‹ L'Art et l'idée [serial] (volume 2)Chapitre 8 sur 66 · QUELQUES LIVRES DOUTRE-M ANCHE · texte numérisé non relu

QUELQUES LIVRES DOUTRE-M ANCHE

Cet ensemble d'efforts a produit une œuvre qu'on peut croire définitive sur l'érudit genevois qui nous intéresse à autant de titres que les Anglais.

Un autre ouvrage considérable, publié par la « Clarendon Press », est dû à sir James II. Ramsay. Lancaster and York, ou un siècle de l'histoire d'Angleterre ( 1399-1 4'^-J- a vol. in-8°), est la première partie exécutée d'un plan qui embrasse les quinze premiers siècles de l'histoire d' Angleterre. La lutte des deux Roses n'en est pas la période la moins brillante ni la moins embrouillée. Mais sir Ramsay est un guide avec lequel on ne risque pas de s'égarer : il consulte tout, apprécie tout, envisage tous les côtés d'un fait, étudie la vie de la nation sous tous ses aspects et dans toutes ses relations. C'est l'érudition allemande vivifiée par la culture néo-latine, les détails complets et précis mis chacun à sa place et contribuant tous, dans de justes proportions, à former un ensemble harmonieux. Des reproductions de vieux portraits, des cartes et des tables hors texte illustrent et complètent ces deux importants volumes.

A la « Chiswick Press » (Ch. Whittingham et O"), je remarque une intéressante étude, luxueusement éditée et illustrée, sur les doges Tomaso Mocenigo et Francisco Foscari, et sur leur époque (Two Doges oj Venice, par Alethea YVicl : in-4°). et une réimpression du Voyage de Fielding à Lisbonne (The Journal of a Voyage to Lisbon ; in-8°), avec une introduction et des notes, par M. Auslin Dobson. L'éditeur y a ajouté le fragment des commentaires sur les Essays de Bolingbroke, réunissant ainsi les dernières productions de cet honnête homme et de ce grand écrivain qui fut Fauteur de Toin Jones.

Nous revenons à la « Clarendon Press » avec les Lettres de Samuel Johnson, recueillies par George Birkbeck Hill (2 vol. in-8°). On y voit une fois de plus de quelle importance sont les lonctions physiques, les maladies et les médecins dans la vie des hommes, grands ou petits. Cette collection ne comprend pas les lettres déjà publiées dans la Vie de Johnson par Boswell ; elle les indique à leur date, simplement. Mais l'éditeur a pu en réunir près de trois cent cinquante autres, dont une centaine absolument iné-

dits. On sait quelle énorme place Johnson, bien qu'il ne soit pas tout à fait un grand homme, tient dans la littérature anglaise de son temps : rien de ses écrits n'est négligeable, car tout ce qu'il a écrit a, sans compter le mérite littéraire, une valeur de document.

Ce sont des publications de ce genre qui permettent aux historiens de la littérature, comme M. Henry Morley, de mener à bien leurs longs et savants ouvrages, en y condensant tous les travaux de détail. En attendant que M. Morley se serve de cette correspondance de Johnson, il vient de publier son huitième volume des English Writers, ce monument d'érudition et de bon sens critique qu'il appelle modestement a une tentative d'histoire de la littérature anglaise » (Cassell et Cîe). Ce huitième volume va de Surrey à Spenser, vers la fin du xvr" siècle.

Un petit livre, daintily got up par les héritiers de l'ancre aldine à Londres, MM. Pickering et Chatto, nous donne les proverbes et dictons dont Cervantes a fait usage dans Don Quichotte et dans ses autres écrits (Sancho Panza's Proverbs), avec une traduction anglaise littérale, des notes et une introduction, par L lick Ralph Burke. On sait quelle consommation Sancho Pança aimait à faire, dans ses discours, de la « sagesse des nations » ; et, sur ce point, le chevalier de la Triste Figure ne lui cédait guère. M. Burke a pu recueillir ainsi quatre cent dix locutions proverbiales, qu'il sert entrelardées de notes piquantes et de parallèles ingénieux. Ce petit recueil en est déjà à sa troisième édition. (Sancho Panza's Proverbs, 1872 ; Spanish Sait, 1877) ; il s'augmente et s'enrichit à chaque fois. Comme les autres, cette troisième édition sera vite épuisée, et M. Burke trouvera encore d'autres glanes dans le même champ pour grossir sa gerbe une quatrième fois.

J'ai, lors de leur apparition, signalé les travaux de Clelia, — un pseudonyme évidemment, — sur Shakespeare : God in Shakespeare et Great Pan Vives. L'auteur vient de publier une sorte de résumé de ses recherches et de son enseignement dans une petite brochure intitulée The Long desiderated Knoivledge of the life and personality oj Shakespeare (Luzac et Cie). Je ne peux nier que cette lecture n'ouvre sur l'âme, sur l'inspiration de Shakespeare

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des horizons inattendus. C'est le résultat de ce que l'auteur appelle 1' « optique mentale », mental optics. Mais il faudrait plus de temps et d'espace que je n'en ai pour étudier sérieusement des travaux beaucoup plus psychologiques que littéraires, et, si j'ose le dire, infiniment plus subjectifs qu'objectifs.

Je nomme pour mémoire l'ouvrage de Charles Bootb sur le paupérisme (Paupcrism : a pietnre ami endowmeni <>f old âge. Macmillan et C'° ; in-8n), plein de statistiques et d'observations curieuses et suggestives. Mais ces questions, toutes vitales qu'elles sont, regardent l'assistance publique et la sociologie bien plus que la revue VArl et Vidée.

Les collectionneurs de timbres-poste qui s'intéressent à l'histoire de leur dada, et qui ont, comme il arrive, un cœur tant soit peu bibliophile, prendront plaisir à lire et même — s'ils ne savent pas l'anglais — à feuilleter le livre, plein de figures, que le major E. B. Evans public sur Y Enveloppe Mnlready et ses caricatures (Stanley Gibbons, in-8"). Je ne crois pas que l'enveloppe ait beaucoup servi en France à exprimer, par des images ou des inscriptions, les désirs de la population quant aux améliorations à apporter clans le service et dans la taxe des postes. On verra qu'il en fut tout autrement en Angleterre. 11 y a là tout un filon artistique et amusant ouvert aux. amateurs. Le livre, outre son intérêt intrinsèque, est tvpographiquement fort beau et figurera honorablement dans les book-cases les plus sélect.

J'en dirai autant, en ajoutant que le sujet traité est d'une importance incomparablement plus grande, du superbe volume in-4° publié par l'imprimerie de l'Université de Cambridge sur les manuscrits enluminés (Illuminated Manuscripts in Classical and mediaeval tunes, par J. Henry Middleton). Le modernisme a envahi la bibliophilie comme le reste, et c'est un bien ; car il faut, avant tout, être de son temps. Cependant on ne saurait se détacher des temps passés qui, graduellement et couche par couche, nous ont faits ce que nous sommes. De là l'intérêt qui' nous portons aux manifestations de la pensée ou de l'art chez nos pères; de là les prix extrêmement élevés auxquels les beaux

manuscrits, ornés de belles miniatures, trouvent toujours acquéreurs. M. J. H. Middleton a écrit sur ce sujet une monographie précieuse, toute semée de reproductions auxquelles il ne manque que le voisinage du texte gothique sur vélin, la couleur et les ors. Parmi les livres d'outre-Manche, on ne m'en voudra pas d'en clisser d'outre-Océan. L'éditeur H. E. Haferkorn, de Milwaukee, "Wisconsin, États-Unis, a entrepris une collection de bibliographies se rapportant aux écrits techniques. Il a récemment publié une liste bien classée d'ouvrages sur les mines et leur exploitation (Handy List of Books on Mines and Minings ; in-8°). Il est inutile de s'attarder à démontrer l'utilité de ces catalogues spéciaux. Celui-ci n'est pas complet — je me demande si une bibliographie complète est possible, quel qu'en soit le sujet? — Cependant il est bien fait, bien ordonné, et il n'est pas un mécanicien ni un ingénieur qui ne trouvât aide et profit à le consulter.

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