FIG. 270. — • LE CHIRURGIEN . FLAMAND, PAR TENIERS
(D’après la gravure de J. Daullé, Cabinet des Estampes.)
table à têtes de dauphin. Sur le même siège, dont le dossier droit porte le même chapeau, un nouveau client s’est assis. C’est un vieillard chauve et à barbe blanche, assez semblable aux clients des tableaux de Cassefl et de Buda pest. Sa pose penchée, les mains sous le jarret, le pied sur un escabeau, ne varie pas. Il n’en est pas de même de celle du pédicure qui, au lieu d’être franchement de profil, un genou en terre, est vu deTrois quarts assis sur un talon. Cette attitude a moins de franchise et de correction que la première. L’opération <4 laquelle il se livre ne change point. Il retire avec précaution un vieil emplâtre du dos du pied ; mais, au lieu d’être absorbé par sa besogne, il jette
LES MALADES ET LES MÉDECINS
un regard vers le patient, comme pour lui demander s’il né souffre pas. C’est la même mimique que Teniers le père avait donnée à son pédicure du musée d’Amiens.
La mise de notre praticien est peut-être un peu moins recherchée. Il porte néanmoins le bonnet garni de fourrure.
La vieille comparse a été remplacée par une plus jeune portant chapeau de paille et même panier, mais tenant un enfant dans ses bras.
Lejeune aide, près de la table, l’œil distrait, tourné vers le spectateur, pré-
K-IG. 277. — UNE OPÉRATION CHIRURGICALE, PAR DAVID TENIERS. (Musée du Prado, Madrid.): :
parc une drogue dans un mortier. La table est garnie des accessoires ordinaires, bouteilles, pots de diverses formes, paquets en papier, et sur le devant trois ou quatre petits corps ronds qu’on pourrait prendre pour des pierres. Nous verrons plus loin que ce détail peut avoir son importance, en rappelatit que notre pédicure savait, àl’occasion, pratiquer les opérations oharlatanesques'des « pierres de tête ».
A terre, auprès du chirurgien, quelques fioles et des instruments ; à droite le banc avec le plat à barbe ; à gauche, les dames-jeannes.
Dans les cinq tableaux consacrés à des pédicures dont il vient d’être parlé — -
un de Teniers le père et quatre de Teniers le Jeune — l’expression des personnages qui jouent la scène principale est partout la même. La correction du geste de l’opérateur, l’attention inquiète de l’opéré qui ne grimace point, la compassion bienveillante de la commère, enfin la sollicitude distraite du jeune aide qui, tout en faisant chauffer son emplâtre, suit des yeux l’opération ou regarde de côté, sont des traits biens réels, réitérés toujours avec le même bonheur, d’une expression calme et saisissante par l’accent de vérité qui s’en dégage.
Teniers le Jeune nous montre ; encore lés quatre mêmes personnages dans un autre tableau 1 aujourd’hui au musée du Prado, à Madrid, intitulé Une opération chirurgicale , mais avec une disposition un peu différente, parce que l’opération porte sur la tête (Fig. 277).
Le patient, assis de profil sur un banc assez bas, forme le centre du g'roupe. En arrière, l’opérateur, bien d’aplomb, un pied posé sur le banc, tout près du malade, se penche sur lui. S’appuyant presque sur ses épaules, il dirige de la main droite un instrument, sonde ou bistouri, sur la tête de son client, qu'il maintient solidement de son autre main. Cette attitude est certainement lapins propre, en l’absence d’aides plus ou moins nombreux, à assurer la réussite de l’opération. De l’autre côté, la femme au tablier et au panier. Plus loin, le jeune garçon à l’emplâtre. Dans les expressions des physionomies, celle du patient est la seule qui diffère de celles que Teniers nous a montrées jusqu’ici. Sa fig’ure toute contractée, les yeux fermés, la bouche grande ouverte, nous donne l’image très sincère d’une douleur qui ne se contient pas et s’épanche en véritables hurlements, mais sans la note grimaçante et caricaturale que Brauwer et Y. Ostade ont souvent: accentuée."
Moins le jeune homme à l’emplâtre, ce sont encore les mêmes personnages que David Teniers met en scène dans une opération qui a lieu, cette fois, sur l’épaule, tableau dont nous ne connaissons que la gravure (Fig’. 278). La physionomie du patient avec la bouche ouverte, les yeux grands ouverts, les sourcils relevés, peint l’effroi plutôt que la douleur.
Teniers a pris plaisir à peindre, dans plusieurs de ses œuvres, les actions humaines parodiées par des singes. Il a dessiné des sing’es qui fument, qui jouent aux cartes, au trictrac, qui mangent des huîtres, etc... Il les a figurés aussi dans le rôle des barbiers pédicures.