‹ L'art et la médecineChapitre 5 sur 191 · FIG. 6. — LE POSSÉDÉ IDE GÉRASA · texte numérisé non relu

FIG. 6. — LE POSSÉDÉ IDE GÉRASA

(Mosaïque de Ra venue, v® s.)

Une mosaïque de Ravenne 1 (ve siècle) reproduit ce miracle (Fig’, 6); l’artiste nous montre le possédé alors qu’il est délivré de sa légion de diables. II est à genoux aux pieds de Jésus, les deux mains tendues en avant, la tête légère-

1 . Depuis que ce livre est sous presse, la Nouvelle Iconographie de la Salpêtrière a publié une très intéressante étude d’ensemble de M. Jean Heitz sur les démoniaques et les malades dans l’art byzantin. Aux documents que j’avais déjà signalés avec Charcot et qui sont les plus importants et les plus caractéristiques de la belle époque byzantine (on les retrouvera avec d’autres dans cet ouvrage), il eu a ajouté un grand nombre d’inédits qui permettent de suivre les différentes phases de l’art byzantin depuis ses débuts jusqu’aux époques de décadence. C’est avec plaisir que nous voyons M. Heitz s’attacher à mettre en valeur le double intérêt par nous signalé de cès études de critique scientifique des œuvres d’art, tant au point de vue de l’histoire de la médecine qu’au point de vue de la critique artistique elle-même.

LES DÉMONIAQUES

ment inclinée, le regard fixé à terre dans une attitude d’humilité et d’action de grâce. Le miracle est opéré, et ceux qui viendront désormais vers Jésus pourront voir, ainsi que le dit la Bible, celui que le démon tourmentait, calme, habillé et dans son bon sens.

Dans cette figure, l’artiste a pour ainsi dire tourné la difficulté, en choisissant le moment où la délivrance est un fait accompli. Elle est comme le type d’une série dont nous trouverons des spécimens à toutes les époques, et dont l’intérêt est en dehors des signes de la possession elle-même. Quant a ces signes, 'nous savons qu’ils sont de deux sortes, naturalistes ou conventionnels, et dans toute la période archaïque, ce sont ces derniers qui dominent. Nous voyons alors les chaînes aux pieds et aux mains, et quelquefois au cou, devenir comme le symbole de la possession. Il en est de même de la nudité qui est, dit le comte Grimoüard, l’attribut du vice personnifié, des démons, des damnés et même des possédés, comme étant momentanément sous la puissance du démon. Si nous ajoutons la présence déjà signalée d’un génie, souvent ailé, qui s’échappe de la tête du possédé, nous aurons l’ensemble des signes les plus caractéristiques des possédés dé cette première époque. Mais ces traits sont indépendants de la pose du personnage lui-même qui exprime une agitation plus ou moins naïvement rendue. Et sur ce dernier point, on peut encore relever plusieurs signes traditionnels qui sont la flexion des jambes, une torsion violente de la tête et le hérissement des cheveux.

Un ivoire 1 de la même époque que la mosaïque dont il vient d’être question (ve siècle), fragment de couverture d’un évangéliaire de la bibliothèque de Ravenne (Fig. 7), retrace une scène d’exorcisme dans laquelle le possédé, délivré par le Christ, nous offre un bel exemple de la façon barbare dont ces malheureux étaient parfois enchaînés. Non seulement les chevilles et les poignets sont réunis par de lourdes chaînes, mais, des deux poignets, partent deux autres chaînes qui se rejoignent autour du

1. Cet ivoire est signalé par Goridans Thésaurus veterum diptychorum, t. III. La planche VIII en donne une reproduction par la gravure.

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