FIG. 143. — LE REPAS DO SEIGNEUR CHEZ LÉ VI, PAU PAUL -VÉRONESE. __
(Académie des Beaux-Arts, à Venise.)
Labia, à Venise. Vu de dos, le nain monte les degrés qui conduisent à la table où sont assis Cléopâtre et Antoine (Fig. 147). Nous sommes heureux d’en pouvoir donner une reproduction aussi exacte qu’habile, grâce à l’obligeance et au talent d’un aquarelliste bien connu, M. Charles Toché.
Mais ce n’est pas tout. Tiépolo a mis des nains dans bien d’autres de ses
LES NAINS, LES BOUFFONS, LES IDIOTS
œuvres. Ils sont toujours représentés avec une grande vérité. Par exemple, dans Y Accueil solennel du musée de Berlin, on voit dans l’angle de droite, près d’un grand lévrier, un nain assis et renversé en arrière (Fig’. 148). Il est remarquable par la longueur de son torse et ses bras minuscules.' Dans Y Arrivée de Cléopâtre , du musée de Munich, se trouve également un nain au longtorse, vu de dos, debout, appuyé à une balustrade et escorté de deux lévriers (Fig. 149). Les jambes sont toutes courtes et tordues.
A la galerie royale de Turin se trouve un tableau important d’un maître ferrarais de second ordre, Jacopo Argenti (deuxième moitié du xvi° siècle), et qui mérite notre attention à cause du sujet qu’il représente (Fig. 150), C’est un portrait en pied de Charles-Emmanuel adolescent. Le jeune homme, svelte et distingué, s’appuie de la main droite sur la grosse tête d’un nain qui lui sert en quelque sorte de repoussoir, et particulièrement remarquable par la petitesse de sa taille. La tête, en effet, de cet étrange personnage est énorme, sans déformation spéciale cependant ; la barbe est clairsemée. Mais le reste du corps est si disproportionné qu’à partir du sol jusqu’au menton, il n’a guère plus de deux fois la hauteur de la tête. Les bras, également fort courts, atteindraient à peine au vertex. L’ample vêtement dont il est habillé ne permet pas de reconnaître s’il existe des incurvations rachitiques des membres inférieurs.
Nous ne ferons que signaler le nain que le Dominiquin a placé, dans les fresques de Grotta Ferrata, parmi la suite de l’empereur Othon III rendant visite à saint Nil. En effet, il est presque entièrement caché par l’empereur dont il porte le bouclier et l’épée, et l’on ne voit que sa figure.
Le Dominiquin nous paraît avoir éludé la difficulté; ce n’est pas que l’artiste qui, dans une fresque voisine, a su peindre avec tant de vérité le jeune garçon possédé du Miracle de saint Nil , ait reculé devant la nature. Mais peut-être n’avait-il pas, à sa portée, de nain qu’il pût copier. D’ailleurs, la tête elle-même
Naya, phot.
J?IC, 144. — FRAGMENT DES « AMBAS- SADEURS ANGLAIS • PRÈS - DU ROI MAURE », PAR CARPACCIO.
(Académie de Venise.)
n’a rien de bien caractéristique, les traits sont g’rossiers, il est vrai, mais ils paraissent avoir été arrangés et comme régularisés.
Après les œuvres des peintres italiens, il est intéressant de signaler un petit bronze de Valério Cioli (1530-1602) (Fig. 151). Il fait partie d’une fontaine, et c’est un spécimen remarquable de l’art décoratif de la Renaissance. M. Meige en a donné la description suivante 1 :
« Tl tient dans la main gauche, levée au niveau de l’épaule, un poisson, de
(Extrait du recueil de cent eaux-fortes du maître reproduites par C. Jacobi.)
la bouche duquel jaillit un jet d’eau. De la main droite, il vide une fiole. Ses pieds reposent sur un dragon à long’ue queue.
« La figure est particulièrement bien traitée : front saillant, bossué, nez épaté, lèvres épaisses, les joues larges et pendantes, couvertes d’une barbe courte et frisée, les yeux petits aux paupières lourdes et bridées : l’ensemble constitue un curieux mélange des faciès rachitique et myxœdémateux. Le corps semble un amoncellement de graisse où se noient les reliefs d'es