‹ L'art et l'histoireChapitre 1 sur 75 · L'ART LIBÉRATEUR · texte numérisé non relu

L'ART LIBÉRATEUR

L'Art est le libérateur de l'Humanité.

La Nature nous enveloppe et nous domine. Comment échapper à son emprise ? Comment, dans son empire, conquérir notre autonomie ?

La Matière a précédé l'Esprit. Mystérieuse Isis ou féconde Cybèle, quelle était son incalculable antiquité, quand elle a vu naître Minerve .^* La vie n'est que la tleur tardive de la Nature, et l'intelligence la fleur tardive de la vie.

A l'homme, son fils, sorti d'elle et vivant d'elle, la Nature impose son joug. Le savant même ne la maîtrise que parce qu'il lui obéit ; sa puissance ne se fonde que sur sa soumission aux lois dont il se sert : curieux, perspicace, ingénieux, génial, il est toujours sujet. Promouvoir la science, découvrir les « secrets » de la Nature, c'est éclairer notre prison, ce n'est pas en sortir ; « inventer », c'est utiliser, agencer, accommoder l'inéluctable ; être maître de la Nature, c'est en être l'esclave averti et souple. La science est une soumission consciente à la nécessité ; et, dans cette action même, l'homme est toujours passif.

Comme la science dans le monde physique, la morale et la religion dans le monde des âmes s'imposent à l'Humanité. Ce sont des impératifs catégoriques, des credo collectifs. Et, si l'individu tente d'y échapper, le voici devenu, à ses risques et

JE TIMOir. N\GK Dr I. A R T

périls, lin iTvoltP, un «mflaw. Qnel srandalr ! Fl quel dangn ! Impnidrncc •^iiôrc ninindip qno de nirronnaîlip les lois de la pesanteur ou de se rrfu-rr aux cxip^once"- j(iM iialièrcs de la vie.

Avec l'Art, l'honinie (•lianj,'e d'attitude ; ce n'est plus l'humble sujet qui n'a qu'à s'incliner : il se redresse et s'affranchit. Et, sans doute, l'Art n'est au début qu'imitation; et même, par la suite, il prend toujours exemple et conseil de la Nature. Mais, d'abord, ne fût-il qu'imitateur, malgré lui il interprète : et le voici déjà original rien ipicn iiuit;iul. 1-]|, de i)lu?, ces conseils, il {tent les discuter ; ces imitations, il peut s'en dégager ; ces cm[)runts, il peut les c()nd)iu<'r, les transformer, se les assiiiiiliT. Kl, après s'être insj»iré, lils de la Nature, de ce qu'il voit, de ce qu'il entend, comme un enfant répète les paroles ijue sa mère lui apprend, il en vient, par son génie propre, à produire du nouveau : il crée à son tour. Beethoven, dans la Pastorale, note le gazouillis des oiseaux ; mais quelles sont les vagues dont le murmure ou la colère chante comme la cinquième symphonie .•* Dans le parc de \<'rsailles, l'homme égale la Nature avec laquelle il collabore ; dans une cathédrale gothique, il la ilépasse. Voici que, par l'Art, l'homme est inventeur ; de passif, il devient actif. L'artiste seul est créateur, et le monde (( humain » de V.\r\ s'oppose au monde « naturel » de la matière et de la vie. C'est par l'Art qu'on pourrait déllnir l'homme : dès (]u'il n'est jdus la brute primitive, il est artiste ; 1' (( hoino .sapiens )> <'st essentiellement un animal artiste.

Si dans l'Art seul la liberlt- humaine trou\i^ un asile, c'est que l'Art n'est plus uniquement, comme la science, affaire d'intelligence, mais aussi et surtout de sentiment. Dans la morale, certes, et plus encore dans la religion, le sentiment, de inrinc, se joint à liiitelligence, rt c'est puur»]U()i. «■Iles aussi,

Page 1