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UNE SUPERBE LETTRE INÉDITE DE VOLTAIRE EN ANGLAIS

MForbcs Sievcking vient de publier clans YAthenseum un • long fragment d'une lettre inédite de Voltaire écrite pendant son séjour à Londres et dont M. Charles Ilettier nous envoie la traduction et les commentaires cpii suivent :

On sait qu'après sa querelle avec le chevalier de Rohan et sa courte incarcération à la Bastille, il passa pour la seconde fois en Angleterre vers la fin du mois de mars 1726. Ce fut de Londres, où il demeura presque continuellement jusqu'en mars 1729, qu'il adressa à son ami Thiriot, les fameuses « Lettres sur les Anglais». La collection des « Lettres inédites » publiées, en i856, par M. de Cayrol, contient trois lettres anglaises à Thiriot. Il en écrivit certainement davantage ; et, quand on songe à la facilité merveilleuse avec laquelle il se servait de cette langue, à son étonnante fécondité épistolaire, on ne peut qu'être surpris de la rareté de ses lettres pendant cette période de 1726 à 1729.

Il y a certainement là une lacune importante. Pour Voltaire, écrire c'était vivre. Bien plus encore que de nos jours, la lettre était alors l'arme la plus puissante du publiciste. Il savait que les siennes circulaient et que la clandestinité leur donnait un attrait et une saveur très appréciés du public lettré. Il y donnait libre cours à ses rancunes, en même temps qu'il y faisait sans doute un tableau de la vie anglaise et des cercles littéraires et mondains. Le caractère des deux nations offrait infiniment plus de contrastes qu'aujourd'hui, les types et les caractères étaient nfiniment plus tranchés; et ce devait être pour Voltaire un spectacle dont sa verve satirique et ses puissantes facultés d'observation et d'analyse lui permettaient de tirer un grand parti. Il suffit pour se rendre compte des différences profondes qui existaient entre les deux pays de rapprocher une peinture d'Hogarth, d'une toile de Watteau ou de Coypel. Les contrastes éclatent ; et, en examinant les curieux documents que nous a laissés le peintre anglais, on ne peut que regretter davantage la perte des lettres de Voltaire, qui en eussent été le commentaire le plus amusant.

Cette perte parait irrémédiable. Les Mémoires de Grimm pour 1772 ne laissent pas d'espoir : « Thiriot n'était pas homme de lettres : c'était une espèce de colporteur littéraire qui avait fait de sa mémoire un répertoire très instructif et très intéressant. Il savait une foule innombrable d'anecdotes de tous les gens célèbres de son temps. Il savait par cœur un grand nombre de pièces fugitives de nos plus grands poètes, qui n'avaient jamais été imprimées. Il les récitait volontiers à ceux qui les lui demandaient, mais il n'en donnait pas copie. Il fut même, je crois, trop paresseux pour les mettre par écrit, et je suis persuadé que tout ce répertoire est perdu avec lui. Intimement lié avec M. de Voltaire, à qui cette espèce d'agent en sous-ordre a toujours été d'un grand secours, il en possédait dans sa mémoire une infinité de petites bagatelles charmantes, qui, sans doute, sont aussi perdues ; et dans son portefeuille un nombre prodigieux de lettres dans lesquelles on trouverait une foule de particularités curieuses et intéressantes. »

A la mort de Thiriot, Grimm nous dit que M. d'Argental, au nom de Voltaire et avec l'aide de la police, réclama un nombre prodigieux de lettres qu'il lui avait adressées : « Ce trésor sera perdu pour nous », dit-il; et il semble avoir eu de bonnes raisons pour parler ainsi, car, depuis, rien n'est venu en faire soupçonner l'existence.

Le fragment de lettre qui est en la possession de M. Sievcking est écrit sur deux feuillets in-4° et ne commence malheureusement qu'à la page 4- L'encre en est très jaune. Des corrections d'une encre plus noire semblent être de la main de Voltaire. Ce fragment se termine à la page 9 et pourrait avoir servi de brouillon pour la lettre qui fut envoyée à Thiriot. Il est extrêmement probable que ce document n'est jamais sorti d'Angleterre. Le style témoigne d'une connaissance approfondie de la langue, et les divers événements auxquels il fait allusion en fixent la date à la fin de 1726 ou peut-être au commencement de 1727.

En effet, ce fut en octobre 1726 que Voltaire reçut de M"° Bcssières la nouvelle de la mort de son unique sœur, qui avait épousé le sieur Mignot, correcteur de la Chambre des comptes. Elle était mère de M'"" de Fontaine et de Mma Denis. Cette perte lui fut extrêmement sensible; il y fait allusion, et elle lui inspire des réflexions philosophiques sur le néant de la vie et le fleuve Léthé.

Le juif « Médina », auquel il fait également allusion, ne doit être autre que le banquier juif qui figure dans la Vie de Voltaire de M. Parton sous le nom d'Acosta, celui qui, d'après Voltaire, accueillit la présentation d'une lettre de change par cette déclaration pleine de franchise : « Je suis désolé, je ne peux vous payer; je prends Dieu à témoin que depuis trois jours je suis banqueroutier. » Un gentleman ayant appris ses embarras financiers lui envoya cent guinées. Il est assez croyable que le roi George II était ce « gentilhomme anglais » qui le força à accepter quelque argent.

Viennent ensuite des détails sur la publication de la lienriade en 1728. Elle se vendait une guinée. Trois éditions

in-S° furent rapidement épuisées. Le poème était dédié à la reine, et, malgré son dégoût pour le métier de courtisan et sa philosophie républicaine, Voltaire ne dédaigna pas le cadeau de deux mille écus que lui envoya George II.

Voltaire n'avait pas encore eu de démêlés avec l'abbé Desfontaines; il lui consacre quelques lignes. Notons également le passage très flatteur pour le peuple anglais, qu'il qualifie de « peuple philosophe, malgré quelques fous ».

Quant au livre ennuyeux qu'il dissuade de traduire, ce sont les Voyages de Gulliver, dont la première partie avait justement paru en 1726. Les contemporains et la postérité n'ont pas ratifié cet arrêt d'autant plus surprenant que, dans ses « Lettres sur les Anglais », il assimile Swift à Rabelais dans ce qu'il a de meilleur, et il lui reconnaît des qualités de justesse, de délicatesse et de bon goût dont, selon lui, manquait le grand rieur. A noter enfin la haute estime qu'il déclare professer pour Pope.

Le London Citizen dont l'affection généreuse et soutenue contribua beaucoup à adoucir l'amertume de l'exil était Everard Falkener, Faulkener ou Faukener, marchand de drap et de soieries, plus tard sir Everard Falkener, ambassadeur à Constantinople. Voltaire lui dédia la tragédie de Zaïre.

D'après M. Parton, il entretint avec Falkener une correspondance assez active, pendant une trentaine d'années, à partir du séjour de Wandsworth, c'est-à-dire jusqu'à la mort du marchand de Londres. Il donna plus tard l'hospitalité aux deux fils de son ami parvenus à l'âge d'homme. « J'ai été prophète une fois en ma vie, écrivait-il à Thiriot ou Thieriot (car on trouve les deux orthographes) ; mais ce n'a pas été dans mon pays. C'était à Londres, chez mon ami Falkener. Il n'était que marchand, et je lui prédis qu'il serait ambassadeur. Il s'en amusa ; mais, vous voyez, il l'est devenu. » Le marchand ambassadeur fut un mandataire fidèle des intérêts anglais, bien qu'il fût tourmenté de la passion du jeu. Il mérite mieux que le jugement qu'en a porté l'historien Carlyle : à savoir qu'il ne doit d'avoir échappé à l'oubli que grâce à l'amitié de Voltaire.

On ne trouve plus de lettres inédites de Voltaire. Il semble

que depuis quelques années la série soit épuisée. Celle-ci vient à point pour nous démontrer que les chercheurs trouvent toujours. Si l'on veut bien considérer l'intérêt qui s'attache à la manifestation, dans une langue étrangère, de la pensée d'un grand écrivain, la longueur du document et les renseignements biographiques qu'il contient, nous pensons que celui-ci peut être classé parmi les plus intéressants qui aient été exhumés depuis la publication de M. de Cayrol. Enfin, la découverte d'une lettre inédite de Voltaire est une trop rare bonne fortune pour ne pas en féliciter M. Forbes Sieveking et le remercier de n'en avoir pas relardé davantage la publication.

Voici le fragment en question, traduit par M. Ch. Ilctticr :

« Pope est le meilleur poète d'Angleterre et pour le moment du monde entier. J'espère que vous vous êtes assez familiarisé avec l'usage de la langue anglaise pour cire sensible à tous les charmes de ses ouvrages. Pour moi, je considère son Essai sur la critique comme supérieur à YArt poétique d'Horace ; et sa Boucle de cheveux enlevée, dans le genre comique, infiniment supérieur au Lutrin de Despréaux. Je n'ai jamais rencontré une imagination plus aimable, des grâces plus charmantes, une variété aussi grande, autant d'esprit, et une connaissance plus raffinée du monde.

« Maintenant, mon cher Thiriot, après avoir répondu à toutes vos questions sur les livres anglais, laissez-moi vous mettre au courant de ma mauvaise fortune. Je suis donc revenu en Angleterre vers la fin de juillet, fort désappointé de mon voyage secret en France, à la fois stérile et dispendieux. Je n'avais sur moi que quelques lettres de change sur un Juif du nom de Médina, pour la somme de huit ou neuf mille livres françaises. A peine étais-je à Londres que j'appris sa déconfiture. Je n'avais pas un penny, j'étais dévoré par la fièvre, seul, sans ressources, étranger à une cité dans laquelle je ne connaissais âme qui vive. Mylord et milady Bolingbroke étaient à la campagne , et je n'osais me présenter à notre ambassadeur dans un état aussi misérable. Je n'ai jamais souffert une telle détresse ; mais je suis

ne pour subir toutes les vicissitudes de la vie. En ces circonstances, mon étoile, qui, au milieu de ses influences les plus désastreuses, ne me refuse jamais une sorte de soutien, dirigea vers moi les pas d'un gentilhomme anglais, inconnu de moi, et qui me força d'accepter l'argent dont j'avais besoin. Un autre habitant de cette cité, que j'avais vu une fois à Paris, m'a emmené à sa maison de campagne, où depuis j'ai vécu d'une vie obscure, mais charmante, sans mettre les pieds à Londres, absorbé par les plaisirs de la paresse et de l'amitié. L'affection véritable et généreuse de cet homme, qui adoucit l'amertume de ma vie, me porte à vous aimer encore davantage. L'amitié qui m'est témoignée me rend mon ami Thiriot encore plus cher. J'ai souvent vu mylord et milady Bolingbroke. Leur affection est toujours la même, et grandit en proportion de mon infortune. Ils m'ont tout offert, argent et maison ; mais j'ai tout refusé, parce qu'ils sont lords, tandis que j'ai tout accejuté de Faulkner, parce qu'il n'est qu'un simple gentilhomme.

« J'avais l'intention d'imprimer mon Pauvre Henry, à Londres et à mes frais ; mais ma perte d'argent a mis un empêchement absolu à ce projet. Je me demande si je ferai appel à une souscription patronnée par la Cour. Je suis fatigué des cours, mon cher Thiriot. Tout ce qui est roi, ou dépend d'un roi, épouvante ma philosophie républicaine. Je ne veux pas tremper mes lèvres à la coupe de l'esclavage sur cette terre de liberté.

« J'ai écrit librement à l'abbé Desfontaines. C'est vrai ; et j'agirai toujours de même, n'ayant aucune raison de me contraindre. Je n'ai rien à espérer, je le crains, de votre pays. Tout ce que je désire, c'est de vous voir un jour ou l'autre à Londres. Je me plais à vivre dans cet espoir. Si ce n'est qu'un rêve, ne le détruisez pas; ne me désabusez pas, laissez-moi croire que j'aurai le plaisir de vous voir ici, vous assimilant l'esprit vigoureux de cette nation inexplicable. Vous traduirez mieux leurs pensées lorsque vous aurez vécu au milieu d'eux. Vous verrez une nation fanatique de sa liberté, savante, spirituelle, méprisant la vie et la mort, une nation de philosophes, bien qu'il y ait ici quelques fous comme partout. Il se peut que la folie française soit plus

agréable; mais, par Dieu, la sagesse anglaise et l'honnêteté anglaise sont au-dessus de la vôtre. Un jour, je vous initierai au caractère de ce peuple étrange. Mais il est temps de mettre fin à ce bavardage anglais. Vous prendrez, je le crains, celte longue épitre pour quelqu'un de ces ennuyeux livres anglais que je vous dissuade de traduire. Avant de clore cette lettre, je dois vous dire pourquoi j'ai reçu la vôtre si tard. C'est la faute de mon correspondant de Calais, maître Dunoquct. Aussi, désormais, vous devrez m'adresser vos lettres chez lord Bolingbroke, à Londres. Ce sera plus court et plus sûr. Dites à tous ceux qui veulent m'écrirc de se servir de celte adresse.

« J'ai eu tant à écrire à propos de la mort de ma sœur que j'ai presque omis de vous en parler. Je n'ai rien de plus à vous dire sur ce malheur, sinon que vous connaissez mon cœur et ma manière de penser. J'ai pleuré sa mort cl je voudrais être avec elle. La vie n'est qu'un rêve, traversé par les traits de la folie et rempli de misères vraies ou imaginaires. La mort nous réveille de ce rêve pénible et nous donne soit une existence meilleure, soit le néant. Adieu, écrivez-moi souvent; comptez sur mon exactitude à vous répondre lorsque je serai fixé à Londres. — Ecrivez-moi quelques lignes en anglais, afin que je puisse juger de vos progrès dans cette langue.

« J'ai reçu la lettre du marquis de Villars cl celle qui est venue de Turquie par Marseille.

« J'ai oublié le roman dont vous me parlez. Je ne me souviens pas avoir jamais fait devers sur ce sujet. Oubliez toutes ces délices de ma jeunesse. Pour moi, j'ai bu l'eau du Léthé. Je ne me souviens de rien, sauf de mes amis. »

Timbres-poste et timbrophiles. — Un rédacteur de l'Événement, M. Edouard André, nous fournit de très précieux détails sur la timbromanie à l'heure actuelle.

« Lointain est, dit-il, le temps où l'on considérait les timbres-poste comme un amusement réservé aux enfants. Aujourn. 24

d'hui, de très graves personnages, des personnes très respectables, des hauts fonctionnaires, de sévères magistrats, d'humbles employés de commerce, de riches fondés de pouvoir de maisons de banque, jusqu'à de fastueux boursiers prennent plaisir à rassembler ces petits bouts de papier, qui rivalisent parfois par la finesse de leurs dessins avec les chefs-d'œuvre de gravure les plus renommés.

« Et les collectionneurs sont une puissance ! Pensez qu'ils sont environ cinq cent mille, en ne comptant que les gens sérieux ! Vraiment, si quelque chose doit nous étonner dans l'ouverture de leur exposition qu'on annonce pour le i5 de ce mois, juste dans une huitaine de jours, c'est bien qu'en présence d'un tel nombre de « philatélistes », on n'en ait pas fait plus tôt, en France du moins, car les autres pays, l'Allemagne et l'Amérique, nous ont devancés depuis assez longtemps.

m Parmi la multitude de timbres, multitude qui s'accroît chaque année, combien y en a-t-il qui vaillent vraiment la peine d'être collectionnés? Nous laissons aux « philatélistes » compétents le soin de résoudre la question, sans grand espoir de voir dédaigner les timbres qui ne sortent pas de l'ordinaire, tellement est grande la timbrophilie.

« C'est en Amérique que l'on trouve la plus grande variété de timbres. Ils représentent habituellement le portrait d'un des grands hommes des United States. Selon la valeur, le portrait varie : avec le timbre d'un centime, on a l'effigie de Franklin ; avec un autre, celui de AVashington; avec un autre encore, celui de Jefferson, et ainsi de suite. Faut-il en conclure'que les Américains estiment leurs gloires nationales à la valeur de leurs timbres?

« D'autres timbres des Etats-Unis représentent l'image de Christophe Colomb sur sa caravelle, la Santa-Maria, découvrant l'Amérique. Les timbres commerciaux, en nombre incalculable, nous offrent soit une locomotive filant à toute vitesse, soit un steamer qui fend les mers.

« Aucune souveraine n'a été autant collée en effigie sur les enveloppes que lier gracious Majesty. En effet, il n'est point de colonie anglaise qui ne donne à l'indigène, avec l'affranchisse-

ment de la lettre, le portrait de la reine Victoria pour le prix du timbre.

« L'Amérique du Sud tient le premier rang pour la beauté de ses timbres. Ceux du Pérou représentent soit un lama, soit un soleil aux rayons resplendissants, soit encore les armes du pays. Le Guatemala a deux bien jolies figures de timbres gravées avec une finesse qu'on ne s'attendrait guère à rencontrer cbez des peuples aussi commerçants : une tète d'Indienne empreinte de tristesse, mais non sans charme, et un magnifique ara perché sur une colonne à demi brisée.

« Nos colonies ont depuis quelques années leurs timbres avec une allégorie plus gracieuse que celle des timbres de la métropole : une femme, tenant un drapeau déployé, s'appuie sur le cadre où est inscrite la valeur, tandis qu'un vaisseau fait route au loin.

« Nous avons coutume de dire qu'il est avec le ciel des accommodements; le portrait du shah, que nous donnent les timbres de Perse, nous laisse supposer qu'il en est de même avec le Coran qui, comme on sait, défend aux fidèles du prophète de faire représenter leur image.

« Dans les Etals de l'IIindoustan et au Japon, les timbres consistent en inscriptions dans la langue du pays sur papier de couleur.

« Vous désirez, n'est-ce pas, connaître les timbres rares? On peut dire, à cet égard, qu'il n'y a pas de limites : tel collectionneur considère comme rare un timbre à cause de sa dentelure, tel autre pour sa couleur plus ou moins foncée ; l'on m'objectera que la passion limbrophilique poussée à ce point frôle de près la manie proprement dite, mais cet amour de l'unique ne resscmble-t-il pas à la passion des bibliophiles pour les livres remarquables seulement par des variantes minuscules du texte?

« L'île Maurice a la gloire d'exercer la patience des collectionneurs qui recherchent son timbre, émission de i85o, avec Post office comme légende. Sa valeur courante, dans ces dernières années, était de i,5oo francs. Depuis, étant devenu plus introuvable, le prix a naturellement dû monter.

« Notre pays a aussi l'honneur d'avoir émis, en 1849, un timbre considéré aujourd'hui comme l'un des plus rares, c'est la coupure d'un franc, couleur orangé. Valeur : neuf, 200 francs; oblitéré, Go francs.

« Les Réunion i853, qui comprennent deux coupures, l'une de quinze, l'aulre de trente centimes, sur papier azuré et typographiées, s'échangent couramment contre un billet de 1,000 fr. et au-dessus.

« Le Hawaï, première émission avec chiffres au lieu de dessin, vaut au delà de 1,000 francs, s'il est bien conservé.

« Les collectionneurs, comme on l'a vu plus haut, se recrutent dans tous les mondes; les ecclésiastiques comptent aussi beaucoup de timbrophiles. De plus, il n'est pas rare de voir des amateurs mener de front la timbrophilie et la bibliophilie.

« M. Philippe de Ferrari, avec l'empereur de Russie, Sa Majesté Alexandre III, peut être regardé comme le premier collectionneur de timbres-poste. Sa collection, estimée à trois millions de francs, est la plus belle du monde entier, du moins le rapporte-t-on, car M. de Ferrari serait très jaloux de ses richesses et ne les montrerait pas facilement.

« Le baron Arthur de Rothschild fut aussi un des plus gros amateurs de timbres; il publia même, si notre mémoire nous est fidèle, la Poste en France. Depuis, il a cédé sa collection à M. M. Caillebotte.

« Nous pouvons encore citer parmi les collectionneurs : M. Léon de Rosny, le professeur à l'Ecole des langues orientales et l'introducteur du bouddhisme en France; MM. Edwards, Pierre Zaccone, le romancier populaire.

« M. le D' Legrand, de Neuilly, est le président du comité d'organisation de l'exposition du Champ de Mars. C'est un des plus savants et des plus convaincus « philatélistes ». Il a publié, dit-on, un ouvrage sur les timbres du Japon, ouvrage excellent en son genre et recherché des amateurs. Sa collection se compose de plus de douze mille timbres et s'enrichit tous les jours.

« Mais nous ne finirions pas si nous voulions nommer tous les collectionneurs de quelque renom : aussi bien rendrons-nous

compte de l'exposition qui se préparc cl qui promet d'être fort intéressante, et en profilerons-nous pour faire connaître les collections exposées qui nous paraîtront les plus curieuses et les plus remarquables. »

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