‹ L'Art et l'idée [serial]Chapitre 39 sur 90 · L'IDÉAL ET L'IDÉALISME · texte numérisé non relu

L'IDÉAL ET L'IDÉALISME

S(xlon de la (kos,e f Croix

\ élite, qu'une

Ruiner la notion qui s'attache à la bonne exécution, éteindre le dilettantisme du procédé, subordonner les aris à l'art, c'est-à-dire rentrer dans la tradition qui est de considérer l'idéal comme le but unique de l'effort architectonique ou pictural ou plastique.

(JosÉpniN Péiadan.) (Parole d'instauration.)

N n'avait jusqu'à ce jour dans le monde des artistes proteste que contre l'institution ou les arrêts des jurys. On n'avait combattu que pour, des théories ou des teclinies ; une manifestation s'imposait qui revêtît nettement le caractère d'affirmation d'un principe, ce sera un titre de gloire pour la Rose f Croix que d'en avoir pris l'initiative. Contre les banaet les trivialités réalistes, contre \c photographisme pervertisseur du goût, il était temps, en réaction se dessinât. — Combien cette réaction eût

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porte si les organisateurs du salon de la Rose j Croix, exécutant strictement leur programme, n'eussent accepté que d'avérées idéalisations, des pages de style ou toul au moins trahissant lui désir d'aristie, des aspirations élevées. C'est par la qualilé qu'on défend un principe, vingt œuvi'es sulïisaicnt, pourquoi les avoir indignement entourées !

Rares, les idéalistes, oh! oui, très rares; il ne suffit point, en efl'et, pour conquérir ce titre de plasticiser des idées ou de prendre ses sujets hors des réalités. Tel demande des inspirations aux œuvres écrites, tel se conline dans les nus et les alléçories ou tente la plasticité de l'abstrait, qui n'atteindra jamais à l'Idéal, cas de ceux qui produisent d'après les conventions académiques ou la sophistique des déformateurs. Idéaliser n'est pas embellir de chic, mais harmoniser et, selon le mot de JoufTroy, éclaircir une expression. « Idéaliser la figure d'un être vivant, dit avec raison Charles Blanc, ce n'est donc pas en diminuer la vie, mais au contraire y ajouter les accents d'une vie plus abondante et supérieure, en retrouvant dans l'èlre les traits caractéristiques, l'essence même de la race. »

Idéaliser se peut traduire esthétiquement : voir avec les yeux de l'esprit; et en \crmcf> peintres : aller à la synthèse en cherchant l'unité: annihiler tout détail anatomique nuisible à l'ensemble, inutile au mouvement d'une figure; corriger toute laideur, supprimer toute trivialité, tout vulgarisme; avant tout choisir de belles lignes, de belles formes ; harmoniser selon les lois de nature (vides équilibrés par les pleins) et ne jamais copier, — inlerprélcr toujours. Telles les déductions de l'examen attentif des œuvres magistrales, des pages d'inspiration pure, exécutées depuis les Précurseurs jusqu'à Puvis de Chavannes. Déductions que corrobore la parole d'Hegel : m ... Si dans ses compositions, l'art emploie les formes de la nature et doit les étudier, son but n'est pas de les copier et de les reproduire. Plus haute est sa mission, plus libre est son procédé. Rival de la nature, comme elle et mieux qu'elle il représente des idées; il se sert de ses formes comme de symboles pour les exprimer ; et celles-ci, il les façonne elles-mêmes, les refait sur un type plus parfait et plus pur. » Remonter aux I» 23

arches, c'est une loi de l'idéalisation, les plus autorisés esthéticiens, quoique divergents par leurs systèmes, se trouvent remarquablement d'accord pour reconnaître cette loi. Yoilà pourquoi je pose en principe que l'artiste chrétien doit respecter, en la forme humaine, l'archétype par Dieu créé harmonieux et beau.

L'idéal, oh! vous le cliei'cheriez ezi vain dans les frigidités d'un Delaroche, les corrcclitudes d'un Lefebvre, la fausse naïveté d'un Filliger, ou les ivresses linéaires d'un Bernard ; l'idéal c'est ce quelque chose au-dessus de la forme (ce qui n'implique point le mépris de la forme) c^ue Schelling appelait « le regard, l'expression de l'esprit de la nature ». D'après Kant, l'idéal, prototype du goût, c'est « la représentation de quelque chose de particulier considéré comme adéquat à une idée ». Or, il faut en croire Gœthe, « la nature et l'idée ne se peuvent séparer sans que l'art comme la vie soient détruits » ; d'autre part, Lamennais a paraphrasé éloquemment que, de par son essence, l'art tend au beau idéal, correspondant ainsi à « la tendance universelle des êtres à l'être infini ». L'art ne se conçoit donc pas sans l'idéal, — l'idéal cj[ui mène au Beau, et c'est avec logique que Villiers de risle-Adam devisa le Beau (c l'art lui-même ». Enfin, toute figure tracée sur un plan étant idéale, puisque, dans la nature, il n'existe pas de surface mais seulement des solidités concrètes, on peut dire l'idéalisme une nécessité de la peinture.

Et quiconque idéalise s'élève au style, car styliser une œuvre ce n'est pas seulement la réaliser harmoniquement de lignes, purement de formes, c'est lui communiquer un peu de ce sentiment, — noblesse d'âme ou don poétique — un peu de ce sentiment d'immatérialiser les choses que nulle esthésiculture n'éveille en celui qui ne l'a pas reçu par une grâce. Si votre âme est commune, votre esthésie rebelle à l'au-delà, à la poésie, au mystère; en vain vous épiu-crez vos contours, il leur manquera toujours ce signe d'élection, le style, sans lequel l'œuvre d'art n'irradie pas de Beau.

Ce Beau, cette Tradition, si méconnus des contemporains, pour les remettre en honneur, ce n'est pas une exposition qu'il faudrait, mais un système d'éducation esthétique, et quel ! la

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