‹ L'Art et l'idée [serial] (volume 2)Chapitre 10 sur 66 · MUSÉES · texte numérisé non relu

MUSÉES

Au musée Carnavalet. — Le musée municipal vient de classer dans ses galeries : i° des portraits de Béranger et de George Sand, exécutés au crayon noir par Couture; 2° 3, 000 portraits environ d'auteurs de la fin du xviii0 siècle et du commencement du xixe ; 3° deux terres cuites originales d'un Lyonnais , nommé Chinard, exécutées vers 1790 et représentant Apollon foulant aux pieds la superstition et Jupiter joudroyanl l'aristo-

cratie; 4° d'une plaque de cheminée, offerte par M. Emile Mignet, et représentant un grenadier et vin bourgeois de l'époque qui se donnent la main devant la prison de la Bastille.

Le musée de Cluny s'est récemment enrichi d'un lot important de débris d'étoffes de toute provenance et de tout âge. Il en est de byzantines et d'arabes, de coptes et d'allemandes ; les unes peuvent remonter jusqu'au v' et au iv° siècle de notre ère ; les autres ont été fabriquées au vin", au ix", au x° cl au xi" siècle après Jésus-Christ.

L'acquisition est de la plus haute importance, non seulement pour l'histoire du vêtement, mais pour l'étude des procédés de tissage et de décoration en usage autrefois. On ne sera pas peu étonné d'apprendre qu'il existait en Allemagne, en plein moyen âge, des fabriques de toiles imprimées dont les produits pourraient se comparer, sans trop de désavantage, à nos indiennes imprimées d'à présent, et que certains centres arabes, Grenade, par exemple, ou Palerme, ou d'autres villes peut-être dont les noms nous sont malheureusement inconnus, fabriquaient, aux environs de l'an iooo, des étoffes de soie ornées de motifs en couleurs délicieux, de l'exécution la plus soignée et du goût artistique le plus pur.

L'émincnl conservateur du musée de Cluny, M. Darcel, nous a fait voir, en effet, des morceaux dont la perfection est faite pour surprendre; un entre autres, qui représente deux paons affrontés, séparés par un arbre, le Jioma sans doute, ou le cyprès, traité à la façon décorative orientale. Entre les pattes des grands oiseaux s'ébattent de petits quadrupèdes, des chiens, des lièvres, des chacals. Le motif est encadré dans une bordure semi-circulaire, formée d'extrémités de plumes de paon ; il est supporté par une espèce de bande où se lit en caractères coufiques l'inscription Barakh-el-Kamileh (Bénédiction parfaite !) et cette bande a pour supports elle-même deux petits oiseaux adossés. Le motif est unique, mais se répète indéfiniment, en couleurs variées, tantôt rouge, tantôt jaune, sur le fond noir du tissu.

Ajoutons que le dessin est identique à celui de la robe de soie

dite chape de saint Dominique, conservée dans le trésor de l'église Saint-Sernin, de Toulouse.

Les morceaux les plus importants, après celui-ci, sont coptes d'origine et proviennent de la nécropole d'Acmim, découverte il y a un petit nombre d'années, en pleins sables, à quelques kilomètres au sud-est du Caire.

Le musée de la Comédie-Française a reçu deux nouveaux dons.

Mme Lafon, la veuve du commandant Lafon, a offert un portrait de l'acteur Lafon, Lafon le Tragique, peint par Bellier en 1804. Le rival de Talma avait alors vingt-neuf ans environ. Il est représenté en costume de ville.

M'"" Laugier, la nièce d'Etienne Arago, a donné un portrait de Mlle Anaïs provenant de la succession d'Etienne Arago. La charmante comédienne qui créa le petit moinillon de Don Juan d'Autriche et l'Aventurière d'Augier à tant d'années de distance a trente ans sur ce portrait, dont l'auteur est Henri Schcffer et qui est daté de i832.

M. Jules Claretie voudrait, si l'État pouvait disposer d'un local prolongeant le foyer de la Comédie-Française, grouper toutes les richesses artistiques que possède la Comédie , — et dont quelques-unes ne sont pas vues, faute de place, — pour en faire un véritable musée ouvert au public.

Il serait à souhaiter qu'il y réussît. — Lorsqu'on voit à Londres et dans certaines villes d'Angleterre les richesses des divers musées d'art dramatique; lorsque l'on considère que le Garrick club, à lui seul, est plus largement doté, au point de vue des portraits d'artistes nationaux, que tous nos foyers théâtraux réunies, on se sent humilié de penser que la Comédie-Française est encore si pauvre de représentations des gloires de sa scène, et l'on espère que bientôt on pourra, à l'aide de dons, constituer un musée sérieux, utile aux historiens et au public en général.

VAHIETES.

Le maréchal de Mac-Mahon vient de terminer ses mémoires. Ils comprennent cinq forts volumes dont le duc de Magenta a fait lithographicr quatre exemplaires seulement, et paraîtront sous le titre : Souvenirs du maréchal de Mac-Mahon, duc de Magenta. Ces souvenirs sont divisés en quatre parties : i° les campagnes d'Afrique, les guerres de Crimée et d'Italie; 2" la guerre de 1870-7 1 ; 3° l'armée de Versailles ; 4° la présidence de la République.

Les souvenirs du maréchal de Mac-Mahon ne doivent être publiés qu'après sa mort.

Un comité vient de se former, sous la présidence de M. Carolus Dur an, dans le but d'élever une statue à l'abbé Prévost.

Le monument sera érigé à Ilcsdin, ville natale de l'auteur de Manon Lescaut.

Un exemplaire de la célèbre Bible des Pauvres, faisant partie de la bibliothèque du palais Borghèsc, a été vendue ces jours-ci 18,000 francs. Inutile de dire que ce n'est pas un mendiant qui l'a achetée.

La Société des amis des Livres vient de publier la Dot de Suzelte de Fiévée, avec des eaux-fortes de Foulquier fils.

Le prix d'émission des n5 exemplaires est de 5o fr., — le format est petit in-8°. — Il est difficile de voir un livre plus laid et ayant moins de valeur artistique. — Ce nous est un regret de le constater, mais un devoir de le dire ; on jurerait d'un livre exécuté par quelque provincial Conque t, c'est-à-dire la copie d'un genre condamnable et désormais condamné par les amateurs ayant un véritable sentiment d'art.

Un des membres les plus actifs des Amis des livres nous disait, voyant notre consternation devant cette pauvre Dot de Suzette : « Ah ! il n'y a pas à dire, notre société est en Fiévée. »

La véritable bibliophilie est en ce moment voyageuse. — On cherche de jolis guides pour compagnons de route, et nous avons déjà à maintes reprises signalé les Albums du Touriste, par Constant de Tours.

Un nouveau Guide-Album de cette série délicieuse vient de paraître sous le titre : En Bretagne, de Saint-Malo à Brest.

Les 120 croquis d'après nature cpii illustrent ce joli livre oblong sont, bien que tirés typographiquement, aussi finis, aussi ouvragés, aussi délicats de traits, aussi complets d'ombres et de lumières que les meilleures eaux-fortes.

Même pour ceux que les cruautés de la vie forcent au sédentariat, le guide de Constant de Tours, En Bretagne, procurera une heure de voyage agréable, une heure d'idéale et réaliste envolée vers toutes les plages blondes et brunes et les architectures fantastiques des Cotes-du-Nord et du Finistère.

Page 1