‹ L'art et la médecineChapitre 117 sur 191 · CONSTANTIN DONNE ROME · texte numérisé non relu

CONSTANTIN DONNE ROME

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un infirme qui paraît assez bien se porter (Fig\ 233). Cet homme musclé comme un hercule se traîne sur les genoux, les jambes attachées sur des espèces de longs coussinets. Le mouvement de la tête cache complètement le visage ; les jambes, à en juger par leur volume et les reliefs musculaires qu’elles accusent, n’ont pas un air de santé moins robuste que le reste du corps.

La guérison du paralytique à la porte du temple par saint Pierre et saint Jean a donné naissance à plusieurs autres œuvres remarquables que l’on pourrait classer en deux catégories suivant que l’infirme, comme dans la

Donation de Rome, '-présente' toutes les apparences d’un homme bien portant, parfois, d’apparence athlétique, ou bien, comme dans la Guérison du boiteux , porté les marques indéniables d’un mal incurable.

Au premier groupe nous rattacherons un tableau du Vatican de Ludovicus Cigolius (1559-1613), dans lequel l’infirme, bien que grabataire, nous montre

des membres bien musclés (Fig. 234).

Il en est- de même d’un tableau de Domenico Piola (1628-1703) dans l’église de Sainte- Marie de Carignano à Gènes (Fig. 235). Le paralytique, renversé sur des étoffes et appuyé sur un fragment de chapiteau, nous montre un corps aux formes pleines, qui sont plutôt d’un jeune héros que d'un infirme. Seule la tête osseuse, avec ses pommettes saillantes, son front bas, et les oreilles déformées, rappelle le type rachitique choisi par Raphaël.

C’est à la même série qu’on pourrait rattacher un infirme d’un tableau de l’École florentine de la fin du xve siècle (musée de Berlin), représentant Une scène de la vie de Tobie (Fig. 236). Un infirme s’avance appuyé sur deux béquilles; il a, en effet, une jambe de moins, mais il est d’autre part si parfaitement bien bâti, qu’il nous faut croire' que la perte de son membre est diie à un traumatisme accidentel qui d’ailleurs n’a pas altéré sa robuste santé.

Les .autres tableaux représentant la Guérison du paralytique ci la porte du Temple dont- il nous, reste a parler sont plus intéressants pour nous, parce qué nous y relevons les signes manifestes de la maladie. C’est ce que nous voyons sur un tableau de Nicolas Poussin (1594-1665) (Fig\ 237).

Brogi, phot.

FIG. 235. — SAINT PIERRE GUÉRIT UN INFIRME, PAR DOMENICO PIOLA. (Église de Sainle-Marie de Carignano, Gènes.)

LES INFIRMES

Assis à terre sur les marches du Temple, le boiteux est un homme encore jeune dont le pied gauche offre un type de contracture en pied bot équin direct. La bonne musculature de la jambe malade et l’état général du sujet qui n’est pas trop émacié nous permettent de conclure que le boiteux représenté par Nicolas Poussin offre toutes les apparences d’un sujet hystérique atteint de contracture localisée au pied.

Je signalerai également une gravure, d’après un dessin du peintre hollandais Martin van Heemskerck (1498-1574), retraçant la même scène (Fig. 238). Comme ailleurs, c’est saint Pierre qui opère le miracle en prenant la main du malheureux, qui est ici un hémiplégique parfaitement caractérisé. La paralysie du côté gauche du corps a entraîné la déformation du pied et de la main de ce côté. L’aspect de ces parties en même temps que la localisation du mal à un même côté du corps trahissent une juste observation de la nature. La main gauche que saisit le saint paraît gonflée avec les doigts crispés et l’on peut se demander s’il ne s’agit pas d’une faute du graveur ou bien si réellement cette déformation est voulue. Dans cette dernière hypothèse on pourrait peut-être rapprocher ce dessin de la gravure d’Albert Durer et voir dans ce malade un lépreux.

Une toile peinte du xvie siècle, appartenant à l’hôpital de Reims, met en scène autour de la piscine probatique une collection d’infirmes et de malades de toutes sortes. Nous y relevons, relativement aux mutilés, un détail que nous retrouvons dans un grand nombre de gravures de l’époque. La section du membre est nette et laisse voir en son milieu la coupe de l’os qui dépasse même quelquefois. C’est un trait qui ne peut avoir été emprunté qu’aux étals des bouchers. Inutile d’insister sur le côté conventionnel d’un tel mode de représentation de la mutilation.

Un bas-relief de Renedetto da Rovezzano (1480?-1550?), au musée des Office, à Florence, représente la translation du corps de saint Jean Gualbert (Fig. 239). Le corps du saint est porté par des moines, et tout autour se pressent des malades dans l’espoir d’une guérison. Dans le coin, à gauche, une jeune fille est étendue à terre, plusieurs personnes s’empressent autour d’elle. Tout à côté un infirme se panse la jambe.

Sur la droite, on amène un possédé, et, tout à fait dans l’angle, se passe une scène touchante qui nous intéresse plus particulièrement, et sur laquelle nous

allons insister. Un jeune infirme a laissé tomber sa béquille, et deux hommes s’apprêtent à le soulever pour l’approcher de la sainte dépouille. L’enfant se laisse faire, les mains jointes, partagé entre la crainte et l’espoir, heureux du secours qu'on veut bien lui prêter, car l’état de ses pauvres jambes ne pouvait lui permettre qu’une marche laborieuse et bien difficile. En effet, ses pieds, bien qu’ils reposent à terre, sont tordus la pointe en dedans, et les membres inférieurs, dans toute leur étendue, le droit surtout, paraissent roides. Ces pieds bots ont quelque chose de très caractéristique : on remarquera que les muscles

des jambes ne .sont pas atrophiés et que les pieds, bien qu’immobilisés dans une attitude vicieuse, ne sont le siège d’aucune déformation.

C’est bien l’aspect de ces contractures hystériques des membres inférieurs si fréquentes chez les jeunes sujets. Il se dégage, de cette figure un tel accent de sincérité et de vérité, qu’elle pourrait servir de thème à une longue dissertation scientifique sur les accidents de Yhystérié, locale.

J’ai donné plus haut la description de plusieurs gravures du célèbre maître allemand Hans Burgkmair (1473-1559?). Ces gravures, consacrées à l’iconographie chrétienne, avaient pour nous un intérêt tout spécial à cause de la représentation fort habile et très exacte des lépreux. Nous connaissons du même maître une suite de quatre dessins plus profanes, quoique spécialement consacrés à la figuration clés infirmités humaines. Ce ne sont plus des tableaux de dévotion, mais des sortes d’estampes morales. Pour la plus

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