemment au grand jour de la rue. Sans penser que l'amour du beau puisse être le seul appui de la morale, il est permis d'affirmer du moins que celle-ci peut trouver dans le sentiment esthétique un soutien qui n'est pas sans valeur.
Tout comme l'individu, la société elle-même tirera profit de l'éducation esthétique qu'auront reçue les enfants. L'art d'abord naturellement y
gag-nera; car il lui sera donné de retrouver la vaste clientèle populaire qu'il eut à bien des époques, et, eu redevenant accessible à tous, d'être ramené de la sorte à ses véritables conditions d'existence. Grâce à l'élargissement de son public, l'art verra peut-être aussi se renouveler les sources mêmes de son inspiration. Ce qui nous frappe dans la production artistique du dix-neuvième siècle, c'est son manque d'orig-inalité. Pas plus en architecture que dans l'art décoratif, nos artistes ne s'ingénièrent alors à trouver un style approprié aux besoins de leur temps : ils se sont contentés d'imiter superstitieusement le style des siècles défunts. Mais il faut espérer que l'art du vingtième siècle, s'adressant à la masse du peuple et non plus à une poignée d'initiés, s'efforcera de satisfaire davantage aux aspirations de l'âme contemporaine.
L'art industriel en particulier devra sans doute à cette éducation esthétique de sortir enfin de la crise où nous voyons qu'il se débat aujourd'hui'. Ce qui nuit actuellement à son essor^ c'est, d'une part, que les artistes auxquels les fabricants demandent des modèles ignorent en général la technique du métier, et, d'autre part, que les ouvriers
I. Dans son très intéressant Rapport sur le Budget des Beaux-Arts pour l'année igoj, M, Couyba a tort bien mis en lumière les causes de cette crise.
CONCLUSION. 'M)'
cliarg'és d'exécuter ces modèles n'oiil rerii aucune éducation estliéti({ue. La solution du [)rohlènie serait (jue raitisle lût ouvrier ou l»ien ([iie l'ouvrier tVil altiste. Or, il est probable que celle union de l'art et du métier se réalisera le jour où dès l'école on aura pris soin de former le goût des enfants du peuple. Alors, on verra surg-ir une lég-ion d'artisans, ([ui, pourvus de culture artistique et munis de connaissances techniques, sauront imaginer pour tous les objets usuels des formes décoratives, et toujours subordonner celle décoralion à la destination réelle des objets ainsi qu'aux propriétés spéciales de la matière employée pour leur fabrication. Ainsi, les produits de notre art industriel ac(pierront le caractère pratique, qui trop souvent leur manque, sans perdre leurs qualités traditionnelles de bon goût et de sobre élég"ance, qui furent toujours comme la marque de leur ori"-ine française.
Il n'est pas enfin jusqu'à la cause du progrès social lui-même qui ne puisse bénéficier de l'éducation esthétique g-énérahsée. Car, si nous avons eu l'occasion de montrer que la passion du beau, mal orientée, risque dp conduire au détachement du dilettantisme, l'exemple d'un Ruskin est là pour nous apprendre que ce même culte de la beauté peut aussi mener tout droit à l'action sociale énergique.
,*U)4 l'art et l'enfant.
Comment ne pas vouloir, en effet, travailler à met- Ire fin au commerce affligeant qu'entretiennent la misère et la laideur, quand on est soi-même blessé dans son instinct esthétique par le spectacle des corps humains, que les privations ont flétris et déformés, et par la vue des taudis malpropres, où la pauvreté a élu domicile? Et si l'on se trouve impuissant à faire disparaître du monde la misère qui l'enlaidit, comment du moins, pour peu qu'on ait au cœui' de bonté naturelle, ne pas vouloir offrir à ceux qui peinent et qui souffrent la précieuse consolation qu'apporte avec elle la beauté? On en vient ainsi à souhaiter de rendre les hommes moins misérables pour qu'ils soient plus épris de la beauté, et plus épris de la beauté pour qu'ils soient moins misérables. En inculquant à l'enfant l'amour profond du beau, nous n'avons donc pas à craindre qu'une fois devenu homme il se détourne de son plus impérieux devoir social : à son amour de la beauté sa passion de la justice empruntera, au contraire, une flamme nouvelle.