‹ L'art et l'histoireChapitre 47 sur 75 · I.F.S GRAND'; PEDT'I.F.S 0 F. I.'vRT · texte numérisé non relu

I.F.S GRAND'; PEDT'I.F.S 0 F. I.'vRT

l'art de l'Italie et de l'Allemagne, c'est par leurs musiques différentes qu'on peut le mieux comprendre le contraste du Midi et du Nord. Ici, tout est joie de vivre, l'clat, grâce, aisance, inspiration : c'est le fleuve cnsoleilli:' de la mélodie aux rives fleuries. Là, tout est gravité, senlimeiit, stience, force, profondeur : c'est la mer immense et changeante de l'harmonie. Que l'Autriche, cette Allemagne du Sud, reçoive déjà quelques rayons du soleil italien, que la force s'y adoucisse en grâce, que l'esprit y soit plus aimahle et plus clair : ce sera le mélange inespéré cl d(''.licicux des deux génies, et nous aurons Haydn et Mozarl.

Mais cette musique même, (pii semble son bien propre, elle ne l'a pas créée; elle l'a reçue du dehors. Les Germains barbares étaient, comme tous les primitifs, passionnés de musique. L'Allemagne accueillit avec joie, au Moyen Age, l'organum, la diaphonie, la polyphonie, le contrepoint, toute cette science (]ui lui venait de France et de Flandre et dont les déductions laborieuses et les combinaisons compliquées étaient faites pour lui plaire; elle la copia comme elle copiait nos ogives; la noblesse eut ses chevaliers-poètes, la bourgeoisie ses maîtres chanteurs. Mais c'est seulement après que l'Italie eut créé la musique moderne, la mélodie accompagnée, que l'art aile mand prit tout son essor. Après huit siècles de musique française, anglaise, flamande, il a fallu cette révolution italienne pour que Schûtz, (c le père de la musique allemande », inau gurât le grand art au delà du Rhin.

Schiitz débute en 1626, Wagner meurt en i883; la musiqur de ces deux siècles et demi, voilà la gloire de l'Allemagne : 1<^ monde n'a jamais rien entendu de plus puissant ni de plu? émouvant. Schûtz et Bach ont bercé la misère de leur patrie: peethoven, avec la puissance ffénéreuse de son atavisme lia

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mand, a prédit son réveil et chanté sa délivrance; Wagner a célébré son orgueil et ses triomphes.

Un jour vint, hélas! où, après s'être affirmée avec arrogance, la force allemande s'hypertrophia monstrueusement : des créations géniales et formidables d'un Bismarck et d'un Wagner, l'Allemagne outrecuidante et bouffie se guinda lourdement aux échafaudages de démence nietzschéenne, aux tours de Babel en porte à faux des Pangermanistes, aux constructions systématiques et démesurées d'un Mahler, obscures et, tout à la fois, monotones et inextricables comme l'ancienne forêt saxonne, ou aux combinaisons « colossales » de surabondance, de subtilité, de prestigieuse jonglerie d'un Strauss. L'art céda la place à la science, l'inspiration au procédé, le sentiment à la prétention. Cette musique artificielle, emphatique et scolastique ou fardée et pailletée, accompagne le fifre et le tambour prussiens : l'ingrate Allemagne trahit et oublie pour cette pédante aventurière la vieille musique des aïeux, la musique sincère de méditation et de rêve, qui seule peutêtre, si elle n'est pas morte à jamais, la consolera demain.

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