ECHOS DIVERS DU MOIS
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QUELQUES livres de et d'art, récemiiicnt bliés valent la peine d'un salut.
■ Tout d'abord le Cours de danse fin de siècle, édite chez Dentu et mis en œuvre par un avocat qui a vis-à-vis du public des pudeurs telles que Rodrigue en témoignait à Cliimcne. Assurément le livre est tout en l'honneur de la morale désarticulée, mais encore faut-il rougir de montrer ces galantes meunières de plaisir, anges qui n'ont d'autres ailes que celles du Moulin-Rouge? Une étude sur les cythcres de Montmartre n'a rien de déshonorant pour im écrivain, et ce livre, qui est vraiment fort bien illustre par Louis Legrand et imprimé délicieusement par Chamerot, avec des lettrines polychromes d'un charmant cflct, eût été bien
fait pour porter le nom de sou auteur très loin dans la postérité. Voici un livre ultra-moderne et qui mérite d'innombrables éloges pour toutes les parties de sa contcxlure. Nous en reparlerons quelque jour, lorsqu'il nous sera possible de dire notre sentiment sur ce que doit être le livre contemporain illustré.
Un autre livre également original bien que rétrospectif, c'est la nouvelle édition du Cabaret du Puils sans vin, par Louis Morin, mise en vente par Delagrave. Louis Morin est un illustrateur incomparable ; on résumerait son talent en disant qu'il parait avoir alambiqué, pour créer sa manière, le talent et les charmes de Callot, de Watteau, de Lancret et de Longhi. Cette édition nouvelle, petit in-4'', semée de gravures coloriées mérite les honneurs d'une bibliothèque d'artiste. — Nous donnerons en avril une Etude illustrée sur Louis Morin.
Rouquette a récemment donné aux amateurs une édition de grand luxe, tirée à très petit nombre, des Petits contes, en prose, d'Hégésippe Moreau, avec douze illustrations à l'eau- for te de Félix Oudart, dans le même format que son Point de lendemain. Le livre est coquettement publié, mais les illustrations, à vrai dire, sont fort inégales et n'approchent pas du délicieux bijou fait par Avril du Conte impérissable, de Vivant Denon. Toutefois, le texte d'Hégésippe Moreau est tellement exquis qu'il faudrait n'être pas bibliophile pour trois pistoles. . . si l'on ne s'offrait pas le livre de Rouquette, qui est fort élégant d'allure.
Les Travailleurs de la mer, de Victor Hugo, viennent de commencer à paraître chez ïeslard. Si la première livraison résume les promesses de l'ouvrage, nous pouvons dire que cette publication sei'a la perle de l'édition nationale, à côté de Notre-Dame de Paris, illustrée par C. -Olivier Merson. C'est Duez qui illustre les Travailleurs de la mer; ses premières compositions sont saisissantes de vérité et de talent ; nous dirons par la suite si le reste de l'ouvrage répond au début ; tout nous le fait espérer.
Vu aux Aquarellistes la série d'aquarelles de Georges Rochegrosse, exécutées en vue d'une édition du superbe conte de Flaubert, Ilérodias, en préparation chez vui libraire d'amateurs de la l'ive gauche. Ces aquarelles sont d'une prodigieuse habileté d'exécution et aussi d'un goût archaïque surprenant. C'est plaisir de regarder ces joyaux où les tons s'irradient dans un prisme éblouissant de colorations exquises. Dessins, reconstitution phénicienne, paysages de Galilée, types du Télranjue, d'Antipas, de Vitellius, tout est féeriquement exprime par le jeune maître si heurcusonionl amoureux de ranti([uité. La danse de Salomé est particulièrement remarquable ; c'est la pièce capitale de l'illustration, et il était difllcile de montrer plus de volu[)té ambiante, plus de langueur capiteuse en laissant voir si peu de nudité.
Si l'on trouvait un procédé pour reproduire ces merveilleuses aquarelles, si Gaujean s'y essayait avec succès par planches repérées, si le livre était heureusement mis en pages cl imprimé, on aurait certainement une des plus belles éditions en plaquette de ce temps-ci. Mais il parait cjuc la gravure confiée à Champollion sera monochrome. — Hélas ! que restera-t-il de tant de soleil, de lumière, d'ors et de pourpre? Attendons cependant pour juger.
Sagot, le libraire ollicicl des collectionneurs d'aPficlies, a organisé dans les salles du Théâtre d'Application, à la Bodinière, une exposition des plus curieuses alBches qu'il possédait en cartons; cette exhibition murale, très intelligemment faite, est en quelque sorte comme le résumé de l'histoire de l'affiche illustrée, de 1820 à nos jours. Les curieux y peuvent aller sans désillusion ; ils trouveront, 18, rue Saint-Lazare, un aperçu général des lithographies susceptibles de constituer une collection.
Les ventes. — On disperse toujours, à l'hôtel Drouot et à la salle Sylvestre, bibelots, objets d'arts, livres et estampes ; mais ce sont lu des adjudications plus ou moins anonymes et dont rintcrct ne s'impose pas. C'est en mars et avril généralement que
s'opèrent les belles liquidations, en janvier et février il n'y a que le courant qui donne. On préparc en ce moment de gros catalogues à sensation, dont il ne nous est pas encore possible de signaler tous les attraits.
Nous recevons seulement les épreuves du catalogue de la Collection du docteur Joseph Michel, dressé par le libraire Sapin, et dont la vente aura lieu le 21 mars et jours suivants. Ce sera une véritable curiosité pour les dilettantes d'art que cette vente, qui réunira d'admirables épreuves d'estampes anciennes et modernes. Des lithographies, des eaux-fortes, des fumés de gravures sur bois et tout l'œuvre gravé de Gustave Doré, — sans compter i3o dessins de celui-ci, 28 dessins de Melssonier, des tableaux, des bronzes et une bibliothèque très sommaire, mais suivie d'une vente d'autographes, — toute une collection d'art, en un mot, et des plus curieuses. — Demandez le catalogue à Léon Sapin, 5, rue Bonaparte. — Vous y verrez des pièces, je ne vous dis que ça !
Il est à remarquer que nos jeunes peintres idéistes-symbolistes et autres, nos graveurs originaux, nos décorateurs commencent à s'inspirer avec beaucoup de sens des principes et des perspectives des maîtres japonais. On ne saurait trop hardiment pousser les nouveaux venus dans cette voie, qui seule peut avoir chance de renouveler les affreux témoignages d'art décoratlfdont nous sommes généralement affligés en ce pays, qui cependant se taxe de goût.
A ce sujet, je cueille dans le Journal des Concourt, non encore publié en volume, cette admirable et judicieuse boutade qui m'a ravi et comblé d'aise :
« Au fond, dans ces colères contre ma préface de Chérie, ce qui m'étonne, c'est le peu d'ouverture de ces intelligences de critiques, qui blaguent tous les jours l'absence de sens artistique chez les bourgeois.
« Je parle, par exemple, du japonisme, et ils ne croient exister de cet art que quelques bibelots ridicules, qu'on leur a dit être le comble du mauvais goût et du manque de dessin. Les malheureux! ils ne se sont pas aperçus, à l'heure qu'il est,
que tout l'impressionnisme est né de la contemplation et de l'imitation des impressions claires du Japon. Ils n'ont pas davantage observé que la cervelle d'un artiste occidental, dans l'ornementation de n'importe quoi, ne conçoit qu'un décor placé au milieu de la chose, un décor unique ou un décor composé de deux, trois, quatre, cinq détails, se faisant toujours pendant et contrepoids, et que l'imitation par la décoration céramiqvie actuelle du décor, jeté de côté sur les choses du décor non symétrique, entamait la religion de l'art grec, au moins dans l'ornementation vécue des Japonais.
« Enfm, j'ai là un bouton de fer, le boulon attachant la blague à tabac d'un Japonais à sa ceinture, vui bouton où, en dessous de la patte d'une grue volant en dehors du médaillon niellé, se voit seulement le reflet de cette grue dans l'eau d'une rivière, éclairée par un clair de lune. Le peuple chez lequel l'ouvrier, un ouvrier-poète, a des imaginations pareilles à celle-ci, ne croyezvous pas que ce peuple puisse être proposé comme professeur d'art aux autres peuples ?
« Et quand je disais que le japonisme était en train de révolutionner l'optique des peviplcs occidentaux, j'aflirmais que le japonisme apportait une coloration nouvelle, un système décoratoire nouveau, enfin, si l'on veut, une fantaisie poétique dans la création de l'objet d'art, qui n'exista jamais dans les bibelots les plus parfaits du moyen âge et de la Renaissance. »
N'est-ce pas là une page toute spontanée, qui réconforte par sa radieuse vérité, et qui nous con.sole de l'incompréhension navrante que Loti a montrée de l'art et du goût japonais dans Madame Chrysantème. — Loti a vu tout ça petiot, mesquin, grotesque. — Manquerait-il du véritable sens de l'art ? C'est à craindre !
C'est beaucoup de cet art du Japon que nous allons vivre cependant, et les perspectives nouvelles que ces grands maîtres nous ont montrées ont et auront vine immense influence sur la rénovation de notre art décoratif, aujourd'hui si misérable et si dénué d'élégance, d'inspiration et de beauté.
Menues informations.
Le musée du Louvre vient d'entrer en possession d'une superbe série d'esquisses cl de dessins légués par M. Destouches.
La série se compose :
1° D'une esquisse peinte de Gucrin, première pensée de son tableau : Enée et Didon;
2" D'un dessin d'Ingres, au crayon, d'une exquise délicatesse de modelé, représentant la mère de M. Destouches, et daté de i8i6;
3" De trois dessins de Géricault : Artillerie de la garde, un Centaure, Etude de deux chevaux;
l\° D'un dessin allégorique de Forestier;
5° D'un dessin de Grault représentant un Cloître.
M. le baron Alphonse de Rothschild vient de faire don au même musée de deux petits bronzes florentins du xvi" siècle, d'une belle exécution.
Ce sont deux satyres assis sur des socles de marbre et qui étendent les jambes et les bras en faisant saillir les muscles de leur torse vigoureux.
Ces ouvrages incomparables prendront place dans la grande salle de la ferronnerie et des objets en métal, récemment installée.
M. le docteur Fouquet, qui habite le Caire, et qui a déjà fait don au musée du Louvre de spécimens très importants de l'art arabe au moyen âge, vient encore d'offrir à l'Etat un lot considérable d'ouvrages intéressant au même titre nos collections nationales.
La plupart ont été trouvés dans les collines de Fostat (le vieux Caire). Ce sont des émaux aux nuances rares, des perles mosaïques, des coupes et des flacons d'une précieuse fabrication et bien antérieurs cependant à la fondation des verreries de Venise; certains sont taillés à la meule, d'autres sont savamment irisés.
Ce sont encore des bracelets de types divers, des objets en os, d'autres en bronze ayant servi à des verriers ou des droguistes. Des ornements sculptés au couteau dans des os de bœuf, se rattachant à l'art copte.
Une partie importante de la collection est une suite de quarante inscriptions sur verre : estampilles des mesures de capacité, poids pour les matières précieuses, amulettes, pièces commémoralives, etc.
Enfin, parmi les objets coptes et arabes qui complètent cet important envoi, on remarque plusieurs lampes curieusement ornées et émaillécs. des vases aux formes bizarres, des cassolettes, des poids en verre, des fragments de coupe fabriqués au vieux Caire, du temps des sultans mamelouks.
Le Comité consultatif des musées nationaux a accepte avec reconnaissance cette dotation, pour laquelle des vitrines spéciales vont être installées dans le département du Moyen Age, de la Renaissance et de la Sculpture moderne.
Le Louvre vient enlin d'acquérir pour le département des Antiquités égyptiennes une très belle statuette en bronze de la XIX' dynastie. Elle représente un prêtre debout.
Cet ouvrage sera joint aux bronzes acquis à la vente de la collection Posna et conqilétera dignement cette magnifique série qui n'a son égale nidlc part.
On sait que la Société des gens de lettres, à la mort du sculpteur Chapu, avait invité M. Rodin à se charger de la statue de Balzac, laissée inachevée par le maître.
La Commission du monument, composée de MM. Emile Zola, Hector Malot, etc., s'est rendue à l'atelier de l'artiste, qui lui a présenté sa maquette.
Balzac est debout, bras croisés, tète haute, et drapé dans sa légendaire robe de moine serrée par une cordelière à la taille.
La Commission a félicité M. Rodin de son projet et l'a prié de se mettre immédiatement au travail du marbre.
Balzac par Rodin ! Ce ne sera pas trop tôt d'avoir une œuvre d'art dans nos rues de Paris, déshonorées par tant d'horribles bronzes depuis que la statuomanic s'est emparée de nos édiles 1
La Littérature et l'Art à l'étranger.
Nos voisins d'outre-Manche ont accueilli la première livraison de VArt et l'Idée avec des témoignages réitérés de sympathie et des éloges auxquels nous demeurons fort sensibles. h'Athenœum, les Notes and Queries, VAcademy, l'Effective advertiser, le Daily Eagle, le Globe, le Daily Chronicle, le Bookman, la Pall-Mall Gazette nous ont souhaité la bienvenue en des termes touchants dont nous sommes heureux de les remercier ici même, en espérant que les livraisons futures, qui seront sans doute supérieures à la première, recevront de nos aimables confrères anglais une aussi chaleureuse réception.
Au moment où nous hissons bravement le pavillon de l'Art et de l'Idée, une revue transalpine se fonde en se réclamant de l'Art et de la Nature.
Le titre adopté pour la revue qui vient de naître nous a valu quelques compliments aimables, dit la rédaction dans le « Preludio Sinfonico » ouvrant le premier numéro de Natura et Arte; il semble logique et s'impose même pour une publication voyant le jour sous ce ciel de l'Italie où la nature et l'art ont prodigué toutes leurs magnificences.
Nous souhaitons bonne chance et longue vie à notre nouveau confrère, qui a d'ailleurs su s'assurer le concours des meilleurs écrivains nationaux.
La Fortnightly Revieiu de février contient une étude sur Pierre Loti, signée Edward Delille.
A lire dans the New Review (février) un article de M. Walter Besant sur la Collaboration littéraire.
On annonce comme prochaine, à Londres, la vente de la bibliothèque de feu lord Granville. Ce sera un événement parmi les bibliophiles.
Nous recevons d'Angleterre des ouvrages de littérature et d'art fort intéressants à signaler et que le défaut de place ne nous permet pas de passer en revue ; nous avertissons nos lecteurs ainsi que les excellents éditeurs anglais qui veulent bien songer à cette revue que nous donnerons régulièrement une revue trimestrielle de littérature anglaise, — revue sommaire qui nous permettra toutefois de mentionner les plus curieuses publications de nos voisins.
Mémento des Expositions à l'étranger. — Chicago. — Section des Beaux-Arts de l'Exposition universelle, i'''^ mai-3o octobre 1898 (voir VArt moderne du 11 octobre iSqi).
Florence. — Exposition annuelle de la Société des Beaux- Arts. i5 février-3o avril 1892. Délai d'envoi : 20 janvier. Renseignements ; Secrétaire de la Société, via délia Colonna, 29.
Glascow. — Exposition de l'Institut des Beaux-Arts. 2 févriex'-2 mai 1892. (Gratuité de transport pour les artistes invités.) Renseignements : M. Robert Walker, secrétaire.
Madrid. — Exposition historique européenne. 12 septcmbre- 3i décembre 1892. (Sculptures sur pierre, sur bois, sur métal et sur ivoire; — Tableaux peints à l'huile, à la gouache et à la détrempe sur toute matière; — Miniatures; — Dessins; — Gravures; — ■ Mosaïques; — Pièces d'orfèvrerie, de joaillerie et de toute sorte de métaux; — Panoplies; — Vêtements de toute nature; — Tapis, tapisseries et étoffes; — Reliures artistiques;
— Manuscrits rares ; — Mobilier ; — Céramique ; — Verrerie ;
— Carrosserie; — Matériel des arts et métiers.) — Délais d'envoi : r'-So avril 1892. — Renseignements : Comte de Casa Mi-
randa, sous-sccrétaire d'Etat à la présidence du Conseil des ministres, Madrid.
Munich. — Exposition internationale des Beaux-Arts, i^juinfin octobre. Délais d'envoi : notices, i5 mai; œuvres, i'"'-20 mai. Renseignements : M. Ch.-A. Baur, secrétaire du Comité central. — Envoi collectif par M. W. de Haus et C'".
La production littéraire en Angleterre. — The Academy emprunte (9 janvier 1892) au Publisher's Circular les renseignements suivants : Il s'est publié 5,706 ouvrages, dont 1.277 en éditions nouvelles. Le total de 1888 était de 6,591 ; ce cliiffre n'a cessé de décroître depuis. Cette diminution porte principalement sur les ouvrages d'art et de science et sur les livres illustrés, tombés de A79 à 116, ainsi que sur les ouvrages de théologie, qui, de 975 qu'ils étaient en 1888, ne sont plus, en 1891, que 627. Mais, en revanclie, le nombre des romans a plus que doublé : de 58o à 12 16. Les livres de poésie se maintiennent dans une moyenne toujours à peu près la même, de 100 à 170 volumes par an. Il semblerait que les éditions de luxe, à Londres comme à Paris, ne soient pas en grande faveur en ce moinent.
Le joli livre de notre ami et collaborateur Robida : Mesdames nos aïeules, que publiait naguère la Librairie illustrée, vient d'être traduit en anglais par Mrs. Cashcl Hoey, sous ce titre : Ten Centuries of Toilette (Sampson, Law et O"). La critique anglaise l'apprécie très favorablement.
Une mode américaine pour les couvertures de livres. On tend, sur les plats en carton, une étoffe fine, soie, mousseline ou toile, sur laquelle on applique une feuille de métal très mince. Sur cette feuille on imprime le dessin dont on veut orner l'extérieur du livre au moyen d'un bloc. On frotte ensuite légèrement avec de la gomme et on polit avec une poudre métallique quelconque, bronze, argent, or, etc.; l'effet est très heureux.
La Presse aux États-Unis. — En un an, le nombre des publications périodiques, journaux: et revues, aux Etats-Unis et au Canada, s'est accru de i,Gi3, formant vui total de 17,760. On a calculé, d'après les évaluations les plus modestes du tirage, que deux familles du pays sur trois pourraient recevoir une revue mensuelle, une famille sur deux un jovunal ([uotidicn, et chaque famille deux feuilles hebdomadaires au moins. Celte poussée en avant des périodlcpies ne fait que multiplier le besoin de lire. On publie et on vend plus de livres qu'autrefois ; des bibliothèques s'établissent tous les jours, grâce auxquelles le même exemplaire d'un livre peut servir à des centaines ou des milliers de lecteurs.
On peut diviser l'histoire du journalisme américain en six époques bien tranchées: i" les premiers journaux américains, 1G90- 1704; — 2" la presse coloniale, 1704-1733; — 3" la presse révolutionnaire, 1 705-1 788; — 4" la presse de parti, religieuse, agricole, sportive, commerciale, etc., lySS-iSSS; — 5" la presse à bon marché, i833-i835; — G" la presse télégraphique et indépendante, 1835-1890.
Aujourd'hui il n'est guère d'agglomération de mille habitants qui n'ait son journal local. On estime à 220,000 les personnes employées à la production de ces périodiques, et à i milliard de francs (200 millions de dollars) les fonds engagés dans les entreprises de presse.
Le plus grand succès de librairie qui ait jamais existe aux États-Unis, c'est les Mémoires du général Grant.
Les héritiers du général ont touché jusqu'à présent 4i4.855 dollars, soit 2,074,375 francs de droits d'auteur!
M. A.-J. Servaas van Rooijcr, archiviste de la ville de La Haye et directeur du Musée communal, vient de faire paraître le jjremier volume du catalogue de la bibliothèque de la ville, contenant 1867 numéros. C'est la première partie d'un travail pénible et consciencieux, entrepris par lui en cataloguant environ un millier de livres qui composent riiistoire de la ville et traitent des I. 20
faits qui s'y sont passés et des hommes célèbres qui y sont nés ou y ont vécu. L'auteur donne plus que les simples titres, il a enrichi l'ouvrage d'un grand nombre de notes biographiques et bibliographiques. Mais il y a mieux. Comme La Haye a presqvie toujours été la résidence des comtes, des princes et des rois, même du roi Louis-Napoléon, on comprend que ce catalogue, bien qu'il ait quelque chose de local, donne aussi un aperçu de l'histoire de toute la Hollande, surtout par les centaines de pamphlets curieux qui se trouvent dans cette collection, et qui sont non seulement rares, mais aussi précieux. Ce volume sera suivi de deux ou trois autres. A la fin seront jointes une table alphabétique et une introduction c[ui donnera l'histoire de la bibliothèque et insistera sur la division systématique et sur la haute importance des livres. M. SerA'aas van Rooijer est aussi l'auteur d'un catalogue des tableaux du Musée communal de La Haye et de l'inventaire des livres formant la bibliothèque de Spinosa.
La Pyrogravure et la Reliure des livres. — Un relieur de Cambridge, M. Arthur B. Gray, recouvre les plats d'un livre, par-dessus le cuir ou l'étoffe dont il est relié, d'une mince feuille de sycomore sur laquelle il dessine, à l'aide d'un stylet de platine rou2;i au feu, des fleurs ou tout autre ornement. Un filet d'or en encadrement cache la ligne de jonction de la feuille de sycomore et du fond de la reliure. Le Brltish Bookmaker du 3i janvier reproduit la reliure d'un exemplaire du Pilgrim's Progress, de Bunyan , exécutée de cette manière et ornée de grands iris d'un effet très décoratif.
L'Université de Chicago vient d'acheter au libraire S. Simon, de Berlin, une bibliothèque composée de 280,000 volumes et 120,000 brochures, en différentes langues. Les prix du catalogue de cette collection arrivaient à un total de i3o,ooo livres sterling. On n'a pas fait connaître pour quelle somme l'Université de Chicago a traité.
La presse japonaise. — Voici quelques très iiiléresscantes notes sur les journaux du Japon :
Le premier journal qui a clé publié au Japon n'a élé fonde qu'en 1873 par M. John Black, de Yokohama ; il avait pour litre: Aishim Shinjiski. Mais, comme toute innovation, le journalisme a fait dans ce pays des progrès étonnants, et il y a maintenant plus de sept cents journaux qui se publient dansl'Enqjire. Chaque ville un peu importante en possède plusieurs, et presque toutes les petites villes ont leur feuille quotidienne.
Avant 1873, il y avait des cricurs piddics qui distribuaient dans les rues des planchettes de bois grossièrement taillées, contenant des détails sur les grands événements qui se produisaient, incendies, meurtres, etc.
Les journaux actuels ne .sont pas d'un grand format ; ils contiennent généralement un article de fond, quelques notes locales, quelques annonces et un feuilleton-roman, sans lequel aucune feuille japonaise ne paraîtrait complète. Ajoutons que ces romans, de même que tous les faits importants, sont presque toujours illustrés de gravures sur bois assez bien faites. Le prix des journaux est très modique, les lecteurs sont excessivement nombreux, car tout le monde lit dans ce pays, et il n'y a presque pas une maison où l'on ne soit abonné au moins à un journal ; les Japonais se sont habitués rapidenientà ce caractère de leurnouvcllc civilisation. On rencontre même des coolies de jinrickisha (qui sont comme nos cochers de fiacre) cjui lisent leur journal dans les moments de loisir que leur laissent leurs occupations.
Pour l'impression de ces journaux, on emploie des caractères chinois dont on compte environ 70,000 ou 80,000. Mais on ne se sert généralement que de 10,000 environ pour la composition d'une feuille ordinaire. Le prote, après avoir pris connaissance de la copie à imprimer, choisit les caractères, qui sont distribués à un certains nombre de petits garçons qui, eux, les distribuent aux typographes en courant d'une chambre à l'autre.
On peut se représenter la confusion qui règne dans ces ateliers d'imprimerie, et cependant le travail se fait avec une rapidité étonnante.
Il serait assez difficile d'apprécier le rôle que jouent les journaux dans le gouvernement du Japon.
Les journalistes sont loin de former, comme en Angleterre, le cpiatrième État ; ils sont soumis à la censure, qui est très sévère : « Tout journal qui aura publié un article préjudiciable à l'ordre public, ou pouvant porter atteinte à la moralité nationale, dit la loi sur la presse, sera suspendu. » Or, le caractère préjudiciable de ces articles est laissé absolument à l'appréciation du censeur. En 1890, le directeur d'un journal a été condamné à cinq ans de prison pour une offense contre la loi de la presse, et, quelques jours après, un autre journaliste a été condamné à deux ans de la même peine pour avoir fait des remarqvies inconvenantes sur le compte d'un ancien souverain du Japon, qui, on l'a reconnu depuis, n'a jamais existé. Les exemples de punitions semblables ne sont pas rares.
Arrêtons ici nos grappillages sans suite pour cette livraison. — Nous tâcberons par la suite d'apjDorter plus de méthode dans ces pages d'Échos littéraires. o. u.