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MUSÉE

Le musée se compose d’éléments très différents. On y trouve des tapisseries anciennes et modernes servant de modèles aux artistes et présentant un résumé de la fabrication des Gobelins, des tapis d’Orient, des étoffes, d’anciens modèles en peinture, les esquisses des modèles nouvellement livrés à la manufacture, une série d’aquarelles d’après des tapisseries anciennes prises comme types des divers styles et des différentes époques, enfin une suite de dessins et d’études peintes de Yan der Meulen, conservées aux Gobelins depuis deux siècles.

On aurait voulu mettre sous les yeux des visiteurs de l’Exposition des échantillons de toutes les collections constituant le musée des Gobelins. Mais la place a manqué pour donner à ce petit musée rétrospectif l’étendue nécessaire pour en faire apprécier l’importance. On a préféré s’abstenir plutôt que de montrer un ensemble par trop incomplet.

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Il faut émettre le vœu que l'administration des Beaux-Arts se montre plus sévère pour le choix des cartons-modèles commandés aux peintres, et que l’invention des nouveaux Gobelins mérite autant d’éloges que la restauration des anciens.

Le ministre de l’Instruction publique vient de prescrire la restauration des tapisseries du gardemeuble. Il a su convaincre la Chambre que cette entreprise, d’un intérêt supérieur, revenait de droit à la manufacture des Gobelins. Il convient de féliciter de ce résultat, poursuivi pendant de longues années, tous ceux qui ont collaboré au succès. On s’est donc, sans retard, mis à l’ouvrage. On a dû d’abord établir un programme de travail, et nous allons essayer d’en fixer à grands traits les bases et les premiers éléments en empruntant à l’éminent administrateur de la manufacture nationale des Gobelins les très intéressantes considérations qu’il vient de présenter dans là remarquable revue de Y Art.

Si on examine avec un peu d’attention le catalogue général des tapisseries du garde-meuble récemment publié dans l’Inventaire des richesses d’art de la France, on remarquera tout d’abord qu’un bon nombre de pièces de cette belle collection, employées à la décoration des palais de Fontainebleau, de Compiègne et de Pau, se trouvent par là même immobilisées. Celles-là sont à coup sûr en meilleur état que les tentures qui émigrent de ministère en ministère et qui reparaissent à toutes les expositions. Est-ce à dire cependant qu’elles ne réclament aucun soin et qu’elles doivent être abandonnéés dans l’état où elles se trouvent? Va-t-on se heurter à des

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jalousies de clocher el à des mauvaises volontés assez fortes pour paralyser les intentions du ministre ? Gela ne serait pas admissible. Toutes les tapisseries de l’État, sans exception aucune, doivent être soumises à un examen méticuleux, sans qu’il soit besoin pour cela de déposséder les monuments qu’elles décorent. Encore est-il essentiel de les passer une à une en revue et de faire le nécessaire pour leur assurer la plus longue durée possible.

Certaines de ces pièces, installées dans les palais, sont repliées; une partie de leur surface ou de leur bordure est cachée: d’autres sont gravement mutilées; j’en ai vu qui avaient été coupées pour garnir des panneaux étroits, des dessus de portes ; d’autres, enfin, sont déshonorées par des peintures grossières, destinées à cacher des initiales ou les emblèmes de la royauté. A tout cela le remède est aisé, pourvu que les bonnes volontés qui présideront à cette révision générale ne fee heurtent pas à une opposition mesquine, comme cela s’est vu, ou bien encore à une force d’inertie plus difficile à vaincre qu’une résistance ouverte. Quelques exemples pris au hasard feront mieux ressortir que toutes les observations générales, forcément un peu vagues, les réformes et les améliorations à réaliser.

Voici, par exemple, la tenture de l’« Histoire de saint Jean», inscrite en tête de l’inventaire du Garde-Meuble. Autrelois, placée dans des salles rarement visitées du palais de Pau, elle vint à Paris pour l’Exposition de 1900, et on ne saurait trop déplorer qu’elle ne soit pas définitivement restée au Louvre. Ces pièces ont subi, à une époque déjà ancienne, un traitement étrange. Le champ du sujet est partagé en trois zones horizontales bien distinctes; le ciel et le terrain n’appartiennent pas à la tapisserie primitive; ils ont été ajoutés après coup. Il serait dangereux de changer quoi que ce soit à ce que nous voyons. De même la bordure ne saurait être modifiée sans de graves inconvénients, bien qu’elle ne soit très probablement pas contetnpo-

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raine des scènes centrales. Tout au plus, pourrait-on combler dans cette bordure certaine lacune qu’on n’a pu dissimuler quand on a rapproché deux morceaux autrefois réunis et qui avaient été séparés.

« Les Triomphes des Dieux », de l’atelier de Bruxelles, signés du tapissier François Geubels, peuvent compter parmi les plus précieux vestiges du seizième siècle. Ne convient-il pas, en raison de leur valeur exceptionnelle, de leur accorder des soins attentifs, de les consolider, de réparer les parties usées, de tout faire pour assurer leur durée ? Les Fructus Belli et l’Histoire de Scipion paraissent en assez bon état. Un passage rapide dans l’atelier de réparation suffira. Les diverses suites d’Artémise comptent parmi les œuvres les plus caractéristiques de l’art français à la fin du seizième ou au commencement du dix-septième siècle. Ilest à craindre que certains tons, dans les gris et les bruns surtout, soient à remplacer presque complètement ; mais doit-on hésiter quand il s’agit d’un des monuments les plus vantés et les plus originaux de l’art national ? L’Histoire de Diane, tissée sur les cartons de Toussaint Dubreuil, et dont il existe une répétition complète dans les collections impériales de Vienne, nous est parvenue dans un état qui ne permet pas de les mettre sous les yeux du public. Aussi, presque personne ne la connaît. Une réparation complète est-elle possible ? Cela paraît douteux. On peut craindre d’altérer le caractère du dessin. Maison devra au moins la nettoyer et la consolider en la doublant avec une toile légère. Peut-être sera-t-on surpris des résultats obtenus par une opération si simple. Les histoires de Coriolan et de Constantin entraîneront, je crains, un ouvrage considérable. Certaines pièces de la dernière suite, confiées en ces dernières années à l’atelier des Gobelins, offraient de larges parties usées, à remplacer complètement. C’est un ouvrage de longue haleine à poursuivre parallèlement avec des opérations compliquées.

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« Enfin, pour ne pas nous arrêter aux tentures de Louis XIV — ce qui nous entraînerait à de trop longs développements, si nous examinons les trente-cinq pièces appartenant à la tenture d’Esther, disséminées un peu partout, nous constaterons d’abord que des dix ou douze suites tissées entre 1740 et 1793 nous avons conservé quatre ou cinq séries entières, puisque l’histoire complète se composait de sept panneaux. Or, le château de Compïègne, à lui seul, en expose dix-sept, soit plus de deux tentures complètes, c’est-à-dire que les mêmes sujets se trouvent répétés jusqu’à trois fois dans des salles contiguës. Ne conviendrait-il pas de tenter une meilleure répartition de nos richesses? Cet excès de biens a conduit l’architecte chargé de l’installation déjà ancienne à serrer les tapisseries, à ce point qu’elles sont souvent repliées ou serecouvrent l’une l’autre. Parfois une bordure est commune à deux panneaux, et, comme cette bordure comportait aux angles des éléments de décoration ne pouvant se prêter au voisinage d’une autre pièce, n’a-t-on pas été s’imaginer de faire peindre à l’huile une fleur de lys droite recouvrant complètement la fleur de lys oblique qu’il s’agissait de dissimuler. Notre premier soin sera certainement d’enlever cette addition postiche et de restituer à chaque panneau sa bordure entière.

Sans quitter le palais de Gompiègne, on rencontre bien d'autres exemples significatifs des mutilations sacrilèges ou des détériorations irréparables subies par des pièces capitales de l’ancien mobilier de la couronne. Ce sont des panneaux de trois mètres de haut, comme les Muses de Le Brun, utilisés comme dessus de porte. On juge tout ce qui a dû être replié ou retranché pour arriver à ce beau résultat. Ou bien encore ce sont ces tentures de la Fable ou les Danses de nymphes cousues l’une à l’autre, sans bordures intermédiaires, de sorte qu’on ne voit plus où commence une pièce, où s’arrête sa voisine. Signalons encore ces scènes de l’Histoire des

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Indes, de Dashayes, divisées chacune en deux ou trois — panneaux placés au-dessus des portes, de façon que deux fragments se faisant face appartiennent à la même composition.

Que dire enfin de ces tentures sacrifiées pour servir de portières? non seulementles embrasses les fatiguent, et le frottement qui s’exerce toujours au même endroit finit par les user; mais il y a plus, la tapisserie étant tournée vers l’intérieur de la pièce, le visiteur ne distingue rien du sujet que dissimulent les plis. Quand on songe que c’est pour économiser quelques mètres d’étoffe de soie que des chefs-d’œuvre sont condamnés à de pareils usages 1 II faut que les mesures prescrites par la Chambre fassent, sans retard, cesser cet état de choses. En rendant au mobilier national bien des tapisseries inutilement entassées dans nos vieux palais déserts, on enrichira singulièrement le dépôt central de l’Etat, même en laissant à chaque résidence un nombre plus que suffisant de tentures pour qu’aucune salle ne reste vide et dégarnie. Pour en arriver là, il est indispensable que toutes les tapisseries de l’Etat, sans exception, passent l’une après l’autre, par l’atelier de réparation des Gobelins pour n’en sortir que nettoyées, consolidées, restaurées, avec l’assurance que désormais un goût plus délicat et plus sûr ordonnera une meilleure répartition de ces trésors.

Peut-être conviendra-t-il aussi d’insister afin qu’une sollicitude plus active veille désormais sur leur entretien, qu’on ne se borne pas à leur donner, à de trop rares intervalles, quelques sommaires coups de brosse. Tous ces détails ont leur importance et quand on apporte tant de vigilance à entretenir les parquets cirés des grands appartements inhabités, ce serait bien le moins qu’on traitât avec les égards qu’ils méritent les précieux témoignages de la science décorative de nos peintres, de l’habileté consommée de nos vieux maîtrestapissiers.

On ne saurait trop le dire et le répéter : certaines

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pièces signées par les directeurs de nos ateliers du temps passé sont de purs chefs-d’œuvre, impossibles à placer ou à refaire et qui, dans leur genre, peuvent rivaliser et soutenir la comparaison avec les productions les plus vantées et les plus parfaites de la peinture et de la sculpture.

Manufacture nationale de Beauvais 6).

La manufacture de tapisseries de Beauvais date du règne de Louis XIY ; elle fut établie par un édit du roi en 1664. Colbert voulut, par cette fondation, implanter en France un art dont jusqu’alors la Flandre avait le monopole.

Le premier privilège en fut concédé au sieur Louis Hynart, tapissier de Paris. Ses débuts ne furent pas heureux, et ce fut seulement sous la direction de son successeur, Béhagle, Flamand d’origine, que la manufacture de Beauvais prit une véritable importance.

L’entrepreneur recevait chaque année, moyennant certaines conditions, des subventions de l’État; il était tenu, entre autres obligations, de faire tisser annuellement une tapisserie destinée au roi. Il ne pouvait exécuter de travaux pour les particuliers qu’avec l’autorisation royale, qui n’était jamais refusée; dans la pensée des fonda-

(1) L’Etat lui a donné, en 1902, environ 120,000 francs;

teurs, en effet, la nouvelle manufacture était destinée à répandre partout en France le goût de la tapisserie et du luxe qu’elle apporte dans l’ameublement.

Pendant longtemps, les manufactures des Gobelins et de Beauvais produisirent indistinctement le même genre de tapisseries. Aujourd’hui, chacune est renlermée dans son domaine spécial. La spécialité de Beauvais consiste en tapisseries pour meubles, canapés, causeuses fauteuils, chaises, écrans et tabourets, feuilles de paravent, dessus de porte et panneaux de tenture décorative.

La tapisserie de Beauvais, dite tapisserie de basse lisse, se fabrique à l’envers sur un métier horizontal, à peu près semblable à celui employé par les femmes. Les anciens métiers étaient en bois, mais, depuis une trentaine d’années, ils sont remplacés avec avantage par des métiers en fonte, qui offrent plus de solidité et surtout tiennent moins de place. Les métiers sont montés sur un axe pivotant, qui permet à l’artiste tapissier de basculer son ouvrage et de pouvoir ainsi se rendre compte, à l’endroit du tissu, de l’effet et de la bonne exécution de son travail.

Le tissu de la tapisserie, appelé chaîne, est formé de fils de coton cordonnés, retors, tendus au moyen de rouleaux placés à chaque extrémité du métier ; la tension de la chaîne est telle que chaque fll qui la compose peut supporter séparément le poids d’un kilogramme. Deux pédales-

placées sous le métier, mises en communication au moyen de petits nœuds liés avec chaque fil de la chaîne et manœuvrées alternativement par l’artiste tapissier, lui permettent d’ouvrir la chaîne et de faire sa passée ou duitée (la trame), c’est-à-dire de prendre avec ses couleurs (soie et laine), dévidées sur de petites navettes, les fils nécessaires à la reproduction du modèle qu’il veut imiter. L’emploi de la laine dans la fabrication de la tapisserie est limité aux ombres et aux demi-teintes; les clairs et les rehauts sont en soie. L’artiste a toujours au-dessous de sa chaîne le décalque au trait ou au lavis du modèle qu’il reproduit ; ce dessin lui permet de se tenir, pour le contour des objets, dans la proportion exacte du modèle.

Les effets du coloris s’obtiennent par le mélange de deux tons réunis qui, employés avec d’autres tons également mélangés et combinés au moyen de la hachure, permettent d’obtenir tous les tons de la palette du peintre.

La direction de la manufacture de Beauvais compte des artistes éminents, et nous citerons particulièrement le plus célèbre, Oudry (Jean- Baptiste), peintre du roi (Louis XY) et professeur de l’Académie de peinture, qui donna à cet établissement une célébrité qu’il a su conserver. Parmi les tapissiers, quelques-uns ont été de véritables artistes; leurs œuvres sont restées l’admiration des connaisseurs, et leurs noms, tissés en bas d’une tapisserie, en augmentent la valeur.

Les tapisseries s’exécutent dans quatre ateliers, dont l’un est particulièrement destiné aux élèves; un chef d’atelier et trois sous-chefs surveillent l’exécution artistique des travaux.

Les élèves-tapissiers suivent, jusqu’à l’âge de vingt-cinq ans, les classes de dessin.

Une commission de perfectionnement est instituée près de la manufacture de Beauvais.

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