‹ L'Art et l'idée [serial] (volume 2)Chapitre 27 sur 66 · VV^V^.---';-:,.:'::--W · texte numérisé non relu

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Couverture d'une collection de romans.

mettrait de ne plus profaner les fenêtres ogivales par d'aussi carnavalesques chromos de pacotille.

Ses affiches? — vous les connaissez; ce sont les seules, avec celles du maître Jules Chéret el aussi de Toulouse Lautrec, qui apportent des vibrations cslbé tiques sur nos murailles. L'Age romantique élail une supérieurement belle lithographie qu'on ne saurait oublier. De même les Fêtes de Paris, Jeanne d'Arc, la Place Clichy el tant d'autres pancartes industrielles très intenses d'expression.

Parlerai-je des meubles tic Grasset? de ions ceux qu'il a dessinés pour Charles Gillot, et même des productions anonymes qu'il a perpétrées pour de fastueux ébénistes ou de louables fabricants de pianos, désireux de métamorphoser ballieuse boîte à musique dont la mâchoire d'ivoire bâille si odieusement en relief sur le rectangle sans grâce du coffre? Ce sérail œuvre longue, car le sujet serait al tirant et précieux à traiter.

Dirai-jc encore son talent de composition pour les tapissiers? ses essais de tout genre? le concours qu'il apporta dans l'ordonnance de certaines œuvres architecturales telles que la grande porte que le sculpteur-céramiste Carrics, son voisin et ami, est en train d'élever pour une princesse d'origine américaine ? Tout cela nous entraînerait au delà des bornes de cet article.

Pour me résumer sur Eugène Grasset, je puis avancer que ses véritables maîtres sont, avec la nature, les grands peintres et dessinateurs japonais et les artistes mystiques du

moyen âge. Il n'a qu'un but : « Supprimer l'imitation et le pittoresque, et remplacer ces banalités par le style, le style qui est l'expression de la volonté individuelle ou collective et qui peut seul modifier la nature accidentelle dans les œuvres d'art. »

Il pense encore que pour découvrir le style il est nécessaire d'étudier à fond la nature, jusqu'à ce qu'on soit arrivé à la surprendre et à la dominer.

Se sachant doué pour faire une création absolument individuelle, il s'est toujours plu à ignorer la vérité photographique; la précision parfaite n'a jamais été son idéal, il laisse aux médiocres ce souci de netteté qui est à la fois leur consolation et leur stigmate.

Le travail quotidien, l'immense persévérance et l'insatiable curiosité, telles sont les vertus principales que Grasset daigne se reconnaître. Je voudrais, au cours de cet article, hélas! bien trop tôt arrivé à son terme, avoir démontré que ce grand modeste possède encore de plus hautes qualités, mais je laisse à tous ses fervents admirateurs le soin de les expliquer et dénombrer à loisir. Octave Uzaxxe.

n veut élever une statue à Baudelaire ; des gens doctes en disputent, et il s'en faut de peu qu'ils n'en viennent aux injures et sévices. Je ne serais point étonné que Jules Barbey [d'Aurevilly eûl tôt ou tard à partager ce sort posthume, et que son marbre ou son bronze futur inspirât bien des paroles vaines et fit donner plus d'un coup d'épéc dans l'eau. En effet, ce n'est pas toujours métier ingrat que de s'atteler à la glorification publique d'un mort. La statue qu'on lui dresse a pour secrète raison d'être qu'elle servira de piédestal à une demidouzaine de vivants. L'instigateur, le président et les membres du comité, les conseillers municipaux

qui subventionnent, les gros souscripteurs, les sociétés artistiques ou littéraires qui chauffent le projet, préparent le programme de la fête et se réservent de figurer en bonne place au cortège, le poète clamant une ode au pied du monument qui s'inaugure, les orateurs officiels ou officieux, tout ce monde se sent statufier dans le même bloc que le grand homme. Ils se juchent sur lui comme des écureuils grimpent à une cime d'arbre, et l'élévation du géant qui les supporte, ils se l'attribuent naïvement.

Une statue peut être, sans doute, la consécration de la gloire par la postérité ; mais la statuomanie n'est qu'une des formes de la vanité et du cabotinage contemporains.

Dans ces entreprises, il n'y a guère d'intéressant que le pauvre grand homme mis sur la sellette et qui y restera, — comme, au coin d'une borne, un aveugle avec son chien tendant la sébille, — jusqu'à ce que la collecte soit assez grosse, et que le sculpteur à qui l'on a fourni, à un rabais patriotique, l'occasion de faire un chef-d'œuvre, l'ait saisie par le toupet, pour n'en garder, le plus souvent, qu'une lamentable touffe de cheveux.

Les petites villes, les villages ont presque tous, sur leur place, un bonhomme maigrement drapé en un costume moderne d'officier, de fonctionnaire ou d'homme du monde, dont les habitants sont très fiers, mais dont, à part le nom, ils ne savent rien, moins que rien. Si l'étranger demande un renseignement au boutiquier d'en face, ou à l'ouvrier qui passe, ou à la femme assise sur un banc, on lui répond qu'on ne sait pas au juste, que c'est écrit dessous. Et l'inscription du piédestal vous apprend, en style succinct et lapidaire, que le général, ou le ministre, ou le baron de la finance, ou l'artiste, ou l'écrivain, — historien, philosophe, romancier, poète, — un tel est né, ou est mort, ou a habité, à telle date, en celte localité.

Passe encore pour le général : son panache et son grand sabre rappellent aux jeunes gens ce dont leur giberne de soldat est grosse, et qu'ils doivent, au jour où la patrie les réclame, se montrer dignes de ce glorieux enfant du pays.

Passe aussi pour le politicien et le financier, cpui ont, sans doute, payé en routes on en fontaines les votes et les souscriptions de leurs concitoyens, et dont la célébrité décrue n'avait plus que ce dernier asile.

Passe même pour tant d'artistes et d'écrivains, de l'Institut ou des Académies de province, collets-montés ou bohèmes, ignorés ou populaires, qui, avec ou sans succès, ont recherché la renommée des salons, des coteries, de la chaire on du journal. Un peu de métal ou de pierre, que souillent et rongent en quelque coin les intempéries, symbolise assr/ bien la valeur de leur œuvre, tout en en prolongeant, au milieu d'indifférents, d'ignorants et d'oublieux, leur souvenir imprécis et sans éclat.

Ceux-là qui, de leur vivant, furent en argile ou en cartonpâle, il faut bien, après leur mort (pi 'on les coule en bronze ou qu'on les taille en marbre, si l'on ne veut qu'ils ne tombent au premier soleil en poussière, à la première averse en bouillie.

Mais c'est un soin injurieux pour des hommes comme Baudelaire et Barbey d'Aurevilly, Ils avaient en eux la force qui soulève et entraîne les foules; il leur suffisait de vouloir pour éveiller dans toutes les bouches l'écho de leur nom, et les Panthéons ont en réserve des sépulcres à leur taille. Il ne leur plut pas de vouloir. Leur dédain domina leur génie. S'attachant à l'art d'une étreinte éperdue, méprisants de la vie parce qu'ils en avaient pénétré le fond, délicats et hautains, jamais ils ne s'adressèrent qu'aux esprits, sinon de leur trempe, du moins du même acier. Le vulijuin pecus leur faisait horreur. Si, malgré leur répugnance et leur recul, ils venaient à le frôler, ils ne pouvaient se tenir de le fouailler en crachant de dégoût. Qu'ont affaire ces hommes de statues par souscription publique? Le public, à force de nous les entendre répéter, a fini par apprendre leurs noms, je le crois. Mais d'eux, que sait-il? Des racontars incohérents, des légendes absurdes, quelques vers mal compris, des citations au hasard de l'événement ou de la polémique du jour, les noms de quelquesunes de leurs moindres œuvres, quelques jugements de critiques attitrés et, par cela même, impuissants à comprendre ces

chevaliers errants de la pensée, ces solitaires aristocrates de l'esprit.

Comme le poète des Fleurs du mal, et à des titres plus divers, J. Barbey d'Aurevilly appartient au petit nombre des lettrés dilettantes et des raffinés de l'intelligence. Ils lisent ses œuvres, les entendent et les admirent, encore qu'ils y trouvent de quoi les faire se cabrer. La statue de cet homme dans un carrefour leur semblerait une ineptie sacrilège : leur cerveau est le seul sanctuaire où son image puisse dignement se dresser.

Et de même la seule manière digne d'honorer sa mémoire, c'est de faire connaître son œuvre, de mettre les esprits curieux et cultivés mieux en mesure d'en apprécier la variété et la grandeur. C'est pourquoi nous accueillons avec empressement, dans cette revue consacrée au culte de l'art, à la religion de l'idée, le travail bibliographique qu'un fervent de d'Aurevilly, M. Henri Danay, a rédigé avec des scrupules d'exactitude qui marquent bien que ce fut pour lui un work ojlove.

Ces « notes », comme l'auteur appelle modestement son travail, gagneraient à être étendues; le côté descriptif et analytique reste à mettre en relief; certaines éditions, pour n'être pas originales, n'en sont pas moins intéressantes et mériteraient d'être mentionnées ; l'iconographie n'a pas été tentée. C'est dire qu'il y a, dans ces quelques pages, le fond solide d'une excellente bibliographie d'Aurevillienne, et qu'on est en droit de demander à M. Henri Danay de parachever un ouvrage commencé si consciencieusement et si bien.

En attendant, voici la notice à laquelle on me pardonnera d'avoir mis ce long préambule :

Les œuvres de J.-B. d'Aurevilly, publiées de 1825 à 1892, forment, en édition originale, 48 volumes ou plaquettes. — Nous les cataloguons ci-après, en les classant suivant leur nature, dans l'ordre chronologique de leur publication.

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