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V. — DANSE DE SAINT-GUY

L’hystérie ne se retrouve pas seulement sous la livrée des démoniaques. Nous avons montré ailleurs qu’elle est encore au fond de ces épidémies bizarres de dansomanie, dont la fameuse danse de Saint-Guy, qui désola les provinces du Rhin pendant le xiv'-’ et le xv1' siècle, est une des plus célèbres. Elle ne s’éteignit que lentement, et nous en retrouvons les derniers vestiges au xvie siècle, dans ces processions dansantes qui, à des époques déterminées de l’année, avaient lieu, en manière de pèlerinage, à certaines chapelles privilégiées .

Le hasard voulut qu’un maître dessinateur et peintre, Pierre Rreughel, fût témoin d’un de ces singuliers pèlerinages, qui se rendait à l’église de Saint- Willibrod,à Echternach, près de Luxembourg. Un spectacle si plein de singularité et de mouvement était bien fait pour tenter le crayon de celui qu’on a’’ surnommé le peintre des paysans, ou encore Wiensen Breughèl , Rreughel le drôle. Et c’est pour nous une véritable bonne fortune que le dessin d’un maître . si habile et si consciencieux. Il est facile, en effet, d’y reconnaître à première1

LES DÉMONIAQUES

vüe que l’hystérie et l’hystéro-épilepsie jouaient là, comme elles l’ont fait dans les épidémies proprement dites, un rôle prédominant.

Nous connaissons un croquis de Pierre Breughel représentant une scène d'ensemble, puis plusieurs gravures de Houdius relatives au même sujet, et exécutées d’après des dessins plus étudiés du maître flamand Dans le croquis de P. Breughel (Fig. 79), qui fait partie de la galerie de l’archiduc Albert', une série de femmes soutenues chacune par deux hommes,

FIG. 79. — DANSEURS DE SAINT-GUY CONDUITS EN PÈLERINAGE A L ÉGLISE DE SAINT-WILLIBROD, A ECHTERNACII, PRÈS DE LUXEMBOURG.

(D’après un dessin de P. Breughel, à la galerie de l’archiduc Albert, à Vienne.)

et précédées par des joueurs de cornemuse, soufflant à pleins poumons dans leurs instruments, se dirigent en dansant, sur une seule file, vers une chapelle qu’on aperçoit dans le lointain, et où se trouvent sans doute déposés les restes du saint. Ce sont des gens du commun, car leur mise est à peu près celle des paysans qui figurent dans les tableaux de Téniers et de Brauwer.

1. Cette figure, dont nous donnons ici la reproduction, est empruntée aux Leçons sur les maladies du système nerveux , de Charcot. On la trouve également dans l’intéressant ouvrage de M. P. Lacroix, Vie militaire et religieuse au moyen âge et à l'époque de la Renaissance.

Paris, 18731.

L’ordre de la procession se trouve de temps en temps troublé ; plusieurs des

pèlerins, en effet, en proie aux tourments d’attaques dont le caractère ne peut

(Croquis d’après la gravure de Houdius, figure suivante.)

être méconnu, gesticulent, se contorsionnent et se débattent sous l’étreinte de leurs compagnons; ceux-ci — et c’est là peut-être lecir principale fonction —

font tous leurs efforts pour lés contenir et les empêcher de tomber à terre. La scène est, on le voit, fort animée; elle devait être aussi fort bruyante, car quelques-uns des énerg’umènes semblent crier à tue-tête.

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