LEQUEL FUT BAILLIE ET PROMECTANT BAILLE LE CORPS SAINT LAURENS
« Ici la scène de possession est reléguée au second plan. La princesse est au milieu de la
(XVe siècle.)
LES DÉMONIAQUES
sur son lit toute habillée, les mains jointes et comme frappée de stupeur. Une légende nous conte l’histoire.
Une pucelle avait le diable au corps,
Qui, au sortir, à dure mort la livre,
Saint-Rémy faict que par divins recors,
La ressuscite et du mal la délivre.
Faut-il conclure de ce récit que les crises de la possédée avaient du revêtir les caractères de la léthargie ? Le petit nombre des assistants, l’attitude de la malade plaident dans ce sens. Et la chose n’a rien que de fort plausible, car les auteurs du temps nous racontent, par quelles alternatives contraires, depuis l’immobilité de la mort apparente, jusqu’aux plus violentes convulsions, le diable faisait passer les malheureuses qu’il possédait, et nous savons que de nos jours la grande névrose est coupable des mêmes méfaits.
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Les plus anciennes gravures relatives aux possédés (Fig. 59 et 60) que nous connaissions sont trois g’ravures sur bois
exécutées d’après les dessins de Hans Bürgkmaier (1473-1559 ?) et qui font
FIG. 59. — SAINT RÉMY DÉLIVRE UNE PI QUI ; AVAIT. L)3 DIABLE AU CORPS de Reims, xyi0 siècle.)
(Tapisseri
plus vive agitation. Elle se renverse, soutenue par deux aides, étendant les bras et le visage dirigé en haut.
« II. — Eudopia possédée du démon , déclare , dans l'un de ses accès , que saint Étienne veut reposer près de saint Laurent.
« La princesse est agenouillée sur le premier plan en proie à un accès de délire ; elle se renverse sur le côté droit les deux bras levés, les mains à hauteur de la tête, la paume tournée en avant, dans un geste qui rappelle celui de l’étonnement; près d’elle est un personnage qui semble être un médecin ; dans le fond est le souverain pontife entouré de hauts personnages de l’Église. «
Légende :
« CÔME LE CORPS S. EsïIENE EST APPORTÉ EN L’ÉGLISE DE S. PlERRE MAYS LIS DIABLE PAR LA BOUCHE DE LA FILLE DIT QUE LEDIT S. ESTIEN VOULLAIT ESTRE PRÈS DE CELUY DE S. LAURENT. »
partie d’une suite de planches représentant les saints et saintes issus de la famille de Maximilien Ier.
(Gravure sur bois, d'après un dessin.)
Les trois démoniaques sont conformes à la tradition. Deux sont des jeunes fdles dont l’une est nue jusqu’à la ceinture, le troisième est un homme vigoureux. Ils se contorsionnent d’une façon violente pendant qu’un diable fantàs-
les démoniaques.
tique s’échappe de leur bouche. Mais les exorcistes ont trouvé un ingénieux moyen de contenir les énerg-umènes. Us sont tous trois solidement attachés
FIG. 61. — SAINT HUGUES, ÉVÊQUE DE llOUEN, EXORCISANT UN POSSÉDÉ. (Gravure sur bois, d’après un dessin de Hans Burgkmaier.)
aux piliers de l’église par des liens qui entourent les épaules, le torse et les mains. Un semblable résultat était ailleurs obtenu d’une autre façon. Dans la chapelle des Bienheureux, par exemple, à Vallombroso, chapelle renommée pour la guérison des démoniaques, existent près de l’autel deux grands creux
assez profonds pour qu’un homme y disparaisse jusqu’au sommet dé la poitrine. 11 paraît que l’on introduisait le possédé dans l'un de ces trous et que dans l’autre pénétrait l’exorciste.
Le bénitier lui-même était parfois assez grand pour remplir le même office et le possédé y était plongé tout entier, ainsi que nous le montre une gravure de Sébastien Le Clerc (Fig. 62), dédiée à l’abbesse des religieuses bénédictines de Vergaville, « lieu célèbre par la délivrance des énergumènes, possédés ;et autres malades travaillés de sortilèges ». Le goupillon à la main, saint Eustase, abbé bénédictin, s’avance vers le malheureux, revêtu d’une étole dont l’abbé retient les deux extrémités et maintenu dans le réservoir sacré par un aide vig’oureux.
Pantagruel assista dans l’ile des Papefigues à une cérémonie analogue :
« En la chapelle, entrés et prenant de l’eau bénîste, apperceusme, dedans lé benoistier un homme véstu d’estoles, et tout dedans l’eau caché, comme un canard au plonge, excepté un peu du nez pour respirer. Autour de luv estaient trois prebstres bien ras et tonsurés, lisans le grimoyre, et conjurans les diables ’. »
On peut se faire une idée de l’aspect que pouvaient prendre de semblables scènes, pour peu que le cas de possession ait eu du retentissement.
Une gravure de 15751 2 nous raconte par le menu comment se fit l’exorcisme d’une jeune possédée de Vervins, qui eut lieu en grande pompe en l’église Notre-Dame de Laon par l’évêque de cette ville. Les cérémonies de l’exorcisme seulement durèrent neuf jours. La possédée était une jeune mariée, Nicole Aubry, âgée de seize ans. La gravure reproduit en un même cadre tous les événements qui se succédèrent pendant ce laps de temps.
« Le premier jour, dit la légende de la gravure, Nicole Aubry fut amenée à l’église par plusieurs hommes, qui la contenaient avec peine ; les jours suivants on la porta dans son lit, derrière la châsse de Notre-Dame, la croix et le Saint- Sacrement. Après avoir fait trois fois le tour de l’église, elle était placée sur un matelas derrière le choeur. La procession finie, un cordelier faisait le sermon.