‹ L'art et la démocratieChapitre 26 sur 27 · CHEZ M. GUILLAUME TRONCHET · texte numérisé non relu

CHEZ M. GUILLAUME TRONCHET

Le jeune architecte du palais des Forêts, qui fut si remarqué à la défunte Exposition, n’a point passé par l’Ecole de Rome. Second prix de Rome, il a voyagé à travers toute l’Europe, étudiant en France, en Italie, en Espagne, en Angleterre, en Autriche, les plus beaux spécimens de l’architecture antique et moderne.

— Il y a trop peu de temps, nous dit-il, que j’ai quitté

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l’Ecole des Beaux-Arts, pour que je me permette d’en critiquer ou l’esprit ou lés méthodes d’enseignement, et les maîtres qui m’ont instruit ont trop droit à ma reconnaissance pour que j’aie la pensée de leur nuire.

Cependant, avecM. Gouyba, je pense que cet enseignement de l’Ecole s’inspire encore trop des anciennes formules et n’envisage point assez le côté vrai de notre art, l’architecture, je veux dire le côté pratique.

Il faut certes de la théorie et là-dessus je déclare que l’instruction reçue à l’Ecole est parfaite. Mais ne pourrait-on pas, ce qu’on ne fait jamais, donner pour ainsi dire des « leçons de choses » aux jeunes architectes, soit en les poussant davantage à « faire la place », c’est-àdire à travailler dans les ateliers du dehors, soit en les conduisant sur des chantiers; et n’aurait-onpas pu, par exemple, profiter des innombrables constructions auxquelles a donné lieu l’Exposition pour leur mettre sous les yeux la démonstration appliquée des théories ? En un mot , pourquoi laisser si longtemps les élèves de l’Ecole dans le bleu du rêve, pourquoi ne pas les conduire un peu dans le plâtre de la réalité.

Avant de sortir de l’Ecole, nous connaissons par le menu, et pour les avoir étudiés à fond, les principaux monuments d’architecture de l’antiquité. A quoi sert-il, par conséquent, d’aller à Rome pendant quatre ans pour uniquement y laver de façon parfaite, j’en conviens, des moulures de colonnes ou des entablements archiconnus, surtout quand ces lavis sont exécutés sur des photographies?

Je suis avec M. Couyba, quand il réclame les bourses de voyage, et je vais plus loin que lui en demandant que ces bourses de voyage soient accordées pour tous les pays du monde, pour les Etats-Unis surtout. Sans être fanatique de modern-style, j’estime que les Américains

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comprennent mieux que nous le confort d’une habitation moderne et que nous avons beaucoup à apprendre de leur exemple. Nous n’aurons pas toujours, que diable, à construire des temples ou des palais italiens. Prenons donc aux autres ce qui peut en être pris, et pour le reste, loin de nous asservir à un style, puisons aux sources mêmes de notre art national, nous y trouverons de quoi faire à la fois beau, grand et pratique.

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