TOTAL GÉNÉRAL
Pièces classiques . . . . 18 pièces. 63 actes.
— reprises . 7 — 16 —
— nouvelles .... 29 — 29 —
Trente-neuf pièces et cent huit actes.
Opéra.
L’année 1900 a été favorable à l’Opéra. C’était la dernière année d’un privilège commencé le 1er avril 1893 et qui s’est terminé le 31 décembre 1900. La liquidation n’étant pas achevée, le chiffre des bénéfices n’est pas définitif; il est actuellement de 202,079 fr. 68, mais il peut être, par suite des litiges non réglés, réduit à 182,000 francs environ.
L’exploitation de l’Opéra, de 1893 à fin 1900, a
été particulièrement troublée ; le 6 janvier 1894, un incendie a détruit complètement les ateliers de construction et les magasins des décors qui étaient situés rue Richer ; rien n’a pu être sauvé et la direction n’avait plus à sa disposition le 7 janvier que les décorations se trouvant au théâtre pendant l’incendie.
La direction ne songea pas un instant à quitter l’Opéra, bien que le cahier des charges fût devenu caduc par suite de la destruction du matériel. Avec un louable courage elle se mit à l’œuvre et déploya une telle activité qu’au 1er janvier 1900, elle avait lait à ses frais la réfection de quatorze grands ouvrages du répertoire détruit, tout en créant seize ouvrages nouveaux.
Notons pour ceux qui l’ignorent que la direction de l’Opéra fit les frais du matériel qui resta ensuite la propriété de l’État. Cette tâche accomplie fait le plus grand honneur au directeur, M. Gailhard; du reste, il est bon de rappeler .qu’en 1884 il avait pris la direction dans des conditions très difficiles, après une perte de 400,000 fr., qu’en 1892 il avait accepté de reprendre la direction après une perte de 550,000 fr. et qu’il avait ainsi remis deux fois l’Opéra en bonne marche.
Malgré l’activité et l’énergie dépensées par M. Gailhard, pour remettre a la scène six ouvrages par année, il voulut encore réaliser le projet longuement médité d’ouvrir les portes de l’Opéra aux jeunes compositeurs. A cet effet, il créa les
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concerts du dimanche pour y jouer les œuvresxde quelques-uns d’entre eux. Le succès ne leur a pas manqué et plusieurs de ceux qui ont eu des fragments d’ouvrages exécutés à ces concerts ont eu des ouvrages complets représentés sur nos scènes lyriques : MM. Vidal, Marty, Leroux, Hüe, d’Indy, Erlanger, etc.
Mais le public spécial des concerts que M. Gailhard voulait attirer à son théâtre en lui offrant dans une salle confortable, des œuvres nouvelles bien étudiées et bien exécutées, a préféré aller entendre dans d’autres salles les œuvres des artistes consacrés. Les concerts dopnés pendant deux années ont fait perdre à M. Gailhard, nous a-t-il dit, 160,000 fr. Il a dû, sous peine de corn» promettre son exploitation, cesser des auditions qui étaient d’un intérêt vital pour la jeune école française.
La direction a mis, l’année suivante, sa salle à la disposition des concerts du Conservatoire, pendant toute la saison ; elle a de même gracieusement accueilli la Comédie-Française dont la salle venait d’être incendiée. La direction, dont le privilège a pris lin le 31 décembre 1900, a rempli largement ses obligations. Le ministre de l’Instruction publique et des Beaux-Arts l’a reconnu en confiant un nouveau privilège à M. Gailhard qui, pendant six années, assurera la prospérité de l’Opéra comme il l’a assurée déjà pendant six années. Nous souhaitons qu’il nous permette plus souvent d’apprécier son esprit d’initiative
BHM
artistique en mettant à la scène des ouvrages de jeunes compositeurs français.
Ouvrages joués en 1900. — Nombre de fois et moyennes. — Moyennes résultant de l’Exposition.
Opéra
joué
Ballet
Opéra
Ballet
Ballet
Opéra
Ballet
Opéra
l’art et la démocratie 201
Nombre de représentations . 253
D’où il faut déduire pour les ballets joués 25 fois avec des opéras, ci . 25
Nombre de représentations à recettes jouées en 1900. . . 228
Un examen minutieux des recettes et des dépenses de 1893 à 1899 (puisque les années d’Exposition doivent être mises à part et tenues pour exceptionnelles), nous permet de souhaiter à l’Opéra la continuation d’une gestion qui, en des mains moins expérimentées, l’exposerait à de graves mécomptes. D’ailleurs, si l’on compare, comme l’a fait M. Albert Carré, dans un rapport officiel, les subventions accordées aux théâtres étrangers, d’Allemagne, d’Autriche, avèc celles de l'Opéra français, on est obligé de constater que celui-ci est le moins favorisé des grands théâtres européens. L’Opéra de Berlin reçoit une subvention annuelle de 1,125,000 francs et le petit théâtre de Wiesbaden reçoit pour une saison théâtrale de dix mois une subvention de 500,000 francs, fournie par l’empereur d’Allemagne en sa qualité de roi de Prusse. Il est vrai que l’Opéra de Berlin joue trois cents fois par an et que son répertoire est de la plus grande variété. Mais il faut noter que les conditions de l’exploitation sont plus faciles et plus pratiques en Allemagne, tant à cause des dimensions des salles et des habitudes de la scène que par suite
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du goût des Allemands pour le théâtre lyrique. Ajoutons enfin que le droit des pauvres n’existe pas en Allemagne, et que les charges des théâtres subventionnés en sont diminuées d’autant.
En France, la subvention de l’Opéra, qui était de 900,000 francs à sa création, n’est plus que de 800,000 francs, et pour les raisons indiquées l’année dernière dans le rapport de M. Berger, par suite notamment du percement du Saint- Gothard et des voyages directs des Russes et des ’ Anglais en Italie par cette voie rapide qui les éloigne de Paris où ils passaient autrefois la saison, il faut prévoir une diminution de plus en plus forte de la clientèle étrangère à l’Opéra. Quant à la clientèle française, elle ne semble pas précisément en progrès par suite de raisons économiques et sociales sur lesquelles il serait trop long d’instituer ici une discussion.
Ce qui sauvegarderait l’Opéra, ce serait peutêtre, non pas le retour à l’ancien régime de la régie (il serait anti-démocratique et fournirait trop de régisseurs et de surintendants), mais une combinaison mixte de la nature suivante : admettons que l’Opéra perde, par exemple, annuellement 400,000 francs. L’État, dans cette hypothèse, porterait la subvention à 1,200,000 francs ; en ce cas le directeur serait responsable des pertes et partagerait ses bénéfices avec l’Etat. Ce serait d’assurance de ne pas donner trop de subvention au directeur qui voudrait gagner trop d’argent. L’Etat serait ainsi garanti contre le directeur et
contre les pertes. Nous ne formulons ici, bien entendu, qu’une hypothèse sur laquelle la commission du budget n’a pas eu à se prononcer, la situation financière de l’Opéra ne l’ayant fort heureusement pas exigé.
L’entretien de l’Opéra a passé de 0 à sa fondation à 110,000 francs. Tel ouvrage français que M. Gailhard a voulu pousser à la centième perdait 1,000 à 1,500 francs par jour, à un moment où il n’y avait à l’Opéra, nous a-t-il dit, que 18,500 francs de frais. A ce moment, Sigurd faisait 14,600 francs ; la subvention de l’Etat étant de 4,166 francs, la balance était faite ou à peu près. Mais aujourd’hui, pour ne pas perdre d’argent, M. Gailhard est obligé de faire une moyenne de 16,300 francs de recettes, ce qui, on l’a vu par les tableaux ci-dessus annexés, n’est pas précisément le cas d’un assez grand nombre de pièces françaises.
Opéra-Comique.
Excellemment dirigé par M. Albert Carré, l’Opéra- Comique est un des théâtres les plus prospères de Paris. Malheureusement cette prospérité, si brillante qu’elle soit, n’est pas ce qu’elle devrait être. Le grand obstacle, on ne le supposerait pas puisqu’il s’agit d’un théâtre entièrement reconstruit à neuf, c’est l’insuffisance et l’incommodité des locaux.
Les locaux de l’Opéra-Comique se composent : 1° Des magasins de décors insuffisants (situés boulevard. Berthier) et que M. Carré a dû augmenter à ses frais de deux constructions neuves.
2° De la salle de l’Opéra-Comique qui ne permet pas de faire une moyenne de recettes en rapport avec les frais obligatoires d’une pareille entreprise théâtrale.
3° De la scène beaucoup trop petite pour le genre qu’on y représente. C’est le très grave inconvénient de la nouvelle salle de l’Opéra-Comique. Elle est une source de ruine pour son exploitation et de danger pour le personnel.
En cas d’incendie, par suite de la difficulté et de 1 etroitesse des dégagements, il serait absolument impossible aux artistes et aux machinistes de s enfuir. Il y a là un péril imminent dont une simple visite sur la scène permet de se rendre compte immédiatement. Leministre des Beaux- Arts ne devrait pas assumer un jour de plus cette terrible responsabilité.
Le seul moyen d’obvier à cette situation serait d agrandir la scène en achetant la maison attenante qui s’étend sur le boulevard et en multipliant les escaliers et les issues. L’occasion semble aujourd’hui plus propice que jamais, presque tous les appartements de cette maison étant actuellement à louer.
D après les renseignements de M. Carré le prix d’achat monterait à 1,800,000 francs environ, ce qui, avec les frais, la mettrait à 2 millions
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auxquels il faut ajouter 500,000 francs pour la transformation de l’immeuble.
2,500,000 francs, à 5 pour 100 (intérêts, amortissements^ cela ferait 125,000 francs par an, sur lesquels 75,000 francs seraient couverts' par la location des rez-de-chaussée et entresols à des cafés, confiseurs, restaurants. Resterait donc une garantie d’intérêt d’environ 50,000 francs par an qui rendrait l’Etat propriétaire du tout au bout de cinquante ans.
Yoilà les grandes lignes d’un projet qui est d’utilité publique autant pour les raisons artistiques que pour la sécurité du personnel (1). Qu’on l’adopte, ou qu’on en choisisse un autre, peu importe ! Le principal est qu’on aboutisse et qu’on mette fin à cette déplorable situation de la scène de l’Opéra-Comique.
(1) L’Etat ne se contente pas de soutenir nos deux grands théâtres de musique. Il encourage encore les grands concerts, où tant et de si louables et artistiques efforts sont dépensés pour former le goût musical du public. L’association artistique des Concerts Colonne reçoit annuellement 15,000 francs de subvention ; la Société des Concerts Lamoureux, dirigée par M. Camille Chevillard, reçoit 15,000 fr. ; la Société nationale de musique, dirigée par Vincent d’Indy, reçoit 3,000 francs.
En outre, 70,000 francs ont été affectés en 1902 aux concerts populaires et sociétés musicales à Paris et dans les départements ainsi qu’aux œuvres de décentralisation artistique. Ce crédit a même été augmenté de 15,000 francs sur notre proposition pour venir en aide aux théâtres nationaux populaires d’Orange, de Bussang, de Ploujean, de la Mothe-Sainte-Héraye, etc...