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FILLE POSSÉDÉE

(Miniature de Y Hortns deliciarum d’Herracle de Lanclsberg. j>

niaques d’un intérêt beaucoup plus saisissant. Ici, c’est un possédé vêtu d’une courte tunique. Un genou en terre, les mains liées derrière le dos, le menton en avant, le cou fortement tendu, les cheveux au vent, il rend son diable dans une horrible grimace (Fig*. 14). Plus loin, par laporte entr’ouverte d’une sorte de cabanon, on voit une jeune fille les cheveux tout droits sur la tête, une jambe levée, qui expulse aussi son démon (Fig. 15). Enfin, deux autres énergumènes traduisent d’une façon vraiment remarquable, et avec des traits différents, la violence de l’agitation démoniaque. Tous deux ont les mains liées derrière le dos. Le premier, vêtu d’une sorte de pantalon, s’avance en secouant son torse nu d’une telle façon que sa longue chevelure, entièrement retombée en avant, cache tout son visage. Quant au second, simplement vêtu d’une ceinture tombante, la face tournée de côté, les cheveux hérissés, il marche, le ventre en avant, les genoux fléchis et sur la pointe des pieds (Fig. 16).

C’est avec un archaïsme plus naïf qu’un bas-relief de la première moitié du xiiic siècle représente un possédé. Il se trouve à la cathédrale de Lucques, et au-dessous on lit ces mots : « Dæmone vexation salvas , Martine Beate. »

M. Corrado Ricci le décrit ainsi : « A gauche se trouve le saint avec la croix pastorale dans une main. L’autre main, aujourd’hui brisée, s’élevait certainement dans un geste de bénédiction. Derrière lui sont deux clercs et en avant d’eux le démoniaque. Celui-ci tient la jambe gauche pliée, tandis que les autres figures se tiennent parfaitement droites, mais c’est la seule dilférence qui le distingue, et vraiment on hésiterait à le croire possédé du démon si, en outre de l’inscription, un petit démon ailé et armé de griffes qui lui piquent la tête ne montrait l’intention de l’artiste '. »

La cathédrale de Modène possède également un vieux bas-relief représentant une scène analogue. Nous en trouvons l’indication dans le livre de Ch. Cahier1 2 3 : « Saint Géminien, évêque de Modène, dit cet auteur, fut appelé à Constantinople pour délivrer la fille de l’empereur Jovien, tourmentée par le malin esprit. Un vieux bas-relief, encastré dans la; muraille de la cathédrale de Modène, retrace ce fait avec l’inscription que voici :

« Princîpis hic natam dat , pulso Dæmone, sanam. »

Au milieu des formes plus ou moins conventionnelles, gauches et naïves, dont nous voyons les premiers artistes revêtir l’agitation convulsive des démoniaques, il importe de signaler dès maintenant et de classer hors de pair un premier trait naturaliste bien saisissant et vraiment capital, car on le retrouve à chaque instant dans la figuration des possédés, et il domine pour ainsi dire la scène des phénomènes convulsifs. Nous l’avons vu faire son apparition au xie siècle, dans une miniature du Manuscrit de l’empereur Otton et sur la porte de bronze de l’église Saint-Zénon, à Vérone. Il consiste dans ce renversement exagéré du corps en arrière, que nous voyons journellement se produire sur nos malades à une certaine phase de la grande attaque hystérique, et qu’avec Charcot j’ai désigné sous le nom d 'arc de cercle L Cette extension forcée du torse était bien faite pour frapper l’imagination des spectateurs. Nous la voyons

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