II
Toute science y aboutit ou en sort. A marcher par ses rues, les mains dans les poches et le nez au vent, on apprend plus de choses, et des choses plus utiles, qu'à s'enfermer avec des gros livres en quelque retraite isolée. L'énergie des facultés intellectuelles, par la contagion de l'exemple, l'excitation des rivalités, l'émulation des camaraderies, l'acharnement des controverses, la lutte pour la gloire ou pour la vie, y monte jusqu'au paroxysme: et l'œuvre qui, ailleurs, pour sa gestation et sa mise au jour, n'aurait pas trop d'une existence entière, jaillit là presque instantanément, Minerve armée, du front du penseur, des doigts de l'écrivain. Lumineuse par elle-même, — comment ne le serait-elle pas, avec ses légions d'hommes de talent et de savoir, avec sa cohorte d'hommes de génie? — les rayons de tout l'univers y convergent, s'y réfractent et s'y polarisent. Elle est le condensateur énorme où s'accumule l'électricité des cerveaux humains. Y vivre, c'est prendre sa part de ce trésor de forces; et si l'intelligence peut devenir féconde et créatrice, c'est là.
Le travail à la ville; à la campagne, le repos. Court repos, long travail. Celui-ci sera d'autant plus efficace que celui-là aura été plus complet.
Il faut, de temps en temps, mettre le cheval au vert; mais alors il a les jambes molles, et le caA'alier judicieux ne lui demande aucun service; il le laisse, libre de tout harnais, vaguer à son gré dans la prairie. L'esprit a droit à non moins de ménagements : lui aussi a besoin parfois d'être mis au vert, en pleine nature, déharnaché de ses soucis, délivré de son labeur. Qui le chevauche et le galope alors court grand risque — on ne saurait trop le redire — de le trouver, à l'arrivée, fourbu.
G. de Saikt-Heraïe.