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CONCLUSION

Si le lecteur a bien voulu nous suivre jusqu’ici, il a pu constater que la série des œuvres d’art consacrées à la représentation des maladies et des difformités est longue, plus longue peut-être qu’il ne le supposait. Et cependant je n’ai point la prétention de l’avoir donnée complète. Elle reste ouverte et de nouvelles recherches l’allongeraient certainement encore. Comment les artistes que nous nous figurons volontiers, toujours en quête d’idéal, transportés sur les ailes de l’imagination au pays du rêve où rayonne la beauté supra-humaine, ont-ils pu descendre jusqu’à se complaire, non seulement dans la réalité saine et forte, mais jusque dans ce que la nature a d’imparfait, d’incorrect, parfois même de monstrueux? Devons-nous voir là une simple exception, une exception qui confirme la règle, ou bien plutôt cette rencontre de tant d'artistes éminents, de pays et d’époques si divers, en dehors des sentiers battus, ne renferme-t-elle pas en elle-même un enseignement qu’il importe de mettre en lumière?

11 nous apparaîtra avec une grande évidence, cet enseignement, si; nous dégageant des préjugés d’une certaine éducation, nous pensons que le domaine de l’art n’est peut-être pas aussi restreint qu'on l’a enseigné bien souvent, et qu’en tout cas, il n’est pas limité à ces temples où se célèbre le culte exclusif de la traditionnelle beauté.

Sans entrer dans les discussions plus ou moins vaines de l’esthétique, ni chercher à définir, une fois de plus, les termes demeurés jusqu’ici indéfinissables de « beau » et de « beauté », il nous semble que l’œuvre des artistes que nous venons d’étudier, semblable à ces cas tératologiques qui nous éclairent sur la constitution des êtres normaux et complets, peut nous fournir sur l’objet et le but des beaux-arts d’utiles et précieuses indications.

N’en devons-nous pas conclure, en effet,, que l’art ne doit pas se borner à la reproduction d’une seule catégorie d’êtres spécialement choisis et nécessairement variables suivant les époques, le goût et la mode, que l’art n’a point à subir les entraves des théoriciens et des écoles et que le seul maître qu’il doive servir avec respect c’est la nature elle-même, et non pas une nature choisie et comme triée sur le volet, mais la nature tout entière ?

Tout ce qui vit et palpite ici-bas, ce que nous appelons beau comme ce que nous appelons laid, les êtres comme les choses, car l’inerte matière a aussi sa vie, est son domaine. Il est vaste comme le monde, éternel comme lui. Son rôle est de nous donner, dans ses œuvres, une fidèle image de la vie partout répandue, et son but est de faire passer dans l’àme de tous les pensées qui hantent le cerveau, les émotions qui agitent le cœur de tous ceux qui parlent le langage des formes en maniant l’ébauchoir ou le pinceau.

J. Laurent, phot.

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