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s'efforcent vainement, en torturant leur esprit, qui ne veut plus être allemand, mais qui ne peut pas être italien, d'acclimater cette étrangère, la Beauté latine, qui les éblouit, mais qui leur échappe? Au même temps, l'impérialisme de Charles-Quint entraînait l'Allemagne aux lointains hasards : l'emprise italienne sur les esprits, l'emprise autrichienne sur les corps déracinaient le vieil arbre germanique au moment oii ses branches rugueuses commençaient à fleurir. Puis le coup de grâce : la Réforme iconoclaste étouffe en Allemagne ce qui pouvait encore végéter d'art plastique.
Et c'est la fin : des pastiches à foison, des décalques plus ou moins lourds de France, d'Italie, de Grèce, mais plus d'art national. Comment pourrait-elle désormais avoir un art.^ Comme aux âges des Nibelungen, c'est le règne du Fausli'echt, du droit du plus fort. Violence haineuse, rapacité sordide, ambi tions sans vergogne : la guerre de Trente ans écrase le pays, Vienne et Berlin se le disputent, la France attaquée le dompte, la Sainte-Alliance le jugule; et, quand les deux AUemagnes entrent en lutte, c'est l'Allemagne du Sud-Ouest, d'une nature moins rcvêche, à l'aspect plus varié, celle qui s'était montrée jadis moins incapable d'art, c'est elle qui est vaincue. Plus prospère et plus riche, elle avait eu une belle civilisation avec ses Celtes de la préhistoire avant l'invasion des conquérants germains, fils des sablières, des landes et des marais ; et l'on eût dit que de plus heureux effluves y tempéraient peu à peu l'hérédité déplorable; mais l'Allemagne du Nord et de l'Est, la terre « informis, aspera cwlo, trislis cultu adspecluque » de Tacite, la Pmsse, grossière et féroce, lui met sa botte sur la gorge, la rudoie, achève de la corrompre, tue 4ùn âme rt l'entraîne, sur une route dç folîç et d'atrocit^â, aux pires ^v^ntures. Orgueil sans mesure, dureté sans scrupule, mensonges
Iiya LES GRANDS PEUPLES DE L ART
sans pudeur; et tout systématisé, caporalisé, automatique : pas de parade et « organisation » de la Kultur, science enrégimentée et « séminaires la'Kiues » d'érudition, industrie et commerce militarisés, religion domestiquée, dogmatisme de la force, barbarie méthodique : Attila cuistre!
L'Art vit de liberté, de mouvements spontanés, d'élans généreux. Où pourrait-il trouver place dans cette usine et cette caserne? Des emprunts toujours, certes! Eclectisme d'un Lenbach, Plein-Airisme d'un Uhde ou d'un Liebermann, impressionnisme outrancier de leurs successeurs, sculptures de tous styles, surtout du style démesuré, monuments énormes où tous les passés hurlent en s'accouplanl. Ce ne sont pas les travailleurs qui manquent h l'Allemagne : il y aurait plutôt surproduction dans la grande fabrique de contrefaçons.
L'Autriche n'est qu'une Allemagne amollie : dans cette « marche de l'est », la rudesse des envahisseurs allemands s'est atténuée, la force s'est amoindrie en descendant le long du Danube vers le soleil el en se mêlant sur une terre plus clémente aux anciens habitants celtes et slaves. Dans les vallées alpines souffle d'au delà des monts un vent latin qui adoucit le Teuton, comme le fœhn fond la neige au printemps. Dès Innsprûck, dès Salzbourg, les villes s'italianisent; Vienne est à mi-chemin entre Berlin et Venise, et voici déjà une humeur plus avenante et même une grâce molle chez ces Tudesques alanguis. Trop Allemands pourtant pour ne pas se courber devant leurs maîtres; trop Allemands pour ne pas sentir, dans des sursauts de violence, sinon d'énergie, coupés de longs engourdissements, se réveiller en eux l'atavique brutalité, qui sommeillait sous des fleurs. Et, quoiqu'ils aiment les arts, trop Allemands aussi pour pouvoir être créateurs; trop indécis, trop exposés, dans ce carrefour de l'Europe, à des influences rivale*.
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pour échapper à un éclectisme facile et superficiel. Et, pas plus que les œuvres plastiques de son nord déshérité, celles de ce midi bâtard ne peuvent donner place à l'Allemagne parmi les grands peuples de l'Art.
Mais il y a la musique.
C'est par elle que l'âme allemande s'est le plus complètement exprimée : mieux encore que dans sa poésie intime, lyrique el brumeuse et que dans sa puissante et nébuleuse métaphysique, elle y trouvait son domaine propre, le royaume mixte de la jouissance sensuelle et des aspirations idéales audessous ou au-dessus de la raison claire. Là, sans souci des formes et des apparences, qui échappent à son œil incertain et à sa main gourde, libérée des concepts exacts que ne peut préciser nettement son esprit fumeux, et comme affranchi de la terre et de l'action, de sa propre lourdeur et de sa brutalité, dégagé de la matière, l'Allemand a pu donner libre cours à son rêve vague et illimité.
L'Allemagne a chanté el elle se transfigurait en chantant : Orphée domptait les fauves. Et tout ce qu'il y a d'humain en elle, toute sa plaintive ou poignante mélancolie, son humble sensibilité, ses attendrissements, son a Gemiith », quand il fut sans artifice et sans calcul, tout ce qu'elle a de larmes et de sourires, et ses enthousiasmes, quand elle fut généreuse, el ses élans, quand elle fut noble, tout ce tréfonds, qu'étouffent trop souvent les instincts mauvais et les jougs oppresseurs, s'est mué en sons, en accords et. en rythmes, épuré en lieder délicats, magnifié en sublimes harmonies : ses bonheurs, ses tristesses, ses passions, ses intimités, ses espérances, ses défaites, ses victoires, l'Allemagne les a divinisés en les chantant.
Puisque c'est en musique seulement qu'on peut comparer