POSSEDE, PAR SEBASTIEN LE CLERC
carte, vingt-six furent chassés à Notre- , (Gravure.)
Dame de Liesse ; le diable Légion fut
expulsé à Pierrepont ; Astaroth, Cerbère, enfin Belzébut, le plus puissant de tous, à la cathédrale de Laon, le dernier jour de l’exorcisme.
On voit combien il fallut de temps et de cérémonies différentes pour chasser tous les diables qui possédaient la pauvre fille.
Il habituel, en effet, que le diable habitât en société le corps où il avait élu domicile, . et la compagnie était toujours nombreuse. Les phénomènes si variés que présentaient les démoniaques avaient frappé les exorcistes et il était bien naturel d’attribuer à un diable différent, chacune des formes si opposées, parfois même si contradictoires que pouvait revêtir la convulsion. La sœur Agnès de Loudun, par exemple, était tourmentée par quatre démons. Asmodée qui la taisait paraître en rage, «secouant diverses . fois la fille en
avant et en arrière et la faisant bastre comme un marteau avec une si g’rande vitesse que les dents lui en craquaient et que son gosier rendait un bruit forcé... son visage devenait tout à fait méconnaissable, son reg'ard furieux, sa langue prodigieusement grosse, longue et pendante ». Mais Béherit, qui est un autre démon, lui faisait un second visage riant et agréable, qui était encore diversement chang’é par deux autres démons, Acaph et Achaos L
Tel autre diable présidait aux crises de léthargie, tel autre aux crises de catalepsie, ou de somnambulisme, tel autre encore prophétisait et parlait latin, etc., etc.
Et lorsque la possédée appartenait à une congrégation religieuse, la contagion sur ce. terrain éminemment propice ne tardait pas à se développer. L’on voyait alors se produire ces terribles épidémies de possession démoniaque qui ont laissé, dans l’histoire de si lugubres traces.
Mais nous n’avons ..pas à raconter ici ces drames effrayants au récit desquels l’imagination demeure aujourd’hui confondue et qui se terminaient toujours par le. bûcher pour quelques malheureux prêtres accusés de sorcellerie,
Gauffridi à Aix, Urbain Grandier à Loudun, Thomas Bouffé à Louviers
Et nous continuerons l’examen de quelques-unes de nos gravures dont les sujets sont d’ordinaire moins tragiques.
Les Vies des Saints illustrées nous donnent des documents le plus souvent fort curieux.
Saint Benoît, par exemple, eut souvent maille à partir avec le démon; Carrache nous l’a montré exorcisant un possédé. Mais les estampes qui illustrent ses Vies sont plus explicites.
J’ai trouvé dans une V ie de saint Benoît1 2 , au cabinet des estampes, plusieurs gravures relatives aux démoniaques. Le Dr Tommasi nous les avait également signalées, mais avec une indication bibliographique un peu différente et en les accompagnant de notes explicatives que nous reproduisons ici 3.
La première gravure (Fig. 63) est commentée ainsi qu’il suit :