‹ L'art et la médecineChapitre 18 sur 191 · FIG. 3G. — SAINT BENOIT GUÉRISSANT UN POSSÉDÉ, PAR LOUIS GARRACIIE · texte numérisé non relu

FIG. 3G. — SAINT BENOIT GUÉRISSANT UN POSSÉDÉ, PAR LOUIS GARRACIIE

(Gravure de Simone Carïtarini, d’après une fresque du cloître de Saint-Micliel in Bosco, à Bologne.)

que la critique moderne a généralement confirmée, et à laquelle nous apportons notre modeste appoint.

La fresque de Louis Carrache est dans le cloître de Saint-Michel in Bosco, à Bologne (Fig. 36). Elle représente saint Benoît guérissant un possédé. L’énergumène se débat, maintenu et porté par deux hommes. Le désordre des vêtements qui laissent la poitrine à nu, les mouvements violents des jambes et la saillie de la langue sont, à notre avis, les points les plus intéressants qui méritent d’être signalés. Mais les membres supérieurs, les mains ouvertes tendues

la paume en avant, ont une attitude absolument opposée à toute idée de convulsion; la figure elle-même, à part la saillie de la langue déjà signalée, n’offre aucun trait caractéristique; enfin, les membres inférieurs, malgré leur agitation, ne portent aucune marque tant soit peu précise des spasmes ou contractures habituels aux crises démoniaques.

Il y a loin, entre cette figure tumultueuse et vide et le jeune possédé du Dominiquin, dont l’attitude si simple, et cependant si vraie, nous montre — avec les yeux convulsés en liaut, le renversement rigide de tout le corps en arrière, l’extension forcée des pieds — des signes absolument typiques et conformes à la réalité.

Aussi n'hésitons-nous pas à placer, à notre point de vue spécial, le possédé du Dominiquin bien au-dessus de celui de Louis Garrache.

Le possédé du Dominiquin ne se débat pas. Un homme seul le soutient par derrière, pour l’empêcher de tomber plutôt que pour le contenir; il n’en présente.pas moins tous les caractères de la « grande attaque » sous soi! mode qui paraît être le plus fréquent chez les jeunes garçons, c’est-à-dire représentée par la phase des « contorsions » de la deuxième période.

L’attitude figurée par le Dominiquin n’est autre que celle que nous avons désignée sous le nom « d’arc de cercle » (Fig. 37). Tout le tronc rigide est côurbé en arrière, les membres inférieurs contracturés dans l’extension, ne reposent que sur les gros orteils; on remarque, en outre, un léger degré, de rotàtion en dedans; la tête elle-même, légèrement tournée de côté, paraît ranfienée de force en avant par l’aide. La convulsion a envahi aussi la face; les yeux sont convulsés en haut, et la bouche est ouverte. L’introduction de l’index de l’exorciste dans la bouche nous permet de supposer que la mâchoire inférieure est immobilisée en cette situation par la contracture. L’attitude des bras est la seule partie de cette fig’ure qui, dans l’hypothèse où nous nous plaçons, puisse donner prise à la critique. Nous savons, en effet, que pendant la « contorsion » les poings sont d’ordinaire fermés, et les avant-bras plutôt en supination qu’en pronation.

Charles Bell, l’éminent physiologiste, rapproche l’attitude du jeune possédé du spasme opisthotonique du tétanos.

« Ce serait, dit-il, la vraie position de l’espèce de contraction musculaire ou de tétanos appelée opisthotonos, parce que le corps est renversé en arrière, si

les mains n’étaient pas déployées, les doig’ts ouverts et la mâchoire abaissée. Pour que la représentation fût tout à fait naturelle, il aurait fallu que le démoniaque grinçât les dents. »

Charles Bell donne comme point de comparaison le dessin d’un soldat atteint d’opisthotonos, à la suite d’une blessure à la tête. Il établit ainsi les

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