‹ L'art et la médecineChapitre 136 sur 191 · DE CAMPAGNE · texte numérisé non relu

DE CAMPAGNE

LES MALADES ET LES MÉDECINS

toyant davantage, mais avec le même geste penché de la tête et du corps pour regarder la plaie du client. L’apprenti, gamin frisé, debout derrière sa table, chauffe sur un réchaud l’emplâtre qui remplacera tout à l’heure celui que détache son patron. Lui aussi regarde l’opéré et semble négliger sa préparation.

« La même cloison de planches, servant de séchoir à un linge, nous sépare d’une pièce contiguë, éclairée par une fenêtre à vitraux, l’étuve peut-être?... Le mur du fond est creusé de la niche qu’habite la bouteille à bouchon de papier. Des fioles, des bocaux s’alignent sur une tablette, au-dessus de rasoirs et bistouris. Les cruches, les pots d’ong’uent, les bouteilles, le plat à barbe, le banc, le poêle à pieds de chien, la table à têtes de dauphin et le portrait-charge sortent bien de la même fabrique que les accessoires identiques des barbiers de Gassel et de Budapest. Le hibou renfrogné ne manque pas à la fête. Mais le poisson pendu est devenu iguane. Enfin, un nouvel animal vient égayer la scène : un singe, perché sur la cloison de bois, retenu par une chaîne, jouant avec une pomme en pleine lumière, et dans une amusante posture. C’est le singe de Teniers, un familier de sa maison qu’il introduisit souvent dans ses parodies, l’habillant en homme, le faisant peindre ou jouer du violon...

« Deux petites fioles à long' col et à ventre sphérique trouvent aussi leur utilisation dans cette chirurgie locale. Lorsqu’elles ne contenaient pas quelque précieux topique, elles étaient simplement remplies d’eau, et, faisant l’office de loupes, servaient à concentrer les rayons lumineux sur le siège du mal. Nous les retrouverons dans presque tous les tableaux représentant des pédicures, sans que cependant les opérateurs aient l’air de les employer dans ce but. »

11 est intéressant de rapprocher du Chirurgien de campagne , dont on vient de lire la description, une autre gravure que je viens de trouver au Cabinet des Estampes, intitulée le Chirurgien flamand (Fig. 276), tant à cause des ressemblances frappantes qui existent entre les deux estampes qu’à propos des différences qu’on y peut rencontrer. De semblables analogies se retrouvent dans les tableaux de Cassel et de Budapest. Ainsi que l’a signalé M. Meige, elles témoignent de l’intérêt que le maître prenait à peindre ces sujets médicaux, en même temps que du succès qu’ils rencontraient auprès du public. On retrouve dans ces différentes œuvres, les mêmes acessoires qui, différemment placés, formaient un nouveau tableau, et les mêmes personnages, ainsi quejel’aidéjà

dit, dans des attitudes peu variées. Mais nulle part les similitudes n’éclatent avec tant d’évidence que dans les deux g’ravures dont il s’agit.

D’abord, disposition semblable de la pièce où se passe la scène. La cloison de planche, à droite, est plus haute ; le hibou a remplacé le singe. La fenêtre de l’arrière-pièce a disparu.

Au plafond, le poisson remplace l’iguane.

Les meubles sont les mêmes, disposés différemment : même poêle, même

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