‹ L'Art et l'idée [serial]Chapitre 36 sur 90 · RENSEIGNEMENTS RAPIDES A NOS CORRESPONDANTS · texte numérisé non relu

RENSEIGNEMENTS RAPIDES A NOS CORRESPONDANTS

EoMOîiD Kal..., à Geni've. — Pour bien démontrer tout ce que le goût moderne jieut s'injrénier à produire en vue d'un art nouveau du livre, nous préparons, pour être publiés dans cette revue, une série d'articles sur les éléments des éditions de l'avenir ; nous donnerons successivement des éludes sur les papiei's à employer, pour le texte, les gravures, les couvertures; des essais sur la typographie future, sur la gravure, ainsi que des notes sur la mise en pages, n'apportant dans ces articles que des théories absolument nouvelles, souvent appuyées par des démonstrations pralicpics. La plupart des livres de Biljliophiles, de ce temps-ci, ne sont, le plus souvent, que de médiocres impressions sur papier fort, dans lesquels on intercale, hors texte, de banales eaux-fortes, propres d'aspect, gravées par des ouvriers à tempérament froid et sans originalité ni ragoût de facture. Franchement, c'est insufBsant, et, dans ces conditions, on n'est pas étonné de voir des rustauds sans éducation primaire, ni intelligence du métier, s'improviser libraires-éditeurs, et, à force de faconde, débiter les plus banales publications. Ce qui étonne, par exemple, c'est la badauderie des amateurs, la façon dont ils se laissent cmpamncr par ces derniers, et combien rares sont ceux qui, sûrs de leur govit et connaisseurs éprouvés, font justice, par leur indifférence, de toutes ces pauvretés, dont le siècle prochain ne pourra sûrement comprendre l'éphémère succès.

D' EuGii>"E ScHW..., à Vienne. — Oui, mon cher docteur, nous parlerons du Salon de la Rose-Croix en mars prochain, de préférence aux

autres expositions, qui, toutes, sont commentées par la presse courante. En dépit de la fantaisie et des extravagances du Sàr Péladan et de son grand Archonte, la personnalité de l'auteur de la Décadence latine nous est svmpatliique, — en dehors môme de son talent, — parce qu'elle est flore et qu'elle s'élève pour protester contre l'enlisement général. Le Salon idéaliste de la Rose-Croix ne sera indiscutablement pas comparable aux autres bazars de la peinture moderne, et nous y espérons voir apparaître, loin des jurys, des camaraderies et des récompenses officielles, des jeunes peintres intellectuels, ayant foi dans l'art par l'idée. Ce sont, à vrai dire, les seuls qui nous intéressent.

INIaurice s..., àMarseille. — Eh! pardieu! vous avez raison: liquidez sans regrets ces éditions trop ftivorablement accueillies aux débuts du libraire-éditeur C... Elles ne fléchissent pas encore sur le marché, parce que l'éditeur est là pour soutenir sa marchandise, — ce qui est tout à son honneur du reste, — mais il ne faut pas s'attendre à la hausse, bien au contraire, et le jour où l'haljile libraire n'irait plus dans les ventes pour racheter ces proprettes publications, sans caractère ni valeur d'art, qui forment les cinq sixièmes de son bagage d'éditeur... ce que ça craquerait! je ne vous dis que ça. Agissez comme nos financiers : vendez au cours du jour ; il vous sera toujours facile de racheter à la baisse si vous y tenez ; mais vous n'y tiendrez plus, je vous assure : même sous riche reliure, le temps fera voir le néant de ces choses. Achetez, d'autre part, certaines publications injustement tombées au rabais, jadis éditées par Launette, quelques-uns des meilleurs Jouaust, puis des éditions originales de nos jeunes maîtres, et surtout, si vous ne l'avez, le plus beau livre de ce temps, les Quatre fils Ajmon, de Grasset; il y a beaucoup de bonnes choses à acquérir à bas prix en ce moment. Vous me direz dans dix ans si je me suis trompé.

Luci.vNO Patruc..., à Rome. — Il existe, en eflet, des amateurs qui ont fait imprimer, pour eux-mêmes, des éditions spéciales d'auteurs célèbres, à un ou plusieurs exemplaires. Nous en connaissons une dizaine à Paris; le plus actif et aussi le plus moderne d'entre eux est M. Paul Gallimard, qui possède des œuvres incomparables, illustrées d'eaux-fortes de peintres, par des artistes tels que Bcsnard, Rafaëlli et autres. Une monographie du caljinet de Gallimard serait précieuse à faire, mais les bibliophiles ont

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des piuliqncs amours d'ôlc'phants, et il ne leur convient pas de jouir coram populo de leurs beautés; ils se plaisent à tripatouiller leur bien dans l'ombre et le mystère, et c'est pourc|uoi nous ignorons les incomparables merveilles enfouies chez des Mécènes fermes à la publicité. N'est-ce pas regrettable ? Il y aurait un livre à succès à composer avec les Bibliothèques originales du jour, et aussi un ouvrage biiîliograpbiquc non moins piquant sur les Exemplaires uniques et les Livres illustrés dans les marges.

J. Paul C..., à Bordeaux. — Les Annales littéraires et administratives des bibliophiles contemporains, contenant diverses illustrations, et, entre autres, dcu\ beaux portraits à l'cau-forte du Duc d'Aamale, d'après Bonuat et du regretté lord Lytlon, par Paul Avril, seront distribuées aux cosociétaires d'ici quelques jours ; vingt-cinq exemplaires seront mis dans le commerce au prix de 5o francs. Ceux de ces exemplaires qui ne seraient pas souscrits dans le mois qui suivra l'annonce dans le Journal de la librairie seront lacérés, ainsi qu'il a été fait l'an dernier.

Alfred W..., à Nantes. — Pour les. Affiches illustrées, adressez-vous à Sagot, i8, rue Guénégaud. Il vient de pul)lier un catalogue très complet, à prix marqué, où vous trouverez le résumé absolu et bililiograpliié de l'affiichomanie. La couverture de ce catalogue est illustrée par Chéret. Quelconque nous eût dit, il y a vingt ans, que la passion de l'affiche nous conduirait à consulter un jour, avec la fièvre de la rccherhce, un catalogue de 2,233 numéros, nous aurait paru fantaisiste. — Tout arrive! on le voit.

Que ne collcclionnera-t-on pas au xx" siècle!

M. Étie>>e Pag..., à Palerme. — Vous semblez surpris du défaut d'csliiétique de beaucoup de nos écrivains, et vous pensez que nombre d'entre eux n'ont pas un sens d'art très développé. Lisez ce paragraphe de Concourt dans la dernière partie de son journal, et vous jugerez :

« Parmi les gens à imagination, je suis étonné combien il leur manque le sens de l'art, la vue compréhensivc des beautés plastiques, et, parmi ceux qui ont cela, je suis étonné combien il leur manque d'invention, la création : ils ne sont que des critiques. »

Ce n'est qu'une note dont pcul-ctre de Goncourt aimerait à développer la teneur dans une étude générale ; mais, le peut-il sans déchaîner sur lui des inimitiés féroces ? La vérité est qu'à l'heure actuelle il est fort peu d'écrivains qui soient à la fois artistes aristocrates de pensées, dilettantes affinés et sensitifs. Beaucoup de lions journaliers parmi eux, des hommes méthodiques, qui vont à la copie comme on va à son hureau, nombre de commerçants très entendus, quelques faux fantaisistes ; mais si vous cherchez des êtres épris d'art jusqu'à la névrose des sens, des gens souffrant des styles, des formes, des couleurs, des sybarites de l'œil, de l'oreille et du toucher, ne tolérant que le beau absolu, ohl cher monsieur, combien ceux-ci sont rares !

Julien Ras..., à Rennes. — Le livre sur les Quais de Paris, qui devait voir le jour au début de mai 1887, n'a pas paru. Une partie du livre est imprimée, les gravures sont exécutées, le titre tiré, l'eau-forte frontispice de même; mais, par une série de circonstances adverses, je n'ai jamais pu terminer jusqu'ici cette physiologie des boaquineurs et bouquinistes. J'espère bien sincèrement trouver le loisir et le temps à fournir l'effort nécessaire pour sortir cet ouvrage de sa fondrière, et je donnerais volontiers rendezvous aux souscripteurs pour le prochain mois de mai, si je ne craignais de braver la fatalité qui s'est acharnée jusqu'ici à ce livre. Toutefois, espérez. Je songe sérieusement à tout remettre sur le chantier si l'Art et l'Idée le veut ou le veulent.

Quant à l'Amour à travers les âges, ce ne peut être pour cette année qui ne verra sans doute paraître que les Contes pour les Bibliophiles et les Profils perdus.

Ne leur parlez pas do Courliet (Ilops, 18O0).

QUELQUES PLAISANTS CRQQUIS

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