FIG. 37. — LE MIRACLE DE SAINT NIL, BAR LE DOMINIQUIN
(Fresque du couvent de Grotla Ferrata.)
caractères qui diiférencient cette attitude opisthotonique de « l’arc de cercle ».
C’est à l’hystérie, pensons-nous, qu’il convient de rattacher l’attitude donnée par le Dominiquin à son jeune démoniaque. Les critiques de Charles Bell tombent alors d’elles-mêmes ; l’arc de cercle hystérique peut exister avec l’ouverture de la bouche et l’écartement des membres supérieurs. D’ailleurs, tout porte à faire croire que le Dominiquin a pris son modèle sur la nature, et le
spasme silencieux du véritable tétanos offre bien peu de prise à l’interprétation démoniaque.
Pour conclure, nous ajouterons que le démoniaque du Miracle de saint Nil doit être considéré comme une de ces figures dont parle le comte H. Delaborde, et dans lesquelles l’élève des Carrache oublie les procédés de ses maîtres, pour s’en tenir à une interprétation de la nature sincère, mesurée et toute pleine de charme .
L’Italie nous offre encore bien d’autres tableaux de Possession. Mais nous nous contenterons de les signaler en note S à titre de curiosité, parce qu’après les œuvres maîtresses que nous venons d’étudier, ils n'ont plus rien à nous
1. Nous devons la connaissance d’un tableau de Jean-Baptiste Garbi, 1698 (église San Salvadore à Vajano), au Dr Tommaso Toinmasi, de Florence. Des photographies imparfaites à cause de l’obscurité de l’église où il se trouve ne nous ont pas permis de l’apprécier dans ses détails. 11 est d’ailleurs d’ordre secondaire, et son auteur est peu connu.
Ce tableau peint sur toile est de grande dimension (5 mètres sur 6). Il se trouve au milieu du chœur de l’église S. Salvadore à Vajano. Cette église appartint aux moines de Vallombrosa de 1073 jusqu’en 1808.
On lit en haut du tableau : En salvator adest, Gualberlo nomine, cujus obsessam dominam libérât ense crucis. Et en bas ; 1G98. Iiylarion Garbi juxit. Joannes Baptista ei frater pinxitque. Flora utriusquë parens.
Le miracle, c’est-à-dire la guérison de la possédée, eut lieu, dit-on, dans la chapelle de Saint- Jean Gualberto qui se trouve au milieu du bois de Vallombrosa.
Une femme nommée Taddea, dame de Prato, possédée du démon, fut conduite par son père, qui se voit à genoux dans la partie inférieure du tableau, à ladite chapelle du bois de Vallombrosa. Elle-même occupe le milieu de la toile, elle est soutenue par deux ouvriers du bois qui la maintiennent avec peine. Au-dessus d’elle un moine, Hylarion Garbi, élève la main gauche pendant que de la main droite abaissée vers la possédée il tient la croix dont avait fait usage saint Jean Gualberto lui-même.
Une figure allégorique nue symbolise l’été.
Ce miracle est rapporté tout au long dans la Vie du glorieux père saint Jean Gualberto , fondateur de l'ordre de Vallombrosa, etc., etc., par P. D. Eudosio Loccatelli de Sainte-Sophie, Florence, MDLXXXI, chez Georges Marescotti. 11 paraît que la guérison n’eut pas lieu du premier coup. Lorsque la possédée, une fois guérie, retournait à l’hôtellerie, hors du couvent et loin de la chapelle, le diable revenait de plus belle prendre possession de la victime, ce qu’on reconnaissait, dit le narrateur, à des signes non douteux. Ce manège recommença plusieurs fois. Enfin le prêtre prit le parti d’accompagner l’exorcisée avec la croix de saint Jean jusqu’à l’endroit où le diable avait l’habitude d’en reprendre possession; cette fois le diable partit, et malgré les menaces qu’il proféra en quittant la place il parait qu’il ne reparut plus. C’était un diable plaisant et naïf qui, par la bouche de la fille, expliquait au milieu d’éclats de rire et de bouffonneries comment il savait céder à la force pour revenir une fois le danger passé.
Dans une ancienne église de Varallo dédiée à saint Gaudenzio, on voit une série de tableaux représentant des épisodes de la vie du saint, et peints par un artiste valsésien du xvuc siècle Pierre-François Gianoli. L’un d’eux représente une noble dame de Novare conduite au tom-
LES DÉMONIAQUES
apprendre, et aussi parce que les Flandres nous attirent en nous promettant les documents les plus décisifs et les plus importants.
Les débuts dans l’École flamande ne diffèrent point de ce qu’ils ont été ailleurs pour la représentation des possédés. C’est toujours le même personnage « agité », chargé de . chaînes, et de la bouche duquel s’échappe un petit diablotin. Aussi ne nous y arrêterons-nous pas.
Une mention spéciale, cependant, doit être faite d’un panneau peint de la cathédrale Saint-Rombaut, à Malines1. Ce panneau fait partie d’une suite de vingt-cinq tableaux qui représentent la vie de saint Rombaut.
Ils sont probablement l’œuvre de peintres différents, et ont subi des restaurations vers le milieu de notre siècle. On les a attribués à Michel Yan Coxcyen (Malines,
1499-1572), mais plusieurs semblent antérieurs et rappellent le vieil art flamand du xve siècle. Quelques-uns se rapportent à des scènes de guérison ou d’exorcisme.
Celui qui nous intéresse plus particulièrement représente saint Rombaut exorcisant un démoniaque au milieu d’un paysage boisé et montagneux (Fig. 38).
beau de saint Gaudenzio pour y être délivrée du démon. La malade est soutenue par deux suivantes. Au-dessus d’elle deux diables s’envolent*.
Dans le couvent de saint François de Sales (Couventino) à Florence, il existe un tableau de maître inconnu qui représente le Christ délivrant un possédé et dont le D1' Tommaso Tommasi a eu l’obligeance de nous envoyer la photographie **.
Autant que nous en pouvons juger, on peut l’attribuer aux périodes de décadence du xvne siècle. Les personnages ne sont vus que jusqu’à mi-corps. Le possédé lève les deux mains la paume ouverte en avant, il montre une face amaigrie dont la bouche ouverte laisse échapper un nuage de fumée.
1 . Documents inédits sur les Démoniaques dans l'art , par Paul Richer et Henry Meige. — Nouv. lconogr. de la Salp., 189G, p. 99.
* Nous devons la connaissance de ce document à l'obligeance de MM. Giuseppe Antonini et Carlo Mariani de Turin.
** Ce tableau fut donné par la noble famille patricienne de Florence da Verrazzano , au couvent Saint-François de Sales lors de la fondation il y a environ deux siècles.
Le possédé est assis par terre, les bras et les jambes garrottés à l’aide de solides armatures de fer qui retiennent les membres accolés l’un à l’autre.
Le haut du corps est penché en avant; la tête tournée à gauche fait une horrible grimace. Cheveux hérissés, yeux grands ouverts et convulsés, bouche de travers d’où sort un diablotin sautillant.
Ce possédé est à peine couvert d’un vêtement jaune-orange, tout en loques, laissant à nu ses jambes et ses avantbras.
Le désordre de son costume sommaire témoigne de la violence de ses crises, et les énormes fers qui l’emprisonnent, suivant la tradition biblique, confirment bien les récits du temps sur les cruels traitements qu’on réservait aux malades de son espèce.
Son attitude est bien rendue. Il semble qu’il ait été saisi faisant les «mouvements de salutations » de l’attaque hystérique, les seuls, d’ailleurs, que lui permettent ses fers.
Un autre détail est intéressant à relever, c’est la contracture très nette de la main droite dont les doigts sont crispés sur la paume, tandis qu’à g’auche la main tombe flasque et comme paralysée sur l’avant-bras.
Les jambes sont raides, en extension forcée, et les pieds, assez ma! indiqués d’ailleurs, semblent contournés la face plantaire en dehors.
Un autre tableau de la même série (Fig. 39), représente la guérison des malades au tombeau de Saint-Rombaut. Dans l’angle de droite on distingue trois possédés. L’un d’eux soutenu par deux aides s’avance les jambes fléchies, le corps renversé en arrière, et les deux poig’nets serrés dans les menottes déjà figurées dans le tableau précédent.
Avant d’aborder l’étude des possédés de Rubens, qui nous retiendra longuement, je dois dire deux mots d’un dessin de son maître, Adam Van Noort