LES MUSÉES
Musées nationaux.
Des relèvements de crédits seraient indispensables faute desquels les musées nationaux ne peuvent que péricliter d’année en année. Si l’État ne peut actuellement s’imposer pour ses musées des dépenses plus fortes, pourquoi se refuser à recourir h des moyens de recettes fort naturelles et d’une réalisation facile.
La taxe étrangère et le droit de vestiaire.
Un moyen pratique d’augmenter, sans nouveau sacrifice de la part de l’État, le crédit destiné aux
Beaux-Arts, serait peut-être de consentir enfin à rendre l’entrée de nos musées payante pour les visiteurs étrangers et le droit de vestiaire obligatoire et payant pour tous les visiteurs français et étrangers. C’est pour avoir voulu étendre à tous les visiteurs sans distinction le système des entrées payantes que les propositions de ce genre faites jusqu’à présent n’ont rencontré auprès des pouvoirs publics et de l’opinion qu’un accueil indifférent ou défavorable. Une fausse conception du sentiment démocratique, un préjugé d’excessive hospitalité ont toujours fait rejeter a priori , sans même examiner les arguments favorables, un profit qui ne tendrait pourtant à autre chose qu’à appliquer chez nous des règlements qui régissent la plupart des musées étrangers pour le grand bien de l’art en général, et la plus grande, richesse de leurs collections artistiques. L’exemple des autres pays, si encourageant soit-il, est évidemment insuffisant. Une mentalité, des mœurs différentes font parfois échouer ici ce qui réussit à merveille un peu plus loin. Examinons donc quel serait chez nous, avec nos idées et notre organisation sociales, le résultat d’une pareille transformation, si elle était appliquée.
Au point de vue de l’éducation esthétique du peuple tout d’abord : car nous ne saurions adopter la doctrine platonicienne, qui rejette les artistes de la vie d’une République idéale. C’est, au contraire, l’honneur de notre démocratie d’avoir compris que l’art et la beauté sont pour
le peuple un bien tout aussi nécessaire que le bien-être matériel, et d’avoir donné une place d’honneur dans ses préoccupations à ceux dont l’effort tend précisément à mettre un peu plus de beauté dans la réalité de chaque jour. Mais, il ne faudrait pourtant pas se laisser abuser par les mots. Une mesure est vraiment démocratique lorsqu’elle rend service au plus grand nombre et, quelle que soit d’ailleurs son apparence première, lorsqu’elle marque un progrès réel, matériel ou moral dans l’existence sociale. Or, les recettes réalisées par le perception de ce droit d’entrée dans nos musées, pourraient utilement servir à augmenter nos collections d’un certain nombre d’œuvres que nos conservateurs voient souvent avec désespoir, dans les ventes publiques, passer en des mains étrangères à cause de leur prix élevé et de l’insuffisance des fonds dont eux-mêmes disposent.
L’objection pourrait, à la rigueur, se produire, que notre musée du Louvre, par exemple, compte parmi les plus belles collections d’Europe, et que le besoin de l’enrichir ne se fait pas sentir d’une façon immédiate ; mais quelle que soit, en effet, sa richesse, un grand nombre d’écoles n’y sont que médiocrement représentées, et ce sont des lacunes dont souffre l’étude du visiteur, la vue d’ensemble et l’instruction de l’artiste ou de l’artisan qui viennent y chercher des guides et des modèles pour leurs œuvres futures. Pour nos autres musées, l’avantage serait bien plus sen-
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sible, et il n’est pas besoin d’y insister, sans vouloir méconnaître l’effet produit et le résultat déjà obtenu. On pourrait d’ailleurs affecter une partie du crédit disponible par suite de ces recettes, à des achats d’œuvres d’artistes vivants, et suppléer ainsi d’une certaine manière à l’insuffisance du budget affecté à ces acquisitions, insuffisance dont tous les précédents rapports ont exprimé leur regret, sans espoir.
Avant d’examiner l’attribution des recettes réalisées par cette modification à notre règlement des musées, il faut d’ailleurs présenter les objections qui se sont maintes fois élevées contre l’adoption d’une pareille mesure. En premier lieu, la restriction apparente qu’elle semblerait apporter au droit des visiteurs de prendre part aux joies de beauté contenues dans les œuvres de nos maîtres. N’est-il pas plus libéral d’ouvrir toujours les portes toutes grandes à ce festin de l’art, et de dire à quiconque passe : « Tu peux entrer, ta place est prête, on t’attendait ! '» Sans doute, et nous n’aurions pas songé à défendre un projet qui pourrait priver d’une joie quelqu’un de nos hôtes. Mais, ici encore, il ne faut pas se laisser abuser par les principes généraux et l’apparence des mots. Inviter le passant étranger au festin magnifique, s’il veut entrer, c’est bien. Mais alors, dirons-nous, que les musées étrangers accordent la même faveur au passant français. Or, c’est ce qu’ils se gardent bien de faire. Ne soyons donc pas meilleurs princes à leur égard
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qu’ils ne le sont pour nous. Le public des musées se compose, en dehors du dimanche, surtout d’étrangers, auxquels ne semblerait pas excessive la somme exigée pour entrer, et qui paieraient sans trouver le procédé moins hospitalier que celui qui consiste à leur faire payer leurs cigarettes beaucoup plus cher que chez eux. Quant aux visiteurs français, quel est celui, si pauvre soit-il, qui, pour admirer les grands maîtres disparus, refuserait de déposer au vestiaire, sa canne, son parapluie ou son manteau, et de payer ainsi une somme moitié moindre par exemple de celle qu’il n’hésite pas à donner pour visiter les salons annuels ou les théâtres ?
Je ne crois pas que la question des entrées payantes, ainsi posée, puisse soulever d’objections. Je ne crois pas non plus qu’il faille tenir compte, parmi les visiteurs de nos musées, du chiffre d’ailleurs peu considérable et plus élevé en hiver qu’en été, des malheureux sans travail et peut-être sans logis, qui viennent dans nos galeries publiques chercher un abri momentané et qui pourraient se refuser à payer un droit de vestiaire pour leur parapluie, si d’aventure ils en ont un. L’hospitalité y est pour eux inconfortable puisque la seule distraction qui leur soit offerte est l’admiration ; les ventres affamés ne doivent pas avoir plus d’yeux que d’oreilles, et d’ailleurs un musée n’est et ne doit pas être un établissement de charité, un refuge. Il serait, en ce cas, plus humain d’affecter une partie des sommes
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réalisées sur les entrées payantes, à l’ouverture des refuges de jour, où la bienfaisance pourrait s’exercer de façon plus efficace et plus étendue; non pas de simples abris contre les rigueurs excessives de la température, mais des sortes de salles de lecture gratuites.
La seule objection sérieuse est celle-ci : jusqu’à présent l’entrée des musées était gratuite ; le public trouvera fort mauvais de payer si peu que ce soit. Notons d’abord que la plupart des visiteurs n’ont rien à déposer au vestiaire et par suite ne payeront rien. Quant à ceux, qui seront appelés à donner leur argent, s’il est probable, en effet, que dans les premiers temps, ils s’étonnent d’avoir à s’imposer un léger sacrifice pour se procurer les joies esthétiques; nul doute non plus qu’ils ne prennent bien vite l’habitude de prévoir une dépense qu’ils n’hésitent pas à faire pour visiter certaines collections de province et la plupart des galeries étrangères. C’est le sort de toutes les taxes nouvelles, et celle-ci n’est en rien moins libérale que n’importe quelle autre. Ses avantages sont, en revanche, considérables. Sans diminuer en rien le temps d’étude nécessaire aux artistes et aux ouvriers d’art, sans léser vraiment dans la jouissance des richesses nationales, la classe si intéressante des travailleurs et des humbles, elle permettra, grâce à un prélèvement insensible sur les fortunes et à un léger sacrifice supportable aux bourses, l’accroissement de nos trésors d’art, en même temps que des encoura-
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gements plus nombreux et plus efficaces à ceux qui peut-être un jour doivent ajouter de nouvelles beautés à l’héritage merveilleux du passé.
Que si l’on objecte le principe de la gratuité de l’instruction donnée dans les écoles primaires publiques, nous répondrons que pour recevoir gratuitement cette instruction il faut justifier de la qualité de Français. Il ne serait donc pas excessif d’exiger la même qualité pour la gratuité de l’instruction artistique dans les musées nationaux. Il suffirait d’inscrire dans la loi de finances ou dans les règlements des musées, manufactures et palais nationaux, ces trois articles ou tels autres analogues :
1° Les visiteurs et visiteuses sont priés de présenter à l’entrée une pièce ou carte établissant leur identité française;
2° Faute de cette présentation, il sera perçu pour chaque personne un droit d’entrée de 1 franc.
3° Un droit de vestiaire de 25 centimes par objet déposé est obligatoire pour tous les visiteurs et visiteuses.
Avantages des entrées payantes.
L’entrée des musées, des palais nationaux et des musées municipaux n’est gratuite qu’en France. On peut dire qu’elle est surtout gratuite
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à Paris, car, pour ce qui est des musées de province, une personne en tire quelque profit : cette personne, c’est le concierge !
En dehors même des musées du Louvre et du Luxembourg, du musée de Gluny, du musée de Versailles et des palais de Fontainebleau et de Gompiègne, quel parti ne tirerait-on pas des riches musées de Lille, de Montpellier, de Nantes, de Tours, de Lyon, de Saint-Quentin, de Montauban, etc.
Ges deux derniers musées, nul ne l’ignore, sont consacrés à la gloire de La Tour et de Ingres. Le grand pastelliste du dix-huitième siècle est chez lui au musée Lécuyer, de Saint-Quentin, 5,000 dessins enrichissent le musée Ingres, à Montauban, et si on vient de tous les pays pour visiter les quatre-vingts portraits de La Tour, on ne s’arrête pas moins à Montauban pour y surprendre le secret du génie du maître de l’école française au dix-neuvième siècle. Le musée Ingres d’ailleurs est le plus pauvrement doté de France : son budget est d’à peine 1,000 francs par an, dont 600 francs affectés au traitement (?) du conservateur. Il suffit de lire l’ouvrage de M. Henry Lapauze sur les dessins de J-A-D. Ingres du musée de Montauban pour apprendre que sur les 5,000 dessins du maître il n’y en a pas plus de 1,200 dans les salles du musée, qui en cache ainsi les trois quarts depuis 1.867 1 « Qui n’a pas vu ces milliers d’ébauches, qui n’a pas suivi les tâtonnements, les reprises, les soudaines et admirables
trouvailles du maître, ne peut se faire une idée de l’effort, de la patience et de la conscience du véritable génie. »
Et sur ces 1,200 dessins exposés, combien sont atteints de vétusté! Combien, hélas! « rongés d’humidité? » C’est déplorable.
Quant aux 4,000 dessins qui sont dans les cartons, on peut à bon droit se demander à quoi ils servent? Or, il suffirait d’un léger droit d’entrée à la porte du musée Ingres pour assurer une recette annuelle qui permettrait l’achat de passepartout et de cadres mobiles, afin de placer sous les yeux du visiteur et sous les yeux des jeunes élèves l’œuvre entier du vieux maître du Vœu de Louis XIII, et de l’Apothéose d’Homère !
Régime des musées étrangers.
Les grands musées de l’étranger — et même les petits — n’y mettent pas tant de façons. Il suffit de franchir la frontière pour s’en apercevoir ; à Milan comme à Bâle, à Venise et à Florence comme à Nuremberg et à Dresde, à Londres comme à Bruges, partout — ou peu s’en faut — le voyageur est invité à payer un droit d’entrée qui varie entre 25 centimes et 1 fr. 50. En vue d’une étude très complète sur cette question du droit d’entrée dans les musées, M. Lapauze s’est livré à une enquête des plus intéressantes. Il a
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visité l’Italie, l’Allemagne, la Suisse, la Belgique, la Hollande et l’Angleterre. Il a questionné tous es directeurs et conservateurs des principaux musées d’Europe. Il s’est renseigné auprès des autres, et il en est résulté la constitution d’un volumineux dossier qui sera placé bientôt intégralement et en toute impartialité sous les yeux du public.
Voici d’après les questionnaires quelles sont les recettes de quelques-uns de ces musées :
Venise. — Palais des Doges, 81,340 francs ;
Milan- — Pinacothèque de la Brera, 22,000 fr. ;
Milan. — Musée PoldbPezzoli, 7,000 francs;
Nuremberg. — Musée germanique national, 34,000 francs;
Cologne. — Musée Wallraf-Richartz, 11,000 fr. ;
Bâle. — Musée historique, 6,000 francs ;
Berne. — Musée historique, 3,000 francs.
Ainsi le palais des Doges, qui correspond à peu près au château de Versailles, donne 81,340 francs ! Le Musée germanique de Nuremberg produit 34,000 francs, quand le musée de Cluny demeure improductif ! Et nous pourrions tout aussi bien citer vingt autres musées qui sont dans les mêmes conditions.
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Ecole du Louvre.
Il conviendrait d’encourager efficacement une école qui fonctionne régulièrement depuis une quinzaine d’années, dont les cours sont très suivis ; qui fait passer des examens, délivre des diplômes, qui a son originalité très nette, sa place marquée dans les diverses catégories d’enseignement distribuées au nom de l’Etat ; qui, de plus, peut rendre de réels services en préparant méthodiquement des conservateurs pour les musées nationaux ou départementaux.
Il suffirait seulement, pour rendre cette utilité plus évidente, d’assurer un débouché aux élèves munis du diplôme de l’Ecole. Ce titre, assez illusoire jusqu’à présent, a rendu plus de services en effet à d’anciens élèves étrangers qui sont venus demander leur enseignement à nos maîtres du Louvre et occupent actuellement de hautes situations dans les musées de leur patrie, qu’aux élèves français qui se sont donné la peine de l’obtenir.
Les cadres du personnel des musées nationaux sont trop strictement limités pour qu’il soit possible d’y trouver évidemment une place pour tous les anciens élèves de l’école. Mais ne pourrait-on donner une sanction aux diplômes dont
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ils sont munis en leur assurant une situation dans les musées de province ?
Ceux-ci échappent, en général, on le sait, à la centralisation administrative et dépendent uniquement des municipalités. Mais n’en est-il pas de même des bibliothèques de province? Et l’Etat n’exige-t-il pas cependant des municipalités qu’elles ne confient l’administration de ces bibliothèques qu’à d’anciens élèves de l’Ecole des Chartes, munis d’un diplôme d’Etat établissant leur compétence. Par ses envois, ses dons et ses dépôts d’œuvres d’art, l’Etat est en général le principal bienfaiteur de ces musées de province. Ne pourrait-il pas demander que ces œuvres d’art fussent classées et entretenues par des fonctionnaires dont il aurait reconnu lui-même les capacités, et non livrées à l’abandon ou au désordre, comme il arrive trop souvent?
Si le diplôme de l’école du Louvre acquérait une efficacité aussi réelle, il importerait évidemment qu’il ne fût conféré qu’avec toutes les garanties désirables, que l’enseignement de l’école fût à la fois scientifique et pratique; les professeurs conservateurs des collections nationales .trouveraient devant eux des élèves sérieux et intéressés; ils n’en serreraient que davantage leur enseignement; ils soigneraient ceux-ci pratiquement au métier qu’ils exercent eux-mêmes; ils pourraient au besoin pour ces exercices pratiques, ces sortes de conférences, se faire doubler
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par leurs adjoints ou leurs attachés qui renforceraient ainsi les cadres de l’école.
Cette simple mesure, qui ne coûterait à peu près rien à l’Etat, assurerait ainsi une vie active et féconde à une école complètement organisée et dont l’enseignement a déjà porté des fruits heureux au point de vue scientifique. Elle rendrait de plus -des services signalés à ces musées de province qui ne manquent souvent que d’un peu d’organisation pour que leur richesse puisse rivaliser avec ceux de l’étranger.
Musée du Louvre.
Les transformations du Louvre .
Grâce à l’heureuse initiative de MM. Lafenestre et Molinier, l’installation des Rubens de la série de « Marie de Médicis » dans la magnifique salle des Etats, a mis en valeur toutes leurs qualités de richesse éclatante et de copieuse solidité.
Dans les petites salles du pourtour, l’effet obtenu est moins heureux et doit être, semblet-il, moins définitif, puisque M. Lafenestre et ses collaborateurs ont le désir de faire les choses aussi parfaites que possible. A.vec le très expert critique de la revue Art et Décoration, nous pen-
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sons que la tenture du fond des salles de Rembrandt n’a pas été assez heureusement choisie. La tonalité rouge refroidit les tons de la peinture qui semblent plus jaunes et plus blafards.
On y voudrait une coloration plus tendre, dans les tons gris brun, par exemple, analogue à celle que l’on a prise dans la salle des Rubens. On désirerait aussi que la lumière tombât moins crûment sur certaines toiles, le Bon Samaritain par exemple, et il faudrait voiler d’un store le bas des fenêtres pour dispenser, de plus haut, une lumière plus discrète.
Une autre innovation a été l’attribution des collections du garde-meuble national au musée du Louvre, dans les anciennes salles des dessins, transformées en salles du mobilier et consacrées aux époques Louis XIY, Louis XY et Louis XYI.
On espère sauvegarder ainsi toutes ces merveilles enfouies dans des magasins inconnus ou méconnus, transportées au hasard des déménagements vers de vagues fêtes ministérielles, menacées de tous les chocs, de tous les déchirements, de toutes les promiscuités officielles. Nous dirons plus loin, au chapitre du garde-meuble, ce qu’on peut penser de cette transformation du musée du Louvre en musée du mobilier, qui serait mieux à sa place en d’autres locaux, le musée des Arts-décoratifs, par exemple, quand il appartiendra à l’Etat.
Mais le déménagement le plus radical quis’impose au Louvre, c’est' celui du ministère des Go-
lonies. Lors de la discussion du dernier budget, le 7 décembre 1900, avec mes honorables collègues MM. Georges Berger, Dujardin-Beaumetzet Muzet, j’avais l’honneur de déposer le projet de résolution suivant : « La Chambre invite le Gouvernement à procéder dans le plus bref délai au transport du ministère des Colonies en dehors du pavillon de Flore. Ce ministère, qui continuera à être une menace d’incendie pour le musée du Louvre, malgré toutes les précautionstemporaires qu’il est question de prendre, pourra être établi provisoirement, jusqu’au jour de son installation définitive, dans les locaux neufs du quai d’Orsay que le commissariat général de l’Exposition de 1900 ne saurait tarder à laisser disponibles.
Appuyée par nos collègues MM. Sembat, Aynard, Dumont, approuvée par M. le ministre Leygues, combattue par M. Cochery, président de la commission du budget, la première partie de cette motion fut votée. La seconde partie fut renvoyée, hélas ! à la commission dubudget et on ne l’a plus revue.
Il faut cependant quele déménagement demandé s'effectue dans le plus bref délai. Si le ministère des colonies veut vivre et se chauffer, comme c’est son droit, il peut très bien le faire ailleurs, mais ce louable esprit de conservation sociale ne justifie point l’ardeur excessive de ces flammes et leur menace perpétuelle d’incendiepour le Louvre.
Car, il faut le répéter, chaque mois de l’hiver dernier fut illustré par des feux de cheminée,
auréole gracieuse, mais dangereuse pour notre musée national. Ajoutons qu’à ce foyer colonial d’incendie menace de s’en ajouter un autre, dont la source viendrait du Louvre même. D’après des renseignements publiés dans une revue d’art déjà citée, tout gardien du musée a, paraît-il, la jouissance d’une petite case ménagée dans l'épaisseur des cloisons pour abriter ses effets, ses provisions et au besoin sa personne. On comprendra sans peine que ces petits retiro renferment quelques bouteilles d’alcool, sans parler des papiers et des blouses de travail. Si nous ajoutons que les gardiens ont le droit de fumer dans les salles, à l’heure où le public n’est pas admis, et qu’ils ne se font pas faute d’entrer, la cigarette ou la pipe aux lèvres, dans leur case, on jugera, sans plus de phrases, du péril que présentent tous ces antres cachés dans les murs.
Les visiteurs du musée ont vu souvent paraître etdisparaîtredes gardiens par un trou mystérieux, en se glissant sous les tringles. Ils savent maintenant que ces ouvertures conduisent à de véritables antres de Yulcain.
Musée du Luxembourg.
Il n’a été fait aucun travail de transformation ou de réfection des salles, au Luxembourg, durant ces dernières années.
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Des 444 ouvrages qui formaient intégralement le fond du musée en 1891, les collections s’étaient à peu près décuplées jusqu’en 1899, puisqu’à cette date elles s’élevaient à 3,964 ouvrages.
Depuis deux ans, par suite de dons, de legs, d’acquisitions heureuses, notamment à l’Exposition universelle et grâce aux subsides généreux delà direction des Beaux-Arts, les collections se sont enrichies de plus d’un millier d’ouvrages.
Le remaniement qui a été effectué cette année a permis d’exposer la plupart des acquisitions importantes des deux précédents salons et de l’Exposition universelle. Mais ce résultat n’a été obtenu qu’en employant les expédients les plus fâcheux (suppression totale des panneaux de dessins, dislocation des ouvrages du don Hayem, exposition par roulement des écoles étrangères), expédients qui ont relégué en magasin un grand nombre d’ouvrages que le public réclame instamment. C’est ainsi que pour la section étrangère qui, par suite de généreux et touchants hommages de nos hôtes de 1900 ou de nos voisins, s’est accrue de manière à former un ensemble excellent de peintures et de sculptures représentant assez justement le mouvement contemporain des arts en Europe et en Amérique, et dans lequel se rencontrent nombre de beaux ouvrages, on peut dire même sans exagération, quelques chefs-d’œuvre, nous ne pouvons présenter à la fois que le tiers à peine de cette collection, les deux autres tiers restant enfermés en magasin
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et attendant pendant huit mois leur tour d’exposition.
Le distingué conservateur du musée, M. Bénédite, n’a rien à ajouter h tous les arguments et à tous les documents réunis dans le rapport publié par M. Georges Berger, si ce n’est que tous les inconvénients qu’il signalait il y a deux ans n’ont été que plus que sensibles depuis deux ans, en particulier au cours de l’année 1900, pendant l’affluence de visiteurs amenés par l’Exposition universelle. C’est miracle qu’il ne se soit produit aucun accident ni aucun délit au milieu de cette cohue entassée dans les sallesexiguës, enenfilade, aboutissant à une issue unique pour l’entrée et pour la sortie.
Les temps ne sont guère propices à des attributions de crédits nouveaux. Il est toutefois, peut-être, des procédés qui permettraient la reconstruction de notre galerie contemporaine sans avoir recours, ou du moins en n’ayant recours que d’une façon très limitée aux finances de l’État. Divers grands musées étrangers et même certains grands musées départementaux en ont usé avec succès. Ne serait-il pas possible d’en faire l’application au Luxembourg?
La grande critiq'ue que l’on peut et doit adresser au musée du Luxembourg, c’est qu’il est, à proprement parler, non pas un musée, mais une serre, où les œuvres d’art s’entassent et se détériorent de jour en jour.
Quand on voyage à l’étranger, on est véritable-
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ment surpris de voir que nos voisins, qui n’ont certes pas la gloire artistique de la France, aient tant de chefs-d'œuvre à leur actif, possèdent des musées modernes avec lesquels ne saurait être mis en comparaison notre musée du Luxembourg. Je citerai, par exemple, la nouvelle Pinacothèque de Munich, où l’architecture allemande s’est mise en frais pour construire au mieux des intérêts de l’art des galeries spacieuses et bien éclairées.
Mais, sans sortir de France, lorsqu’on visite les musées de Lille, de Lyon, d Amiens, de Toulouse, de Dijon, de Bordeaux, de Marseille et tant d’autres, et lorsqu’on fait la comparaison avec notre musée du Luxembourg, l’avantage n’est certes pas à l’État; l’avantage est aux villes, aux initiatives communales, et de toute façon on a peine à s’expliquer le retard du Gouvernement à reconstruire le musée du Luxembourg.
. Dans une société démocratique, où les questions d’enseignement sont placées au premier rang des préoccupations sociales, on ne peut oublier la mission hautement pédagogique qui est assignée aux musées. A l’heure où tant de sacrifices ont été consentis en faveur de nos expositions provisoires, le Parlement doit se demander s’il n’est rien dû par le pays à cette exposition permanente qui, depuis quatre-vingts ans, résume en elle tout l’art du siècle.
Le ministre des Beaux-Arts, M. Georges Leygues, reconnaissait devant la Chambre que le
L’ART et LA DÉMOCRATIE
musée du Luxembourg n’est en réalité qu’une serre désaffectée, que la chaleur en été y est intolérable; que, sous peine de destruction, les tableaux ne sont pas faits.pour être exposés dans une atmosphère où se plairaient les p)ante.s exotiques; il ajoutait :
Nous possédons au Luxembourg des collections admirables. Les maîtres français, peintres et sculpteurs de nos differentes ecoles contemporaines, y sont représentes par des œuvres capitales. Quelques maîtres étrangers y occupent une place brillante. C’est un devoirnational de préserver contre toute atteinte ces précieuses &aleries. Mon administration a songé à installer le musée dans un nouveau bâtiment que l’on élèverait non loin dumusee actuel; mais il faut s’entendre avec le benat. Ce qui est certain, c’est que l’installation actuelle est condamnée et qu’il importe de pourvoir rapiement à un aménagement nouveau digne de l’art français et des maîtres qui en sont l’honneur.
La veconstructiou du Luxembourg .
La question de la reconstruction du Luxembourg s’impose donc avec une urgence déplus en plus manifeste.
Cette question doit être étudiée sous deux faces :
1° L emplacement ; 2° les ressources financières pour assurer la reconstruction.
1° Emplacement. — Cette première partie de la question n’est pas sans soulever des difficultés
assez délicates. L’emplacement actuel sur lequel est bâtie l’orangerie ne permet au musée de s’étendre dans aucun sens, ni d’être reconstruit sur le terrain de l’orangerie actuellement existante. Pour rester dans le quartier et conserver des attaches directes avec le Luxembourg, il faut chercher à la galerie des arts contemporains un emplacement dans le jardin même.
Après avoir étudié tous les aspects de la question, la conservation du musée et l’agence de l’architecte se sont mises d’accord pour proposer un terrain en bordure sur la rue Auguste-Comte, dans les jardins anglais établis sur les terrains remblayés où commençait l’ancienne pépinière. Ce projet offre de multiples avantages. Le musée ne quitterait pas le voisinage du palais où il a été créé; il garderait son public habituel de professeurs, d’élèves, dans ce quartier rempli par tous les grands établissements d’enseignement auxquels il vient ajouter sa contribution personnelle. De plus, l’orientation est admirable, et l’on peut prévoir pour les galeries une lumière excellente.
La grande objection qui a été faite par l’opinion publique et qui a déjà été soulevée par l’administration du Sénat est le dommage .causé à ce beau jardin déjà envahi par tant de constructions. On pourra, il est vrai, en supprimant l’orangerie actuelle et en la remplaçant par des pelouses ou des quinconces, retrouver une part de là place (5,000 mètres carrés) demandée ail-
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leurs pour le nouveau musée. Mais cette mesure corrigerait d’une manière bien insuffisante la suppression d’une partie du jardin sur la pépinière.
Aussi, sans toutefois condamner ce projet, car de si hauts intérêts peuvent bien exiger quelques sacrifices, on a pu se demander s’il ne serait pas possible de trouver en dehors du jardin un emplacement favorable à la reconstruction du musée du Luxembourg.
Il faut avouer que le conservateur du musée et l’architecte des palais du Sénat se sont, d’euxmêmes, vivement préoccupés de cette solution et ont étudié, les premiers, les moyens d’éviter la diminution du jardin. Mais leur étude n’a donné aucun résultat pratique, car tous les terrains qui, dans ce quartier, pouvaient répondre aux nécessités de cette construction, étaient des terrains privés. D’où s’ensuivait une nouvelle dépense considérable d’acquisition de terrains à ajouter aux dépenses de la construction.
On a pu se demander, cependant, s’il était indispensable à la galerie des arts contemporains de demeurer dans le quartier où il s’est développé jusqu’à ce jour. L’objection de l’éloignement n’existe plus, aujourd’hui que les conditions de la vie ont été si notablement modifiées par de nouveaux moyens de circulation rapide, destinés à s accroître encore tous les jours.
Certaines villes étrangères nous en ont fourni la preuve. Londres a établi son musée moderne
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sur le quai de Milbanck ; Anvers, sa galerie dans un faubourg loin du centre de la ville ; et les visiteurs, cependant, continuent à affluer.
Quelle que soit, d’ailleurs, la place concédée sur ce terrain de l’ancienne pépinière, le musée y sera toujours un peu gêné. En supposant que le Sénat veuille bien l’accorder, il se montrera très strict sur la question de surface : l’architecte lui-même aura des scrupules. Il faut à un établissement de ce genre de la latitude et de l’air. Toutes ces considérations ont amené à penser qu’on pourrait, sans aucun inconvénient, établir le futur musée du Luxembourg dans un quartier plus éloigné, où il trouverait un terrain excellent pour se développer à son aise.
Ceci posé, quel plus bel emplacement pourrait-on choisir que celui du Champ-de-Mars, où M. Bouvard rêve justement d’édifier toute une vaste cité magnifique de villas et de jardins? Le musée du Luxembourg, sur cet emplacement, trouverait les mêmes conditions d’orientation excellente que dans la pépinière du jardin de la rive gauche ; il pourrait s’élever sans être gêné par l’espace ; il trouverait pour son public de nombreux moyens de circulation rapide : tramways électriques, chemins de fer, bateaux, etc., déjà établis.
De son côté, le musée apporterait à ce nouveau quartier l’éclat de son prestige personnel, sans compter un déplacement quotidien de population qui, au point de vue plus terre-à-terre
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des intérêts économiques du quartier, est à considérer.
Je ne doute pas que ce projet n’éveille l’attention de tous ceux qui s’intéressent à notre grand musée moderne.
2° Ressources financières. — Reste la question des ressources financières. Cette question est également très grave ; car, même après qu’aura été résolue la question de l’emplacement, il restera toujours cette solution à trouver.
Dans notre pays, où l’Etat est considéré, à tort ou à raison, comme le tuteur de toutes les grandes œuvres d’enseignement, il parut au Gouvernement qu’il était du devoir de l’Etat d’assurer lui-même la reconstruction de cette institution artistique. Certains projets proposés par le conservateur du musée, et qui se fondaient sur le recours à l’initiative privée, ont été écartés par un sentiment des plus honorables.
Mais la situation financière du pays permetelle d espérer jamais qu’on pourra réclamer de 1 Etat des sacrifices nécessaires à cette œuvre artistique ? On voit bien le caractère moral d’une telle institution ; on n’en distingue pas suffisamment le grand intérêt économique, et l'on peut dire national. Devant d’autres préoccupations très graves, le Parlement pourra- t-il jamais se décider à prélever sur le budget du pays les sommes nécessaires à l’édification de ce musée ? Fût-iî porté à le faire, il ne pourrait voter des
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crédits qu’avec une parcimonie très préjudiciable aux intérêts de la maison.
On s’est donc demandé s’il ne serait pas possible de revenir aux moyens préconisés jadis par le conservateur du musée, du Luxembourg et si le Gouvernement ne devrait pas, soit laisser agir, en l’aidant, l’inititiave privée, soit chercher daus le musée lui-même les ressources nécessaires à sareconstruction.
Il existe, en effet, deux moyens très séduisants l’un et l’autre et qui semblent très pratiques, d’assurer non seulement la reconstruction du Luxembourg, mais même ultérieurement le fonctionnement, de cet organisme. Garil faudra bien, une fois le musée construit, prévoir des augmentations annuelles de crédits pour le personnel, le chauffage, l’entretien, etc., nouveaux sacrifices à réclamer aux finances du pays.
Le premier de ces moyens est le système de la loterie.
Je sais, à l’avance, l’objection qui sera faite et le souvenir qui sera rappelé de la loterie des arts décoratifs. Mais, sans parler des conditions qui ne sont plus les mêmes, puisqu’il s’agit, non pas d’une création projetée, mais d’un établissement existant, qui jouit d’une popularité universelle et que les sommes demandées seraient beaucoup moins élevées, il n’en reste pas moins établi par la loterie des arts décoratifs elle-même que sur 14 millions de billets émis, plus de 12 millions (12,084,202) ont été souscrits par le
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public pour une entreprise purement artistique.
Pour une somme de moitié environ, le Luxembourg trouverait assurément un public empressé, d’autant plus que les musées nationaux disposent de moyens de vente, dans les diverses galeries de Paris, de Versailles, etc., qui permettraient un écoulement facile.
Mais ce système a été employé d’une manière qui nous fournit d’excellents exemples par des musées de province qui, grâce à lui, ont trouvé des ressources suffisantes pour élever de vastes et même trop luxueux édifices. C’est ainsi que grâce à une série de loteries répétées, la ville d’Amiens a pu trouver des millions pour élever le beau musée de Picardie, illustre aujourd’hui par les décorations de Puvis de Chavannes. C’est ainsi que Lille a pu trouver 5 millions pour construire son nouveau musée. Dans le premier cas, le montant des frais divers (lots en argent, remises, frais de publicité, etc.), n’a pas dépassé 40 pour 100, laissant ainsi un bénéfice disponible de 60 pour 100 sur la somme émise. Dans le second cas même, le bénéfice a été de 64 pour 100, chiffres qui résultent des documents officiels. Il faut, en plus, considérer que ces deux loteries étaient exclusivement régionales et que, par suite, la vente des billets n’en fut autorisée que dans le département et les départements circonvoisins, ce qui limitait leurs moyens d’émission. Un fait intéressant à noter, cependant : pour la loterie de Lille, un
million de billets ont été souscrits par une banque d’Egypte.
Nul doute donc que ce moyen employé pour le musée du Luxembourg ne donne des résultats bien supérieurs. Il faut ajouter que le projet étudié par M.Bénédite prévoyait une loterie sous une forme particulière, à lafois loterie, souscription et tombola. C’est-à-dire qu’à côté des lots d’argent se trouveraient des lots en nature, que prodiguerait la générosité des artistes et des amateurs, et que toute souscription à un nombre plus ou moins élevé de billets conférerait au titulaire de cette souscription le titre de donateur ou de bienfaiteur du musée, avec inscription de son nom sur les plaques commémoratives. Ce projet, très attrayant et très facilement réalisable, demande un examen attentif et bienveillant. Il serait aisé de prendre toutes les garanties propres à assurer sa réussite absolue.
Un second système est celui qui consisterait à faire édifier le musée du Luxembourg, grâce aux bénéfices réalisés par les entrées payantes à certains jours de la semaine et pour une durée d’une trentaine d’années environ. C’estle système du péage des ponts. Sans vouloir généraliser cette idée chez nous, en la restreignant au cas particulier du Luxembourg, pour une période limitée de temps et avec les réserves habituelles en faveur des artistes, travailleurs, élèves des écoles, etc., M. Bénédite est persuadé que le
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revenu annuel des recettes obtenues trois jours seulement de la semaine permettraient, soit de payer les intérêts et d’amortir la somme avancée pour la construction par quelque grande société financière, soit simplement encore de désintéresser l’Etat- des créances qu’il pourrait faire à cet effet.
La moyenne des entrées quotidiennes au musée du Luxembourg, examinée à diverses reprises, fournit, sans exagération, un chiffre de 3,000personnes. Les jours payants, ce chiffre baisserait de plus de moitié, piettons des deux tiers. Avec les 156 jours payants à 1 fr., auxquels on pourrait joindre l’après-midi des lundis où le prix d’entrée serait doublé , ce qui ferait environ 200 jours d’entrées payantes, on arriverait déjà au chiffre de 200 000 fr., qui n’a rien d’excessif, si l’on considère que c’est un prix atteint par certains musées d’Italie.
On pourrait, en tous cas, sans inconvénients, appliquer au Luxembourg la mesure que nous réclamons pour tous nos musées :1e droit d’entrée pour les étrangers et le vestiaire obligatoire et payant pour tout le monde. Il faut ajouter que le futur musée par son étendue, ses dispositions, -le bénéfice des entrées d’expositions spéciales qu’il pourrait s’adjoindre, permettrait peutêtre de dépasser ces prévisions. Quel que soit de ces deux systèmes celui- auquel on se ralliera, on peut être assuré d’un résultat qui ne trompera pas nos espérances. Et la situation des
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finances du pays ne nous permet pas aujourd’hui d’en avoir d’autres.
Musée de Versailles.
Les acquisitions faites par le musée de Versailles en 1900 ont été particulièrement nombreuses. Pour ce qui est de la transformation des salles, après le grand effort qui avait été fait en 1900, l’excellent conservateur M. de Nolhac a dû cette année, ne disposant que de crédits tout à fait insuffisants, se borner à préparer les transformations de l’an prochain, destinées à continuer, suivant le plan adopté par l’administration, la réorganisation radicale de notre grand musée historique.
Au cours de l’été, il s’est efforcé de perfectionner et de compléter de façon définitive les arrangements des neuf salles nouvelles du rezde-chaussée (consacrées au dix-huitième siècle) et les quatre salles du .deuxième étage (seizième siècle et règne de Henri IV), qui avaient été un peu hâtivement terminées pour l’ouverture de l’Exposition universelle.
L’hiver a vu, grâce au travail fait l’année dernière :
1° L’aménagement de la galerie basse, destinée à continuer la présentation des œuvres de sculpture et de peinture que possède le musée ;
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2° L’ouverture de trois salles nouvelles du deuxième étage ;
3° Le remaniement de la nouvelle salle de la Révolution française, nécessité par les acquisitions importantes qu’il a faites récemment et qui sont encore exposées provisoirement dans la salle dite des « nouvelles acquisitions. »
Une création qui s’impose également est celle de la salle de la troisième République, salle qui nous manque de plus en plus et dont les plans sont à l’étude depuis plusieurs années.
Musée de Saint-Germain.
Le personnel qui n’a pas été augmenté depuis l’ouverture du musée en 1867, alors que le musée ne comptait que six salles, est notoirement insuffisant aujourd’hui qu’il compte trente -deux salles ouvertes au public, dont une, la Chapelle (musée chrétien), est complètement isolée des autres. Je ne crains pas d’affirmer que pour le bien du service et dans l’intérêt d’absolu, il serait plus logique de compléter des services en souffrance, au point de priver souvent le public savant et même amateur de l’étude et de la vue de richesses, qui, après tout, sont sa propriété et dont il se plaint à bon droit d’être privé.
Le musée des antiquités nationales n’est pas
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seulement comme les musées du Louvre, du Luxembourg et de Versailles, un musée de dépôt des œuvres d’art. Il est en outre chargé de reconstituer l’histoire des temps primitifs de la Gaule, y compris les périodes romaine et mérovingienne, à l’aide de reproduction par moulage et par galvanoplastie, des antiquités représentant ces diverses p ériodes de notre histoire nationale.
Il se développe normalement dans la limite des moyens mis à sa disposition.
Deux nouvelles salles d’un grand intérêt ont ôté ouvertes au public savant :
1° La salle Frédéric-Moreau;
2° La chapelle-musée, qui renferme une série de sarcophages sculptés représentant les principales scènes de la Bible et de l’Evangile, moulages des principaux sarcophages conservés dans les églises et musées de France, ensemble qui n’avait jamais été mis sous les yeux du public. Ces moulages sont l’œuvre de l’atelier de Saint-Germain.
Au mois de juillet 1900, nous constations qu’en dix-huit mois le nombre des objets nouveaux portés aux inventaires avait passé de 35,842 à 48,845, soit une augmentation de plus de 10,000 objets ; arrivés aujourd’hui au n° 46,397, sans compter la collection Plicque, composée de plus de 6,000 pièces non encore cataloguées en détail. L’augmentation de ces collections a donc été aussi rapide que dans la période précédente.
Plusieurs acquisitions et dons sont de haute
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importance. Grâce à la générosité du conseil supérieur des musées, qui a toujours montré pour le musée des antiquités nationales la plus grande bienveillance, on a pu acquérir :
1° La collection du docteur Plicque de Lezoux, au prix de 8,000 fr., collection célèbre dont une partie avait été exposée au Petit-Palais. Cette collection de céramique gallo-romaine donne sur les ateliers de céramique des deuxième, troisième, quatrième et cinquième siècles de notre ère, en Gaule, sur les procédés des mouleurs, sur le talent des artistes et le caractère de cet art particulier les renseignements les plus nombreux et les plus précis. Le grand Mercure en pierre exposé au Petit-Palais (plus grand que nature) et de travail gallo-romain, fait partie de cette collection et est aujourd’hui dressé sur sa base dans la cour du château.
2° Au prix de 1,200 fr., une statuette galloromaine en bronze de très beau travail, représentant le Jupiter gaulois, de dimension plus qu’ordinaire, pièce rare.
3 Au prix de 500 fr., neuf reproductions en galvanoplastie de bijoux d’or celtiques irlandais exposés à 1 esplanade des Invalides par la maison Edmond Johnson de Dublin;
4° Au prix de 400 fr., quatre menhirs anthropoïdes de l’Aveyron exposés au Trocadéro en 1900, faisant partie d’une série des plus intéressantes pour la connaissance de l’art primitif en Gaule;
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5° 45 haches en pierre polie de Madytos et Clazomènes en Lydie, don de M. Gaudin, ingénieur français à Smyrne ;
6° 120 outils en silex ou pierres diverses d’Irlande, don de M. Knowles de Hincton Plase, Ballymena (Irlande).
7o Moulage de la tête de Gaulois du musée de Giseh, acquis du musée de Leipzig au prix de 36 marks ; • '
8° Reproduction en galvanoplastie de deux poignards en bronze gravé de Mycènes, envoi de l’usine de Jeislingen (Wurtemberg). Spécimens très curieux de l’art mycénien;
9& Très intéressante série de moulages représentant des statuettes de bronze découvertes en Bulgarie. Nos 46,063 à 46,156 — 93 pièces, don du musée de Sophia, avaient figuré à l’Exposition universelle;
10° Belle série de moulages représentant les faces sculptées de sarcophages chrétiens, du il0 46, 190 au n° 46,326 — 28 pièces ;
11° Au prix de 1,000 fr. , statue en marbre de Bacchus découverte à Rochegude (Drôme), grandeur naturelle ;
12° Collection d’objets mérovingiens recueillis dans les travaux de terrassement de la station de Beynes (ligne d’Epone à Plessis-Grignon), don de la compagnie de l’Ouest;
13° Grand dolmen (galerie couverte) connu sous le nom de Trou aux Anglais, remarquable par la présence de deux pierres sculptées, don de
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MM. Bertin et Glatigny. Reconstruit sur les fossés du château par les soins de M. Champion, chef des ateliers, où il fait pendant au dolmen de Conflans-Sainte-Honorine ;
14° Série de moulages, représentant 18 objets en bronze du musée de Châlons-sur Saône, montés par notre atelier.
Je ne puis donner ici qu’un spécimen de 1,052 objets entrés au musée en dehors des millions d’objets de la collection Plicque. Cet exposé suffit pour attester l’activité du musée et des ateliers.
La bibliothèque.
Pendant la même période, la bibliothèque s’est enrichie de 150 ouvrages ou brochures et de 280 clichés photographiques, œuvre du gardien bibliothécaire M. Faron, représentant Tes objets entrés au musée. Pour arriver à ce résultat, des recherches préliminaires nombreuses et très spéciales, une exploration complète de tous les musées archéologiques et collections particulières de France et de quelques pays étrangers est nécessaire.
Nous abordons la dernière période que doit représenter le musée : la période mérovingienne et carolingienne. Il nous faut suivre les Francs, Wisigoths, Burgondes, en Allemagne, en Belgique, en Espagne, en Angleterre.
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Le Musée des Arts décoratifs.
Parmi les œuvres dues à l’initiative privée et au groupement des bonnes volontés et des efforts artistiques, il en est une à laquelle il faut rendre hommage. Je veux parler de l’admirable collection créée par l’Union centrale des arts décoratifs dont M. Berger est le président et l’infatigable défenseur.
Si l’Exposition universelle, dit M. Berger, fut un triomphe pour l’art décoratif français, c’est à l’Union centrale et à la beauté de son pavillon qu’il faut en rapporter la principale cause. La révélation fut vraiment surprenante de l’invincible maîtrise des ouvriers d’art français livrés à eux-mêmes, dépourvus de ressources officielles, forts de leur seule ingéniosité et du seul appui de l’Union centrale, alors que les artisans étrangers se présentaient avec l’appoint des subventions de leurs gouvernements, de leurs écoles admirablement organisées, de leurs musées abondamment pourvus.
Le gouvernement français a compris enfin que c’était presque une honte pour notre pays, que ce serait, en tout cas, une source de découragement et une manière de blâme pour nos artistes et leurs, protecteurs, que de ne pas donner au plus tôt au musée, virtuellement prêt des Arts décoratifs, avec la consécration officielle, un local digne de lui. Il est essentiel maintenant que son installation dans les locaux du pavillon de Marsan, qui furent affectés à l’Union centrale par les lois de novembre 1897 et de mars 49U0, soit un fait accompli.
On se plaît à confesser que le musée répondra à un
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besoin essentiel de la. vie artistique et industrielle du pays, et tout le monde proclame, d’autre part, qu’il est inconcevable que les pouvoirs publics ne se soient pas résolus plus tôt à prendre des mesures radicales et décisives dans le but de faire disparaître les obstacles administratifs qui s’opposaient à ce que l’action du conseil de l’Union centrale fût enfin déterminante. Il est presque inutile de revenir sur la question des archives de la Cour des comptes qui, pendant trente et une années, auront encombré et rendu indisponibles les locaux dont l’Union centrale est devenue depuis près de quatre années légalement affectataire dans le pavillon de Marsan et dans les dépendances de celui ci. A la fin de l’exercice 1900, la commission du budget de la Chambre a fait voter un crédit de 20,000 francs, applicable au transport rapide, dans le bâtiment des archives qui s’achève rue Cambon comme annexe du nouveau palais de la Cour des comptes, des 530,000 liasses qui barricadaient impitoyablement nos futures galeries. Antérieurement à cette époque, le conseil de l’Union centrale avait pris à ses frais l’enlèvement de dossiers entassés dans les trois travées situées à gauche du guichet de l’échelle ; il était, en effet, urgent de procéder à l’aménagement de ces travées afin d’y classer une riche collection dont la cession était annoncée.
Les travaux nécessaires à cet aménagement ont été conduits assez rapidement pour que M. Georges Berger pût recevoir le 29 avril, sous le toit du Louvre, les premiers inaugurateurs du musée national des Arts décoratifs. Les opérations du transport à la rue Cambon des dossiers subsistant dans la partie principale des locaux du musée ont été entamées vers le 5 janvier. Mais voilà que ces opérations sont forcément suspendues parce qu’il n’existe déjà plus de place
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immédiatement utilisable dans le bâtiment de la rueCambont Une centaine de mille liasses est encore à évacuer ! L’Union centrale étudie, avec les services de la Cour des comptes, les moyens d’entreposer provisoirement ce reliquat gênant dans les sous-sols du pavillon de Marsan, jusqu’au jour où elle ne pourra plus se passer de prendre possession de ces derniers. Des difficultés de toute espèce paraissent donc renaître sans cesse : l’Union en triomphera.
L’interprétation rigoureuse des droits réciproques de l’Etat et de l’Union centrale n’a pas été sans soulever certaines controverses. Tout paraît définitivement arrangé, ainsi qu’il convenait que cela fût, entre l’administration publique qui prenait souci des intérêts du Trésor, et le conseil de l’Union centrale qui tenait à faire largement les choses, tout en ménageant la fortune qu’elle a charge de gérer en faisant face à tous les engagements pris.
Les lois de novembre 1897 et de mars 1900 affectent à la société de l’Union centrale des arts décoratifs les locaux du pavillon de Marsan compris le long de la rue de Rivoli, entre le jardin des Tuileries et le ministère des Finances. Cette affectation, avec les conditions qui la règlent, fait l’objet de deux conventions annexées aux deux lois. Ces conventions forment contrat entre l’État et la société de l’Union centrale des arts décoratifs ; il est inscrit formellement que la société ne pourra pas consacrer aux travaux in-
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térieurs d’architecture qui sont laissés à son compte pour la mise en état des locaux, une somme inférieure à 1,800,000 fr. ; il est dit, en outre, que les travaux seront exécutés conformément à des plans et devis approuvés par la société après avis du conseil général des bâtiments civils. Ayant conscience qu’il importait à la dignité de l’Union et à celle de l’art décoratif de ne point oublier que la société prenait possession d’une aile du Louvre, et qu’il lui faudrait peut-être se résoudre à achever sous une forme acceptable l’escalier d’honneur ébauché par Lefuel dans la grande nef, le conseil s’est décidé spontanément à porter de 1,300,000 à 1,600, 000 fr. la dépense totale à laquelle il s’engageait.
Les premiers devis présentés sur la demande du conseil par l’architecte du Louvre et des Tuileries, se sont élevés à 2,135,000 fr., sans engagement que cette somme ne serait pas dépassée ! L’architecte chargé d’exécuter ces travaux possède, à un degré supérieur, toutes les qualités artistiques qui lui ont très légitimement valu la haute fonction d’architecte des palais du Louvre et des Tuileries. Il était presque naturel et même légitime qu’il rêvât pour le musée des arts décoratifs une somptuosité analogue à celle que Lefuel avait conçue aux époques où le pavillon de Marsan fut destiné à la Cour des comptes, après les événements de 1870-1871 ; mais l’Union centrale ne pouvait laisser le cadeau d’un musée des Arts décoratiis qu’elle faisait à Paris et à la France
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devenir une cause de ruine pour elle ; elle aurait commis, d’ailleurs, une action répréhensible et contraire à ses engagements en compromettant l’existence et le développement de ce musée, qu’elle s’était engagée à faire fonctionner à ses frais pendant quinze années avant de le remettre à l’État.
Voici comment la société a raisonné et agi en la circonstance :
Supposant très légitimement que l’État, en fixant à 1,300,000 fr. le minimum de la dépense totale des travaux à exécuter, ne s’était point décidé sans avoir fait étudier l'affaire par ses services d’architecture : estimant, d’autre part, qu’il avait très amplement augmenté la prévision de dépense en s’engageant pour 300,000 fr. en plus, le conseil de l’Union a refusé d’adopter le devis qui lui était soumis, et pour le dépouillement duquel il s’était donné la peine, souvent infructueuse, de chercher à établir la part de dépense afférente à chaque partie de l'édifies. L’étude qu’il est arrivé à faire quand même du devis lui a démontré que de fortes réductions de dépense pourraient être opérées. De plus, afin de faciliter la réduction de la part de l’architecte, il a remis à celui-ci de nouveaux plans, qui suppriment l’aménagement immédiat de certaines portions des locaux, notamment dans les combles et les sous-sols.
Les pourparlers et les discussions, dans lesquels la société a tenu à ne jamais se départir des formes les plus conciliantes et les plus courtoises, ont duré longtemps entre le Gouvernement, la direction des Beaux- Arts, l’architecte et le conseil. Il a été convenu, en dernier ressort, que chacun ferait ses efforts pour que les travaux fussent exécutés au mieux, sans sortir des limites de la dépense fixée. L’architecte accepte très
libéralement et très galamment de procéder à une nouvelle étude dans laquelle il se laissera seconder par les avis de deux de ses éminents confrères, membres du conseil général des bâtiments civils, et sur chaque point de laquelle il aura soin de consulter la société le cas échéant. Nous sommes persuadés qu’aucune surprise désagréable qui aurait excédé les disponibilités financières de l’Union et la mesure de nos bonnes volontés, n’est plus véritablement à redouter, et que tout ira très vite dorénavant.
Quelques mots sont encore nécessaires pour achever d’éclairer l’histoire de ce musée.
Le conseil a mis de côté une somme de 400,000 fr. en vue de l’achat des vitrines et du matériel d’installation qui seront nécessaires, des transports, de la mise en place des collections, ainsi que la bibliothèque, et des mille détails d’organisation qui ne peuvent se régler qu’en dernière heure, etc. Il a l’ambition de posséder le musée, clefs en mains, pour une dépense totale de 2 millions de francs (1,600,0004-400,000). Le reste de la fortune de l’Union centrale sera consacré au fonctionnement et à l’enrichissement du musée pendant les quinze années qui s’écouleront entre son ouverture et le jour ou les collections deviendront, d’après les termes des conventions, la propriété de l’État.
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Crédits pour l’acquisition d’objets d’art.
Les crédits sont versés chaque année dans une caisse spéciale constituée il y a quelques années et administrée par un conseil. Peut-être serait-il désirable que l’on ramenât, ou plutôt que l’on maintînt les attributions de ce conseil, suivant l’esprit de l’institution primitive à une simple gestion financière. L’État a des fonctionnaires responsables chargés du classement et de l’enrichissement de ses collections de toute nature.
Il importe que leur travail scientifique et raisonné ne soit pas entravé à chaque instant par l’ingérence d’une commission, si éclairée soit-elle, de ses opinions particulières et de ses préférences esthétiques.
Les ressources de cette caisse des musées sont de plusieurs sortes, intérêts du produit de la vente des diamants de la couronne, dons, legs, etc.
Mais ne serait-il pas rationnel que la contribution annuelle de l’État fût au moins laissée à l’entière disposition des conservateurs, fonctionnaires de l’État, au lieu de la somme trois fois moindre que le conseil des musées leur abandonne chaque année et qui, étant donnée la multiplicité des départements qui doivent se la par-
tager, ne peut servir qu’à un petit nombre d’a chats courants ?
Musées de province.
La Revue hebdomadaire du 16 mars 1901 a publié sur les musées de province une étude de M. Engerand, très documentée, et qui mérite d’être signalée à l’attention du Parlement.
Le 1er septembre 1800, Jean-Antoine Chaptal, ministre de l’intérieur, exposait au, premier consul l’état des collections artistiques de la France à la suite des grands événements qui venaient de se produire. Le Louvre et Versailles possédaient 1,390 tableaux d’écoles étrangères, 1,270 de l’école française, 1,500 statues et objets précieux, 20,000 dessins, 80,000 estampes, 4,000 planches gravées ; de plus, dans les réserves de ces deux palais, 1,700 tableaux avaient été relégués, faute de place. Ces tableaux provenaient de l’ancienne collection de la couronne, des églises de Paris et des galeries des émigrés : on y trouvait aussi les sujets de réception des artistes à l’Académie ; le reste avait été prélevé en Italie. La provenance de toutes ces œuvres en explique suffisamment la valeur et l’intérêt.
A cette époque l’État ne pouvait exposer et entretenir une telle collection et cependant le pays devait profiter de ces richesses. C’est alors que
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Chaptal proposa à Bonaparte de répartir entre quinze villes françaises les 1,700 tableaux qui n’avaient pu trouver placé au Louvre et à Versailles, afin d’y constituer des musées provinciaux, avec cette condition que les municipalités les exposeraient dans un endroit convenable.
Paris lit-on dans ce rapport — doit se réserver les chefs-d’œuvre dans tous les genres ; Paris doit posséder, dans sa collection, les œuvres qui tiennent le plus essentiellement à l’histoire de l’art, mais l’habitant des départements a droit aussi à une part sacrée dans le partage du fruit de nos conquêtes et dans l’héritage des œuvres des artistes français. Cette considération, qui naît d’un sentiment de justice, doit encore se fortifier de l’idée qu’elle est conforme aux intérêts de Part. Le tableau précieux, qui n’arrête plus les regards, reconquerra des droits à l’admiration, lorsqu’il sera isolé et rendu pour ainsi dire à lui-même ; quelques-uns même, reportés dans le pays qui les vit naître, y prendront un nouvel intérêt par les traditions et le récit des circonstances qui s'attachent toujours aux productions de quelque mérite.
Les villes qui furent choisies par le ministre pour former ces dépôts étaient : Lyon, Bordeaux, Strasbourg, Bruxelles, Marseille, Rouen, Nantes, Dijon, Toulouse, Genève, Caen, Lille, Mayence, Rennes, Nancy. On ne pouvait mieux définir le caractère et les limites de cette décentralisation et, si dans la suite, on eût suivi le programme de Chaptal, le Louvre ne serait pas seulement la galerie la plus célèbre de l’Europe, mais encore la mieux ordonnée ; et la province serait
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incomparablement organisée au point de vue artistique.
En 1811, une nouvelle répartition eut lieu entre les villes de Lyon, Dijon, Grenoble, Bruxelles, Caen et Toulouse. Les musées de province étaient ainsi constitués et quelquesuns d’entre eux mis au rang des meilleurs. On se départit bien vite de la ligne de conduite qu’avait fixée Chaptal, et si Ton excepte quelques envois estimables faits en 1862, à la suite de l’acquisition de la collection Campana, et, en 1872, lors du déclassement des réserves du Louvre, on peut dire que l’État a fait des musées de province le lieu d’écoulement ordinaire des achats officiels.
Réglementation et réorganisation des musées des départements.
La plupart des musées des départements laissent fort à désirer sous le rapport de la conservation des œuvres d’art. On a pu dire avec raison qu’une partie du trésor artistique du pays est brûlée en été, gelée en hiver, et n’est visitée que par les souris et les rats. L’humidité surtout accomplit son œuvre de destruction, on pourrait presque dire avec une sûreté mathématique. Des œuvres souvent curieuses pourrissent dans le local appelé officiellement réserve et communément grenier. Les greniers sont une des plaies
des musées de province. Et qu’on ne nous dise pas que des tableaux ainsi séquestrés sont mauvais ! Est-il rien de plus instable que le goût public? Au début du dix-neuvième siècle, l’Embarquement pour Cythère, jeté dans un coin du grenier du Louvre, ne servait-il pas de cible aux boulettes de mie de pain des élèves de l’atelier David? D’ailleurs, une peinture médiocre peut avoir de la valeur au point de vue historique et archéologique : allez donc voir s’il n’y a que des chefs-d’œuvre à Versailles. Et quel désordre! Très rares sont les musées où l’on trouve un catalogue même sommaire.
Qu’a-t-on fait pour remédier à ce déplorable état de choses ?
En 1848, lors de la grande réorganisation des musées nationaux, Jeanson avait songé au rattachement des musées de province au Louvre. A l’instigation d’un jeune attaché qui devait, plus tard, devenir le principal réorganisateur de l’administration des Beaux-Arts, Philippe de Chennevières, des postes d’inspecteurs des musées de province, relevant du Louvre, furent décidés. Mais le marquis de Ghennevières nous apprend que cette création, mal comprise, fut accomplie avec indifférence et ne produisit aucun résultat.
Depuis, l’administration des Beaux-Arts, préoccupée de cette situation, a chargé les inspecteurs de l’enseignement du dessin d’inspecter en même temps les musées de leur région. Cette mesure intelligente qui, en même temps, ne chargeait
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par. le budget, n’a pas manqué de donner quelques résultats, puisqu’elle a permis, du moins, d’exercer une surveillance régulière et de se rendre compte du mal. Deux inspecteurs principaux, dont les fonctions sont absorbées aujourd’hui par un inspecteur général unique, furent ensuite créés. C’est grâce à ce fonctionnaire particulièrement actif et compétent que l’État a pu, à l’occasion, exercer son autorité.
Mais des mesures plus urgentes de réforme générale s’imposent.
1° Le premier et le meilleur moyen pour mettre un terme à ces négligences municipales serait qu’une bonne loi fixât, une fois pour toutes, clairement et expressément,. les droits et les devoirs respectifs de l’État et des municipalités sur les objets d’art envoyés par l’État. Comme le remarqué fort à propos M. Engerand, le régime des musées de province est encore indéterminé. On leur a accordé la personnalité civile, la faculté de capitaliser, mais on a omis de préciser l’état exact de leur personnel et de leurs richesses. La loi n’a pas nettement réglé les droits et les devoirs respectifs de l’État et des musées provinciaux et, à défaut d’un texte précis, on en est à se demander si les tableaux concédés par l’État le lurent à titre de dons ou de dépôts. Cette fausse situation n’a que trop duré; il est urgent d’aboutir à une situation nette.
2° Il faut réorganiser le personnel des conservateurs. Pourquoi l’État ne recommanderait-il
pas aux municipalités de choisir les conservateurs de musées parmi les attachés libres des musées nationaux et les anciens élèves de l’école du Louvre ? Ainsi se recruterait un personnel soigneux et compétent. Ces jeunes savants, formés h bonne école, feraient en province, soit leur carrière, soit un stage plus ou moins prolongé, avec le droit d’être appelés au Louvre en cas de vacances. Le -musée départemental serait pour eux un excellent terrain d’éducation pratique qui développerait leur esprit d’initiative, et ils apporteraient dans ces milieux provinciaux l’esprit de méthode, de classification, les soins de présentation et de conservation de ces grands établissements nationaux. Ils resteraient en contact avec le Louvre, mettraient l’administration au courant, par des rapports annuels, des changements opérés et des desiderata des collections ; solliciteraient des échanges, des envois, etc., etc. Ce serait, en même temps que le moyen de relever les grands musées de province, celui d’assurer un sort à nombre de savants fonctionnaires ou élèves méritants de l’école du Louvre qui attendent, les uns sans appointements, les autres sans espoir de mettre jamais leur intelligence et leur savoir au service de l’Etat.
Au point de vue budgétaire, cette réforme serait peu dispendieuse, puisque cette mesure ne pourrait être prise qu’au fur et à mesure des vacances produites; qu’on ne peut restreindre, à l’origine, le nombre des musées de lre classe ;