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Gazette hebdomadaire de médecine et dé-chirurgie

LES NAINS, LES BOUFFONS, LES IDIOTS

bure dorsale, n’a lieu que dans les vertèbres supérieures et profondes, comme elle devait être pour contre-balancer une excurvation aussi forte ; la tête est rejetée en arrière, profondément enfoncée entre les épaules, le front déprimé, comme nous l’avons dit, quoique à un trop faible degré. Toutes les côtes ont subi un double mouvement. L’excurvation dorsale les a rapprochées les unes •des autres à leurs extrémités antérieures en leur imprimant une disposition analogue à celle des rayons d’un segment de roue, d’où il résulte un raccourcissement considérable du thorax suivant le diamètre vertical. D’autre part, leur extrémité antérieure a été portée en avant, leur courbe s’est effacée, le; thorax a subi un aplatissement latéral, en même temps que son diamètre; antéro-postérieur s’est accru et que le - sternum, d’autant plus repoussé en avant que les côtes sont plus longues, a basculé sur ses articulations claviculaires et est devenu presque horizontal: De là vient cette poitrine eh carène dont on voit ici un si bel échantillon.

« La disposition de l’abdomen est aussi fidèlement rendue. La paroi -antérieure poussée d’arrière en avant par les côtes est devenue en grande partie inférieure, et comme d’un autre côté le diamètrevertical de la cavité a été considérablement réduit, comme celle du thorax, par l’incurvation du rachis, disparu pour qui le regarde de face.

«Il n’est pas enfin jusqu’à la courbure latérale droite de l’épine dont les effets consécutifs ne soient traduits sur ce morceau : d’une part par un léger déjettement du cou à gauche, d’où résulte l’élargissement de l’épaule droite , d’autre part par un pli de la hanche gauche sensiblement plus profond que celui de la hanche droite.

« De quelle nature est cette difformité? Le défaut de flexion anguleuse de 1 epine semble d’abord devoir éloigner l’idée d’une carie, et, cette affection éliminée, il ne resterait plus guère d’admissible que le rachitisme. S’il ne s’agissait pas d’un buste, la question pourrait être plus aisément tranchée, car une déviation rachitique de ce genre ne saurait exister sans courbures des membres inférieurs. En l’état de choses, si l’on considère que les côtes ne portent

Honus.

(Terre cuite, .vernissée,.

ventre a presque

pas trace cle nodosités rachitiques, qu elles ne sont pas incurvées vers leur partie moyenne, que le sternum, simplement soulevé, n’est nulle part pnfléchi sur , lui-même, que la flexion ang-uleuse du rachis n’est pas un caractère essentiel du mal de Pott à toutes ses périodes, il nous semble que c’est à cette dernière difformité que se rapporte la figure.

« Ce buste est-il réellement un portrait du fabuliste phrygien ?

«< Nous avons déjà rapporté l’opinion qui attribue à Lvsippe l’original de notre

marbre. Ce ne serait pas une raison pour que la figure fût bien ressemblante, soit' clans les traits, soit dans l’expression de la difformité, puisqu’il n’y avait pas loin de deux siècles que le fabuliste avait été précipité du haut du rocher de Delphes, quand l’artiste de Sicyone vint au monde, mais celui-ci a pu s’aider en partie de quelques données antérieures de la statuaire, en partie d’études anatomiques sur un modèle bossu, en partie de son inspiration, et composer avec le tout une figure dont les caractères physiques et l’expression morale et intellectuelle répondissent à tout ce que l’on savait de l’original.

« Une circonstance vient à l’appui de l’idée qu’on n’a pas voulu seulement modeler un bossu quelconque, mais bien réaliser un portrait : c’est que l’extrême fidélité avec laquelle le dos a été copié ne se retrouve pas dans l’exécution de la tête. Ceux qui sont familiarisés avec les difformités de l’épine reconnaîtront au premier coup d’œil qu’il y a un défaut assez notable de proportion entre le degré de l’excurvation et de la déformation thoracique et celui des défor-

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mations consécutives de la face. Le front est bien un peu fuyant, le crâne s’allonge bien un peu en pain de sucre, mais ces caractères (que les biographes d’Esope lui attribuent) sont trop peu accentués pour une déviation aussi considérable du rachis, le visage lui-même est trop régulièrement conformé. Or cette invraisemblance, nous dirions même cette impossibilité anatomique, de la part d’un artiste si habile à rendre le difforme, ne peut être que l'effet d’un calcul, ne se comprend qu’au profit d’un portrait ou au profit d’un monumen élevé à la mémoire d’uni personnage plus ou . moins célèbre. »

En dehors de ce spécimen que l’on peut rattacher au grand art sculptural de la Grèce, c’est dans les produits d’un art secondaire, dans les figurines en terre cuite ou dans les petits bronzes qu’il faut chercher pour trouver quelques exemples de difformités.

Je trouve signalé dans le Répertoire de la statuaire (/recque et romaine1 de M. Salomon Reinach un petit bronze antique du musée de Vienne qui offre avec le buste d’Esope de telles analpgies qu’il y a lieu de l’en rapprocher, la tête au crâne allongé, enfoncée entre les deux épaules, surmonte un torse muni de deux bosses, l’une en avant, l’autre èn arrière.

Londres possède, au British Muséum, un ivoire très probablement d’orig’ine grecque, d’après M. F. Ravaisson-Mollien (communication orale) et qui nous offre un bel exemple de rachitisme (Fig1. 121). La tête au crâne aplati et allongé par derrière offre le type que nous avons rencontré sur plusieurs petites terres cuites de Mvrina et qui se rapproche de celui de Maccus. La tête est entrée dans les épaules. Le sternum est projeté en avant, et je crois pouvoir diagnostiquer, bien qu’il ne m’ait pas été donné d’examiner la statuette par derrière, une incurvation prononcée de la colonne dorsale. Le grotesque est assis, accroupi à terre.

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