‹ L'art et la médecineChapitre 41 sur 191 · FIG. 71. — SAINT IGNACE · texte numérisé non relu

FIG. 71. — SAINT IGNACE

(Gravure de 1625.)

LES DÉMONIAQUES

si pleines de fantaisie et d’étrangeté. Il était assez naturel qu’il ne laissât pas passer l’occasion de représenter quelques diablotins lorsqu’elle s’offrait à lui. Dans le Calendrier pour tous les Saints de Vannée *, qu’il a illustré, il y a sept scènes d’exorcisme dont j’ai fait reproduire les deux plus intéressantes (Fig. 72 et 73). Je ne m’y arrêterai pas, pour dire un mot d’une œuvre plus importante du maître relative aux possédés.

C’est une grande gravure in-4° avec encadrement, datée de 1630, signée et dédiée au très illustre seigneur D. Christofono Bronzini.

Elle représente une scène d’exorcisme.

Une jeune femme possédée est amenée par deux hommes. Elle se renverse en arrière, et est presque entièrement soulevée par un fort gaillard dont le bras est passé autour de la taille. Les deux bras sont étendus, la tête penchée de côté, la bouche ouverte'et tordue, etc. L’œil exprime la souffrance. • La délicatesse de la jeune possédée, dont le corps disparaît presque sous les plis de la robe, ses traits gracieux à peine déparés par la torsion de la bouche, et encadrés par de longs cheveux retombant sans être épars, la pose des bras et des jambes qui n’ont rien de convulsif, composent un ensemble qui, loin d’être effrayant, est charmant à regarder, mais qui ne saurait avoir d’autres prétentions que celles d’une agréable fantaisie.

Enfin, quelques traits piquants, tels que la bonhomie du prêtre qui cherche dans son livre l’oraison qui doit calmer toute cette agita-

t'N JEUNE POSSÉDÉ, PAR JACQUES CALLOT.

(Eau-forte.)

1 . Les images de tous les saincls et saintes de l'année suivant le martyrologe romain, faictes par Jacques Callot, et mises en lumière par Israël Henriet. Dédiées à monseigneur l'éminentissime cardinal duc de Richelieu. A Paris, chez Israël Henriet, 1G30.

tion, la frayeur du jeune enfant de chœur qui se cache derrière l’exorciste, les sentiments divers qui partagent l’assistance, parmi laquelle on distingue de fort grandes dames, au premier plan un malingreux et un hallebardier, ajoutent à l’intérêt tout pittoresque de l’œuvre du maître lorrain.

Faut-il parler ici des gravures de Sébastien Le Clerc (1637-1714). Nous en avons déjà cité une plus haut. Une seule autre nous retiendra quelques instants, parce qu’elle présente quelques traits naturalistes nettement marqués. Elle fait partie d’une suite relative à la vie de saint Bruno.

Une femme se débat dans d’horribles convulsions, maintenue à grandpeine par cinq hommes. La violence des mouvements est bien rendue

LES DÉMONIAQUES

Nous remarquons, en outre, la crispation du poing- gauche, Te strabisme oculaire, le corsage à demi dégrafé. Le saint est en prière* pendant que le diable s’éloigne au milieu d’un léger sillon de fumée.

Enfin, les Bibles illustrées ne d’exorcismes dont la -vie du Sauveur est semée. La plupart de ces illustrations, conformes aux traditions signalées plus haut, n’ont qu’un intérêt secondaire.

Je me contenterai d’en signaler quelques-unes en passant (Fig. 75, 76, 77). On me permettra cependant d’insister un peu plus sur deux belles gravures de Bernard Van Orley (1490-1560), le grand artiste décorateur qui a dessiné de si magnifiques cartons pour tapisseries ou pour vitraux.

Les compositions dont il s'agit offrent, d’ailleurs, plus d’intérêt au point de vue de la mise en scène et de l’effet décoratif qu’au point de vue de la justesse et de la vérité des attitudes.'

Les démoniaques de Van Orley

sont pas sans .reproduire les scènes

Page 1