REVUE TRIMESTRIELLE
ES éditeurs de rélrangcr qui ne sont pas indiiTérents à l'opinion de la critique en France, ni, par suite, à l'appréciation du public français , nous envoient volontiers leurs livres, et nous nous faisons un devoir, (ant vis-à-vis d'eux que vis-à-vis de nos lecteurs, d'en rendre compte impartiale- " ment. Mais il nous a paru, après expérience
des deux systèmes, qu'il est préférable de ne point les mêler avec les productions de noti'e littérature nationale. Nous en fci'ons donc, comme notre dernier numéro l'annonçait, l'objet d'une causerie trimestrielle, qui sera notre Qunterly Review. Nous commençons aujourd'hui par un certain nombre
d'ouvrages anglais, classes alphabétiquemenl sous le nom de leurs éditeurs.
— Adam et Charles Black; Edimbourg. — Un professeur de l'Université de Cambridge, Mr. J. Henry Mlddleton, donne la réédition d'un bon livre sur les antiquités romaines : Anciont Borne in 188S (in-8"). Bien qu'on ait, en ces derniers temps, plus détruit que découvert ou restauré à Rome, l'auteur n'a pas moins trouvé la matière d'un chapitre important dans ce qui a été exhumé de i885 à 1888. L'introduction, où il expose et discute les (( sources », est précieuse pour le bibliographe non moins que pour l'archéologue. Des cartes, des plans, des dessins d'architecture et d'art, au nombre de soixante, illustrent ce livre qui mérite d'être étudié par ceux qui veulent connaître Rome sans y aller et plus encore, peut-être, par ceux qui, y allant, veulent tirer de leur voyage toute la somme de renseignements et d'instruction possibles.
— The Clarendon Press; Oxford (Henry Frowde, Londres). — Sir Walter Ralegh, dont Mr. William Stebbing a écrit, après douze ou quinze autres, la biographie (in-8"), est une des figures les plus intéressantes et les plus « diverses » du siècle d'Elizabeth. Tour à tour ou simultanément poète, homme d'Etat, courtisan, patriote, soldat, marin, corsaire, explorateur, colonisateur de la Virginie, bâtisseur de châteaux forts, historien, philosophe, utopiste, chimiste, prisonnier, visionnaire, Ralegh est comme une synthèse vivante des passions, des grandeurs, des audaces, des violences, des exubérances, du sens pratique et des folies de l'Anglo-Saxon du xvi" siècle. Mr. Stebbing a su dégager et mettre en relief ces côtés si variés d'un même caractère, sans en rompre l'unité. Son livre, d'une érudition absolument sûre et admirablement digérée , est dépourvu de tout appareil de références : point de notes, point de citations, point de renvois. On lui en a fait un reproche, mais on n'a pu le trouver en défaut dans ses assertions. Un index très fourni et bien ordonné termine le volume, qui est orné d'un curieux portrait de Sir A\ alter, d'après une miniature en la possession du duc de Rutland.
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— Cassell et C'"' (Paris, 12, rue Blcvic). — Le septième volume du grand ouvrage de Mr. Henry Morley sur les écrivains anglais (English Writers), auquel j'ai consacre un article dans un des derniers numéros du Livre moderne, a paru le mois dernier et va de Ca\ton, le grand imprimeur, à Coverdale.. Il a les qualités de ses aînés, avec une intensité d'intérêt croissante à mesure qu'on avance dans des époques littéraires plus accessibles au commun des lecteurs.
Le roman By lUght not Law « Juste sinon légal », par Mr. Robert IL Sherard, rentre dans la catégorie de ceux que les Anglais appellent sensational. Il se passe en France. Il s'agit d'un héritage légitimement reconquis par un jeune Anglais sur la fdle d'un aubergiste assassin. Des scènes de meurtre, de police, de tribunaux, de maison de fous, se succèdent dans ce livre, dont la lecture ma donné trop de plaisir pour que j'en veuille dire le moindre mal.
Un album — texte et figures — du très célèbre dessinateur Walter Cranc, intitulé : « La Reine Été ovi le Tournoi du Lis et de la Rose » (Qneen Siimmer..., in-4°). Je dois avouer que ces compositions, où l'ironie du moderne dénature les conceptions du moyen âge et les formes d'art d'avant Raphaël, et qui sont tirées en couleur avec une grossièreté de traits voulue, m'enthousiasment pe\i. Je préfère le texte, irrégulièrement encadré dans les illustrations et imprimé en caractères gothiques. 11 exhale un vague relent de Guillaume de Lorris et de Jehan de Mcung mêlés. L'auteur, peintre et poète, est habile dans ces deux arts; mais il est clair qu'il ne croit ni ce qu'il dit ni ce qu'il dessine, scepticisme supérieur qui assigne à ses productions un rang, à mon avis, moins élevé.
— Henry et C'% Londres. — Le nouveau roman de Mr. George Moore, le représentant du naturalisme en Angleterre, est l'histoire émouvante d'un homme de lettres, dont la première partie de la vie se passe dans une lutte angoissante contre l'impuissance à réaliser ses conceptions d'art, avec la misère brochant sur le tout, et dont la seconde, où la richesse et
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l'amour le comblent tout à coup, est pourtant à jamais empoisonnée par la mort d'une jeune fille que son mariage pousse à se tuer. Dire que ce volume sort de la banalité courante est un mince éloge, et il mérite mieux. L'auteur rend avec une grande force et une émotion qui, pour être contenue, n'en est que plus communicative, l'influence des circonstances extérieures sur les états d'âme de ses personnages. Il montre, de plus, des échappées sur la vie littéraire à Londres qui ont pour nous un incontestable attrait de curiosité.
— A. D. Innés et C"'"; Londres. — C'est en Angleterre que la littérature du folk-lore a, non pas pris naissance, mais reçu le baptême. Nulle part elle n'est cultivée avec plus d'ardeur. L'église, nid de légendes nouvelles, et aussi refuge des légendes païennes, qui y retrouvaient de la vie en s'y transformant, est un riche svijet, exploité déjà, mais où Mr. T. F. Thiselton Dyer a encore trouvé bien des choses curieuses à recueillir. Je note avec plaisir que le journal Notes and Queries a été pour Mr. Dyer un champ qui lui a fourni bien des épis pour ses Church Lore Gleanings (in-i6). Le livre est bien édité et illustré de dessins quaint et naïfs.
— Lucac e^ C'''; Londres. L'auteur d'une volumineuse et assez bizarre étude sur le poète dramatique de Stratford-sur-Avon, intitulée God in Shakespeare, que nous avons signalée en son temps, recherche aujourd'hui, toujours sous le pseudonyme de Clelia, le sens caché des sonnets 20 à 12G. Il intitule ce commentaire ingénieux, qui suit vers pour vers les sonnets dont le texte est en regard : Great Pan Lives, « le grand Pan vit. » Ce titre indique l'idée générale qui a présidé à l'œuvre. Shakespeare est, aux yeux de Clelia, l'amant mystique de l'Idéal, guidé et soutenu dans son amour par la raison, la conscience et la volonté.
— G. P. Putnam's Sons; New- York et Londres. — Le dernier volume de la collection des Heroes oj the Nations est consacré à Sir Philip Sidney, le romancier d'Arcadia, qui, une quarantaine d'années après la Défense de la Langue française , de Joachim