FIG . 131. — LE NAIN
(Tapisserie de la Reine Mathilde.
Bayeux.)
1. Eu. Garnier. Les Nains et les Géants, Paris, 1884. Hachette, p. 96.
quable de microcéphale. Les .traits sont grossiers, le nez est proéminent. Le front fuyant est en retrait sur les arcades orbitaires, et le crâne tout petit fait un contraste frappant avec la face au contraire largement développée et. dont une grande barbe en pointe aug-mente. encore le, volume. Les oreilles sont grandes et, par leur situation, révèlent l'étroitesse de la partie crânienne qui, sur une tête régulièrement conformée, devrait se développer beaucoup plus en arrière.
Mais c’est à partir de la Renaissance qu’abondent les représentations artistiques de fous, de nains ou de bouffons. En effet, ces êtres disgraciés tenaient une telle place dans les mœurs des cours royales, que chaque fois qu’un artiste avait à mettre en scène un roi ou un grand seigneur avec sa suite, le nain ou le fou avait sa place marquée dans la composition. On les voit dans les festins, les cortèg’es royaux, les triomphes, soit que le peintre évoque des scènes contemporaines, soit qu’il retrace des faits d’histoire.
Enfin, - les nains ont eu leurs portraitistes, qu'ils soient représentés seuls; et. pour eux-mêmes, ou aux pieds de leurs maîtres et seigneurs;
De grands artistes se sont chargés de livrer leurs traits à la postérité et ont su faire., avec ces, déshérités de la nature, des chefs-d’œuvre de l’art.
LAUTtANO.
(Médaille.)
Braun, pliot.
FIG. 134. — FRAGMENT DU TRIOMPHE DE JULES CÉSAR, PAR MANTEGNA, (Hampton Court;)
LES NAINS, LES BOUFFONS, LES IDIOTS
Nous avons déjà dit que le nanisme ne relevait pas d’une seule et unique cause morbide. Plusieurs affections, en arrêtant le développement de l’individu, peuvent conduire à ce résultat, et se traduisent extérieurement par des signes différents. A côté du nain difforme et contrefait, nous avons vu qu’il existe un type de nain à peu près régulièrement conformé dans sa petite taille. On trouverait même quelques exemples de proportions parfaites et irréprochables. En y regardant de près, cependant, on peut, le plus souvent, se convaincre qu’il existe tout au moins quelque défaut de proportion entre les diverses parties du corps : le torse est bien fait, mais un peu long, les jambes sont droites, mais trop courtes, la tète est trop volumineuse. C’est à cette dernière catégorie qu’on pourrait rapporter un certain nombre de figures de nains, telles que celles de Spinel Arétin (dans une fresque de San Miniato, à Florence) (Fig. 133), de Domenico Ghirlandaio (dans le Festin d’Hérode à l'église Santa Maria Novella, à Florence), de Gaudenzio Ferrari (dans V Adoration des Mages , Académie des beaux-arts, à Milan), de Bonifacio (dans Moïse sauvé du Nil et présenté à la fille de Pharaon, musée Bréra, Milan), et surtout de Jan van Kellen (tableau de la collection Raczynski, à Berlin).
Nous citerons plus loin les portraits des nains célèbres, Joffreyet K. Gibson, par sir Peter Lely, van Dick et Mytens, et qui se rattachent également au groupe des nains exempts de difformités.
Pour compléter cette liste, nous pourrions ajouter les deux nains dont il a été question plus haut, le gentilhomme polonais Borwilaski, qu’une gravure de van Assen nous montre comme un petit personnage accompli, et Bébé, nain du roi de Pologne, dont il existe deux portraits, un au muséè de Nancy et un autre dans les g’aleries de Versailles, sans compter la statuette en cire de l’École de médecine de Paris.
Mais c’est là l’exception. Dans la très grande majorité des cas, la difformité apparaît dans tout son éclat, car, comme le dit M. Lancereaux, le nanisme est toujours une monstruosité ou une malformation.
A côté du nain, il y avait souvent, dans le personnel des cours royales ou impériales, le fou ouïe bouffon. Sans être d’une taille exiguë, ces derniers personnages n’en relèvent pas moins des diverses affections morbides que pous avons signalées plus haut, et un grand nombre d’entre eux présentaient des difformités physiques que les artistes ont fixées sur la toile, souvent avec
bonheur. Nous passerons rapidement en revue quelques-unes de ces représentations artistiques choisies parmi les plus remarquables, en commençant par les écoles d’Italie.
Le Louvre possède un Magnifique recueil de dessins originaux de Jacopo Bellini (1405 ?-I470?) dont les fils Bellini et Giovanni sont considérés comme les véritables fondateurs de l’École vénitienne. Les dessins de Jacopo
Alinari, phôt.
FIG. 135. — PORTRAIT DE BAIUIE DE BRANDEBOURG ET DE SA FAIM ILLE, PAR MANTEGNA. (Man loue.)
témoignent d’une réelle originalité. Nous en citerons, plus loin, plusieurs relatifs à la représentation de la mort. Pour le moment, il en est un qui nous intéresse plus particulièrement. 11 représente une Adoration des Mages , conçue d’après un plan g’randiose, avec une grande mise en scène. Le cortèg’e des rois Mages se déroule au loin, interminable et descendant un larg’e chemin taillé au flanc d’une haute montagne. Au premier plan, bien en lumière, l’artiste a placé cet accessoire obligé des pompeux cortèges, un nain tenant un faucon sur le poing et portant en bandoulière un grand sabre recourbé.
LES NAINS, LES BOUFFONS, LES IDIOTS
La tête est grosse, avec des cheveux frisés, et les jambes, épaisses comme des piliers, soutiennent un torse trapu.
Mantegna (1430-1505) nous a laissé plusieurs figures de nain remarquables. Dans le Triomphe de Jules César (château royal de Hampton Court, septième panneau), un nain montre une face où se lisent clairement les signes combinés de la scrofule et du rachitisme (Fig. 134). Le crâne est petit et dénudé, sur ses côtés se détachent d’énormes oreilles, le nez est épaté. Mais le trait le plus caractéristique se trouve dans la proéminence excessive de la mâchoire supérieure et dans le boursouflement de la lèvre supérieure. Ses membres sont
courts et trapus. Il porte au poignet droit un bracelet de grelots. Derrière lui, un bouffon, coiffé du bonnet de fou, cligne de l’œil, en faisant avec les mains des gestes grotesques.
Dans le portrait de Barbe de Brandebourg, marquise de Mantoue, entourée de sa famille, Mantegna a représenté une naine à la face élargie, à la tête volumineuse et aux membres disproportionnés, véritable type de myxœdémateuse (Fig. 135).
M. Ch. Yriarte a publié, dans son livre sur Venise ‘, le fac-similé d’un dessin de Mantegna, tiré du recueil de Padoue, et gravé par Francesco Novelli. Un nain, bonnet bas, présente un papier à un seigneur. Il a une grosse tête