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VI. — CONVULSIONNAIRES DE SAINT MÉDARD

Les épidémies convulsives dans lesquelles on a voulu voir l’influence d’un principe surnaturel n’ont pas toujours été attribuées à l’action néfaste du génie du Mal, du démon. En plusieurs circonstances, elles ont été considérées comme une intervention du principe du Bien dans l’humanité, comme une manifestation de la puissance divine elle-même.

Les sectes religieuses qui en étaient les victimes y voyaient les marques d’une faveur spéciale de la divinité, et s’en servaient comme de preuves irréfutables pour faire prévaloir leur doctrine, et confondre leurs adversaires.

Ces interprétations opposées ne pouvaient manquer d’amener, dans la forme extérieure des accidents, quelques modifications en rapport avec la croyance généralement acceptée.

Mais il est curieux de mettre en lumière les traits communs qui relient entre elles toutes les épidémies convulsives, quelle que soit leur cause supposée ; d’ailleurs d’ordinaire les avis étaient partagés et lorsqu’un parti prônait l’action divine, les adversaires ne manquaient pas d’accumuler preuve sur preuve, pour tirer des mêmes faits une conclusion diamétralement opposée et démontrer l’influence du malin esprit.

Ce fut le cas de l’épidémie de convulsion qui se produisit à Paris dans la première moitié du siècle dernier, et qui débuta autour du tombeau du diacre Paris, dans le cimetière de Saint-Médard.

Bien que les convulsionnaires de Saint-Médard n’aient pas donné lieu à d’importantes œuvres d’art, nous ne saurions les passer sous silence, car ils sont un anneau de la chaîne des manifestations variées de la grande hystérie au travers des âges, et les gravures du temps qui leur sont consacrées apportent à notre opinion un appui non moins démonstratif que les textes écrits.

Nous résumerons en quelques lignes l’histoire de l’épidémie convulsive de

J. -H. Krier. Luxembourg, 1870. L'abbaye de Saait-Willibrod et la procession des saints dansants à Ecliternach, par H. Eltz. Luxembourg, 1861.)

Le Monde illustré , du 2 juin 1888, a publié uu article accompagné de dessins dans lequel M. Théodore Gosselin raconte les faits dont il a été lui-même témoin à Echternach lors de la procession dansante de la même année. L’air que chantent les danseurs y est noté.

Saint-Médard. Les événements qui s’y rattachent peuvent se grouper en trois époques.

Première époque. — François de Paris, diacre de l'église de Paris, défenseur des doctrines jansénites, meurt en odeur de sainteté et est enterré le 2 mai 1727 dans le petit cimetière de Saint-Médard. Bientôt des miracles1 s’opèrent sur sa tombe et aux yeux des appelans décident en faveur de la doctrine janséniste. Ces miracles soulevèrent l’incrédulité générale qui se « déchaîna, dit un auteur du temps, dès le commencement, de vive voix, puis par un grand nombre d’écrits de toute espèce, sérieux, raisonnés, satiriques, burlesques, comiques. Les miracles du saint janséniste furent condamnés par des mandements, anathématisés en chaire et joués sur le théâtre... En un mot, jusqu’à présent la légende des miracles de l’abbé de Paris n’a trouvé crédit que. dans le parti janséniste, malgré toutes les démonstrations que les convulsionnaires et leurs défenseurs ont données de leur authenticité » 2. Pendant cette première période, il n’est aucunement question de convulsions.

Deuxième époque. — Jusque vers la fin d’août 1831, les miracles des g’uérisons s’étaient faits au cimetière de Saint-Médard avec assez de simplicité. Les malades faisaient des neuvaines et imploraient l’intercession du saint diacre en s’étendant sur son tombeau et en baisant même la terre qui l’environnait. Mais dans le mois d’août 1731, les convulsions apparaissent, et, suivant l’expression des fervents, « Dieu changea ses yoyes, et celles dont il se servit alors pour la guérison des malades fut de les faire passer par des douleurs très vives et des convulsions très extraordinaires et très violentes ». Dans les récits qui ont été laissés de ces miracles et des convulsions qui les accompagnaient, il est aisé de reconnaître le rôle important que jouait la grande hystérie. Mais l’épidémie n’existait pas encore avec les caractères qu’elle devait revêtir plus tard. Peu à peu, les convulsions devinrent plus fréquentes, et la foule des convulsionnaires si considérable, que la Cour s’émut des conséquences qui pouvaient résulter de semblables désordres. On publia le 27 janvier 1732 une ordonnance du roi pour fermer la porte du petit cimetière de la paroisse de Saint-Médard... avec défense de l'ouvrir sinon pour

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