‹ L'art et la médecineChapitre 76 sur 191 · FIG. 129. — SILÈNE · texte numérisé non relu

FIG. 129. — SILÈNE

(Statuette bronze antique, collecl. Tliiers, musée (lu Louvre.)

vers la première hypothèse. Cette face au nez camard, aux yeux petits et bridés, à la lèvre inférieure pendante, à la barbe rare, aux joues mafflues et que surmonte un crâne bossue exagéré en hauteur, semble bien appartenir à un sujet myxœdémateux. Tous ces traits sont évidemment pris sur nature et reproduits avec une surprenante exactitude. Aux multiples caractères précédemment énumérés qui font de cet avorton un spécimen remarquable de nanisme, nous pouvons en ajouter un autre qui a aussi son importance

et qui consiste dans l’exiguïté des attributs de la virilité. Ce bronze antique doit être rapproché d’une autre statuette de nain également en bronze et de l’époque de la Renaissance. J’insisterai plus loin sur les 'curieuses ressemblances qu’offrent ces deux spécimens d’art d’époques si éloignées.

A Rome, les nains et les bouffons étaient en honneur. Les empereurs les

prenaient pour conseillers ou pour hochets. Il y avait même une troupe de gladiateurs exclusivement composée de nains qui, tout petits qu’ils fussent, ne s’entre-tuaient pas moins que les autres, s’il faut en croire un auteur du temps.

Les grands et les riches particuliers comptaient toujours dans leur maison un ou plusieurs de ces malheureux dont toute la mission est d’exciter le rire.

En visitant la villa Albani, à Rome, Charcot a remarqué une statue qui devait être le portrait d’un de ces personnages parfois fort incomplets au point de vue intellectuel. 11 s’agit d’un homme drapé à l’antique et dont la conformation de la tète, certainement copiée sur nature, reproduit un type de microcéphale.

Deux petits bronzes du musée d’Avignon, que certains archéologues considèrent comme des caricatures de Caracalla, donnent à l’empereur romain un corps de nain monté sur des jambes torses. L’une d’elles dont je possède le moulage est un type de nain achondroplasique 1.

Dans la collection des bronzes antiques de la Bibliothèque nationale, on voit, sous le n° 973, une statuette d’époque romaine représentant un bossu accroupi;

1. M. le Dr Cestan vient d’en faire une étude approfondie. Voyez Comptes rendus de la Société de Neurologie , 1901.

LES NAINS, LES BOUFFONS, LES IDIOTS

c’est vraisemblablement une des nombreuses figurations d’Ésope. Elle se rapproche du buste de la villa Albani en ce que la bosse présente une courbure arrondie.

Il convient de rappeler ici qu’un certain nombre des statuettes en bronze que nous avons étudiées plus haut sont d’origine incertaine, et peuvent fort bien rentrer dans la catégorie romaine. Mais la chose a peu d’importance, étant donnée l’étroite filiation qui rattache l’art romain à l’art grec.

Au moyen âge, les nains furent en vogue dans toute l’Europe. Nous signalerons de cette époque deux spécimens artistiques intéressants.

La célèbre tapisserie de Bayeux, dite de la Reine Mathilde (xic sièele), qui retrace toute l’histoire de la conquête de l’Angleterre par Guillaume, duc de Normandie, nous montre un nain en titre d’office dans l’exercice de ses fonctions de page (Fig. 131). 11 tient par la bride les deux chevaux des envoyés de Guillaume à Guy de Ponthieu ; son nom TVROLD est inscrit au-dessus de sa tête. Le dessin, tout sommaire et archaïque, retrace cependant, en outre de l’exiguïté de la taille, le volume exagéré de la tête et le développement de la face aux dépens du crâne amoindri.

Le second spécimen nous offre des détails plus précis et par là même plus intéressants. Une médaille de Francesco Laurano (1461) (Fig. 132) reproduit les traits d’un fou nommé Triboulet, mais il ne s’agit pas ici du fou du même nom qui, au siècle suivant, se rendit célèbre à la cour de Louis NII et de François Ier. Le Triboulet de la médaille de Laurano était fou du roi de Sicile, René d’Anjou. C’était un pauvre nain difforme ayant, contrairement à la plupart de ses pareils, la plus petite tête qu’on eût jamais vue l.

Il avait pour coiffure une barrette qui n’était pas plus volumineuse qu’une grosse orange. En effet, la médaille nous montre de profil un type remar-

'TVROI-D

Page 1