FIG. 7. — LE CHRIST DÉ- LIVRANT UN POSSÉDÉ
(Ivoire du vc siècle,. fragment de la couverture d’un évangéli’aire de ïa bibliothèque de Ravenne.)
cou. Debout, le pauvre démoniaque étend les bras autant que les liens dont il est accablé peuvent le lui permettre ; il a les jambes légèrement fléchies, comme pour s’éloigner. De son crâne, une petite forme humaine qui étend les bras sort à demi. Le Christ tient une croix de la main gauche, et lève la droite vers l’énergumène en faisant le geste consacré, la paume tournée en avant, l’index et le médius étendus, pendant que les deux derniers doigts sont fléchis.
Tels sont les deux plus anciens documents fig’urés touchant les possédés dont nous avons eu connaissance.
Une miniature d’un manuscrit syriaque delà bibliothèque de Florence (vie siècle) se rapporte vraisemblablement à un sujet analogue (Fig. 8). Nous en avons trouvé une reproduction dans l’ouvrage du comte Grimoüard de Saint-Laurent sur l’art chrétien. Elle paraît, en effet, représenter un énergumène avec une figure ailée qui s’élève au-dessus de lui. L’auteur ne semble pas très fixé sur la signification précise de ce dessin. Il incline à y voir une scène de magie, à. cause de la présence, à la partie supérieure, d’un personnage qui n’est pas représenté ici, et que le costume fait reconnaître pour une puissance du bien sous l’influence de laquelle le charme est détruit. Peut-être pourrait-on voir là une scène d’exorcisme. Je n’ai d’ailleurs cité ce document qu’en raison de la rareté des sujets de ce genre à cette époque.
Plus tard, au contraire, à partir du ixe siècle, les figurations de possédés se multiplient. Parmi les curieuses fresques de l’église de Saint-Georges, à Oberzell, dans l’île de Reichenau, lac de Constance, décrites par F. Kraus et qui datent du xe ou xi° siècle, il en est une, parmi les plus importantes, qui représente l’exorcisme du possédé de Gérasa (Fig. 9). Elle est ainsi décrite par cet auteur: « Dans le fond de la scène, on aperçoit la cité des Géraséniens. A gauche, le Seigmeur s’avance hors d’un
1. F. Kraus, Die W andgemdlde der S. Georgskische zu Oberzell in der Reichenau . Fribourg en Brisgau, 84.
FIG. 8. — ËNERGUMÈNES.
(Miniature. Manuscrit syriaque de la bibliothèque de Florence. vi= siècle.)
LES DÉMONIAQUES
portique orné de draperies avec huit de ses disciples, et il étend la main droite pour bénir le possédé. Celui-ci, vêtu seulement d’une ehlamyde, accourt vers lui dans une grande animation. Ses bras sont rejetés en arrière. Un petit démon ailé sort desabouche; à droite, on voit les démons qui s’emparent des cochons, et les gardes de Gérasa effrayés qui s’enfuient avec leurs piques. » Nous ajouterons à cette description quelques détails relatifs à la figure du possédé. Les traits du visage contractés témoignent d’une intention naturaliste que nous n’avons pas encore trouvée jusqu’ici. Il s’avance, les membres infé-
rieurs fléchis, suivant la formule qui s’établira plus tard. Quant aux membres supérieurs, ils sont comme retournés, et leur dessin témoigne d’une grande inexpérience. Il semble que l’artiste ait voulu, par cette torsion invraisemblable des bras, indiquer la violence extrême des convulsions démoniaques, mais il a été mal servi par une science insuffisante. En admettant même, comme le suppose Kraus, que les mains soient considérées comme liées derrière le dos, la même critique subsiste.
Mais c’est surtout dans les manuscrits grecs ou latins' que nous rencontrons de nombreuses scènes d’exorcisme. J’en citerai quelques curieux exemples.
Un sacramentaire de Metz (ixe siècle), qui se trouve à la Bibliothèque nationale (n°9428, fonds latin), est orné, à la page 91, d’une fort intéressante vignette
qui nous renseigne sur la pratique des exorcismes à cette époque (Fig. 10). Un saint moine exorcise à la fois deux femmes possédées, l’une à droite, l’autre à gauche. De ses deux mains étendues, il fait le geste hiératique, pendant qu’il lit les prières consacrées sur un gros missel qu’un diacre lui présente. Cheveux au vent, les deux possédées crachent leur diable, non sans de violentes