PHYSIOLOGIE DE LICOXOPII ILE
l'art. Mais quoi! la \critc inallicmalique n'esl-clle pas aussi toujours la vérité, et, parce que nos ancêtres l'ont connue, nous a-t-il été interdit de l'appliquer à des conceptions que les plus liardis d'enlre eux n'enlrevireut jamais (pie comme d'impossibles rêves?
De là la lé^ilimilé, la nécessité du modernisme, du goût presque exclusif des choses du jour; car c'est aujourd'hui (pii eiilaule demain.
On a donc quchpics cartons : les uns, deux ou trois ; d'autres, une douzaine, — où l'on classe, à mesure des trouvailles, les estampes du xvni" siècle (on ne remonte i,Miêre plus haut, si ce n'est pour ([uelques grands noms comme Durer. Holbein, Rembrandt, Callot, — et encore!); ou l'œuvre d'un des grands artistes d'alors, tel que Moreau, à qui l'on se borne, — ou des portraits d'une certaine catégorie : princes, guerriers, écrivains, artistes, savants, femmes célèbres par leur beauté, — ou les lithographies et les bois de la période l'omautiquc, — ou les eaux-fortes et les états de remarque des graveurs contemporains. Celui-ci se composera un Uops, — ambition déjà bien
haute si on le veut à peu près complet; celui-là triera les étals extraordinaires des planches, — très peu oi'dinaires^ — de Buhot clans leurs marges symplioni([ues; un autre se sera l'ail uu trésor des épreuves d'essai ramassées jadis dans l'atelier de Bracquemond ou de Desboutin ; un quatrième monte son goût à la hauteur de sa fortune, et trouve mauvaise toute gravure qui vaut moins de mille francs; cet autre, au contraire, n'a de vraies jouissances qu'autant qu'elles ne sont pas coûteuses, et traite l'œuvre d'art comme une maîtresse qu'on adore c|uand elle sç I. 24
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LE P li n K I) Ij T r IT
auteur du Guide de l'amaleur d'estampes.
donne, et qu'on méprise quand elle se Aend. Ce n'est pas lui qui se parquerait dans une spécialité; sa passion n'a rien d'exclusif: compléter ses séries ne lui paraît que d'un intérêt secondaire ; il lui suIFit qu'une pièce soit belle, qu'il l'ait trouvée et qu'il puisse l'acquérir à bas prix. Voilà bien l'amateur sincère, en cjui ne se voit rien de factice ni de conventionnel.
Il en est c[ui, redoutant de forcer l'entrée de la place, s'arrêtent, si je puis dire, à ses ouvrages extérieurs, collectionnant uniquement, mais avec une ardeur qui égale les petites choses aux grandes, les adresses, les cartes gravées, les billets d'invitation, les annonces ou programmes de théâtre, les armoiries et les ex-Ubris.
Depuis c|uelque temps, la tribu des collectionneurs d'aiïiches s'accroît en des proportions formidables. On couvre volontiers une ou plusieurs pièces de son appartement, à l'instar des murailles du Paris moderne. Des amateurs plus réservés témoignent aux jolies et gigantesques fantaisies murales de Chéret et de Willette plus de respect : ils font construire, pour les y conserver, des cartons où s'étaleraient à l'aise des fougères arborescentes.
A propos de murailles, certains collectionneurs se plaisent à faire encadrer leurs estampes et à les appendrc aux parois de leur appartement. J'en connais un, non des moins riches ni des moins fiers, qui a mis dans de modestes passe-partout la série des vignettes, tètes de chapitre et culs-de-lampe d'Eisen et de ChofTart, et en a tapissé un corridor qu'éclaire à peine un jour de souflrance. Il n'a pas de plus grande joie que d'y introduire ses amis, pour leur faire admirer l'artistique originalité avec laquelle il a décoré cet endroit où l'on ne voit goutte.
Ceux que les Anglais appellent des Grangerites et qui s'attellent à l'illustration d'un ouvrage favori, en le bourrant de toutes
FEU en AMPFLEUR Y.