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FIG. 303. — LA CHARITÉ DE SAINT MARTIN, PAR RUBENS

(Château de Windsor.)

porte un enseignement et fixe les limites de la critique scientifique des œuvres d art. N’oublions pas que les artistes n’ont eu, en définitive, qu’un médiocre souci de la pathologie. Pour eux, la peinture de la difformité ou de la maladie a toujours été un moyen et non un but. Le rôle qu’elle joue dans leurs œuvres

LES LÉPREUX

n’est jamais qu’accessoire. Nous y voyons l’occasion, nous, savants, de- juger de la sincérité de leur observation, mais il ne faut pas demander à ces manifestations réalistes plus qu’elles ne peuvent donner. Dans le cas actuel, les descriptions dç M. Kellter et de M. Meige ont un égal intérêt. Ejles prouvent la conscience de l’artiste, et, qu’il ait fait poser devant lui un syphilitique ou un lépreux, il n’en reste pas moins acquis que son étrange personnage n’est point le fruit de son imagination, mais bien la copie d’un modèle, pris dans la réalité .

Les.écoles flamande et hollandaise ont aussi leurs représentations. de lépreux . Nous y voyons, dans un tableau de Bernard van Orley (1490-1542), un type saisissant de lèpre trophoneurique. Ce n’est plus la tuméfaction bourgeonnante du'léontiasique, c’est l’atrophie de tous les tissus portée à ses dernières limites! « Un vêtement sommaire couvre les épaules et les reins de l’infirme, assis sur un tas de paille. Sa cuisse g’auche est entourée de linges. Mais tous ses autres membres sont nus. La peau, d’un brun très foncé, est collée sur les os, moulant les saillies, bridées seulement par les cordes tendineuses. Tout le corps semble momifié »

Cette figure est intéressante, c’est la seule, à notre connaissance, qui représente la lèpre sous cet aspect. Elle est si étrang'e qu’elle paraît plutôt une invention qu’une réalité ; mais, ainsi que je l’ai déjà dit, la nature elle-même, dans ses aberrations et ses erreurs-, dépasse tout ce que l’esprit humain peut imaginer.

Dans le .choix des difformités que la réalité lui montre, l’artiste est conduit par son tempérament et par son instinct artistique. D’ailleurs la nature, même en ses déviations, est féconde. Elle en a pour tous les goûts.

. Ce type momifié et comme rétréci du lépreux dont Van Orley nous offre un si curieux exemple, ne pouvait convenir au génie de Rubens. Car le maître anversois que nous avons vu se complaire pour ainsi dire dans la représentation des contorsions réalistes des démoniaques, a peint aussi un lépreux (Fig. 203). Mais c’est une lèpre proliférante et tapageuse. « Son visage est couvert de tubercules envahissant les joues, les lèvres, le nez et les yeux,

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