FIG. 213. — LA PESTE DES PHILISTINS, PAR NICOLAS POUSSIN
(Dessin du Louvre.)
moins caractéristiques. Au premier plan, des cadavres jonchent le sol. Au milieu d’eux, un homme recueille un enfant près d’une femme tombée la face contre terre; seul vivant parmi tous ces morts, il tend les bras à son sauveur. Derrière eux, s’enfuient une femme et un enfant. D’un intérêt très différent de la peinture décrite plus haut, cette esquisse n’en est pas moins remarquable par l’émotion de la mise en scène et l’habileté de la composition.
peste. 11 signale la présence de rats occupés à dévorer les cadavres de pestiférés des basreliefs en cire de Zumbo, dont nous parlerons au dernier chapitre de cet ouvrage.
Le Poussin a consacré à la peinture de la peste un second tableau, qui se trouve en .-Angleterre (collection Peter Milps, à Lèigh. Court) et qui raconte la fameuse épidémie d’Athènes1.
Pierre Mignard (1010-1695) a peint un remarquable tableau consacré également à' la représentation d’une grande épidémie antique; (Fig. ’ 214). Il compte parmi les plus, remarquables de ses: dernières années. C’est la peste d’Épire. « Tableau pathétique, dit M. Charles Blanc, dont il avait puisé, dit-on, les pensées dans la grande âme de Dufresnoy, tableau admirable que Le Poussin lui-même n’eût pas désavoué, tant l’expression en est forte, tant il y a de grandeur dans l’ordonnance, particulièrement dans l’invention de cette fontaine qui se précipite en cascade au fond du tableau et vers laquelle les pestiférés moribonds se traînent pour étancher la fièvre qui les dévore... » Mais ce n’est là qu’un détail, au milieu des épisodes de cette vaste composition. Au milieu de la désolation universelle, une grande idée surgit admirablement imprimée par le peintre, c’est celle du dévouement qui, dans ces grandes calamités, rachète la défaillance et la lâcheté du plus grand nombre. Au premier plan, un médecin succombe, victime du devoir. Il est terrassé par le fléau au moment où il allait ouvrir l’abcès de l’aisselle d’une pestiférée. II se renverse en arrière, laissant échapper la lancette et le petit bassin destiné à recevoir le pus. L’aide qui soutenait la femme se précipite pour le soutenir; derrière, un homme se détourne avec effroi devant un coup aussi subit. Nous signalerons, sans y insister, l’intention naturaliste du peintre qui a placé l’abcès pestilentiel à son siège d’élection, dans l’aisselle, comme nous l avons rappelé plus haut. Un peu plus loin sur la droite, un homme, accompagné de plusieurs aides, distribue des secours et des médicaments, pendant qu’un autre donne a boire à un pestiféré. Dans l’angle de gauche, c’est une jeune femme qui cherche à administrer quelque .calmant à une malade étendue à terre, et près; de laquelle une jeune fille et un enfant répandent des larmes. Ailleurs, c’est une jeune mère expirante qui porte encore sur les genoux Je cadavre de son enfant; c’est un homme qui transporte dans ses bras une grande jeune fille ; c’est une mère qui s’arrache les cheveux à la vue de son enfant qui vient d’expirer.
1. La peste d'Athènes, gravée par J. Fifctler, faisait partie vers 1837 de la collection Peter Miles, à Leigh Court (Angleterre) : Smith l’a décrite dans son Catalogue raisonné (VIII, n° 169) et en a vanté le caractère dramatique et saisissant.
d’Audran, chalcographi