Nouvelle Iconographie cle la Salpêtrière, 1896, p
LES NAINS, LES BOUFFONS, LES IDIOTS. 219
muscles et des os. Deux paquets adipeux gonflent la poitrine, formant sous les mamelons des apparences de seins affaissés qui surplombent le bord inférieur du pectoral, comme il est de règle chez tous les sujets gras. L’abdomen, surchargé de graisse, • s’elfondre sur le pubis, étouffant l’ombilic, et se prolongeant vers les flancs par un épais bourrelet qui encercle la crête iliaque. De cette masse, les cuisses naissent comme deux
FIG. 140. — KÏÜUES l)F. NAINS, PAU TI1ÎPOLO.
(Extrait du recueil de cent eaux-fortes du maître reproduites par C. Jacobi.)
bourgeons énormes que terminent des jambes et des pieds boursouflés. Les plis de la peau, distendue par la graisse, donnent aux bras 1 apparence de boudins ficelés, et, dans la bouffissure des mains, se creusent des fossettes en cupules, comme on en voit chez les petits enfants. Cet avorton œdémateux est d’un réalisme surprenant. »
Qu’il s’agisse ici du myxœdème ou de l’obésité jointe au nanisme, peu importe. Ce diagnostic rétrospectif dans sa précision absolue n’ajouterait rien à l’intérêt artistique ou même scientifique de cette œuvre. Ce qu’il importe de mettre en lumière, ce sont les qualités d’observation vraiment remarquables de l’artiste qui l’a exécuté. Et la description qui précède suffit à le démontrer.
Le nain de Cioli offre les plus grandes ressemblances avec- le Silène de la collection Thiers dont il a été parlé plus haut.
Il semble que les deux artistes, à plus de quinze siècles de distance, aient fait
Fin. 147. — NAIN, PAR- TIÉPOLO.
(Fragment d'une fresque du palais Labia à Venise, d'après un croquis à L'ftquarelJe de M, Toché.)
poser le même modèle. En dehors de toute autre considération, c’est la meilleure preuve et de la sincérité des artistes et de la persistance des types morbides à travers les âges.
L’école espagnole, pauvre en démoniaques, riche en extatiques, est également riche en représentations de nains, déboutions ou d’idiots.
LES NAINS, LES BOUFFONS, LES IDIOTS
On peut voir au Louvre un tableau célèbre de Ribera (1588-1656), connu sous
. — l’accueil 'SOLENNEL (FRAGMENT), PAR TIÉPOLO. (Musée de Berlin.)
la dénomination du Pied bol (Fig'. 152). Il montre, en effet, un jeune mendiant atteint de cette infirmité, et le pied droit difforme ne pose à terre que par
les orteils ; c'est ;dqnc; le pied bot équin représenté avec la plus grande vérité. Mais ce n’ést pas tout : le médecin qui examine cè tableau reconnaît en outre que la main droite qui relient le chapeau n’est point normale.
Son attitude, parfaitement caractéristique, dénote qu’elle est atteinte d’une défortnation analogue à celle du pied, bien que les doigts, placés en perspective, disparaissent sous le bord du chapeau. Le membre tout entier. est roide, et sort mouvement est empreint d’une gaucherie bien typique. Donc, du même côté du corps, le membre supérieur et le membre inférieur sont atteints de
.contracture avec déformation permanente, et les caractères en sont tels que nous n’éprouvons aucun embarras à prononcer le diagnostic d’hémiplégie infantile, résultant d’une atrophie cérébrale portant sur l’hémisphère du côté opposé. L’expression niaise de la physionomie vient compléter le tableau en nous révélant le développement incomplet des facultés intellectuelles qui accompagne d’ordinaire cette affection.
Le pauvre petit mendiant porte de sa main gauche, avec sa béquille, une pancarte sur laquelle on lit : Du mihi eli/nosinain propter aniorepi Dei.
Urt élève de Ribera, Lrc.\ < uordano, surnommé Fa-presto à cause de sa fécondité et de la facilité avec laquelle il travaillait, a représenté un nain dans une de ses fresques qui décorent l’Escurial. On voit, en effet, dans une fresque du grand escalier de la Claussura, la Reddition de Saint-Quentin, un de ces avortons guerriers aux jambes torses, faire partie de la-suite de Philippe IL 11 est ceint de l’épée. Un grand chien blanc est à côté de lui.
Velasquez (1599-1060), le peintre de la cour de Philippe IV, paraît avoir eu une prédilection marquée pour ces malheureux infirmes nains ou idiots, enfants déshérités de la nature. Le musée du Prado., à Madrid, ne contient pas moins de sept tableaux qui leur sont exclusivement consacrés. .
FIG. 150. — PORTRAIT DE CHARLES EMMANUEL ADOLESCENT, PAH JACOPO ARGENTI. (École l'errai'aise, deuxième moitié du xvi" s., galerie royale. Turin.)
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Ce sont les suivants :
N° 32. Bouffon de Philippe IV, appelé Pablillos de Valladolid. — N° 30. Les Ménines. — N° 35. Portrait du nain El Primo. — N° 36. L’enfant de Vellecas. — N° 37. Portrait de l’idiot de Coria. — N° 38. Nain de Philippe IV, appelé Sébastien de Morra. — N° 55. Nain de Philippe IV, appelé don Antonio l’Anglais. Il faut encore ajouter un tableau du musée d’Auch, « la naine Barbola », et
FIG. 151. — NAIN, PAR CIOLI DA SETTIGNANO. (Musée national, Florence.)
un autre du musée de Vienne, un enfant au large et niais sourire, tenant une fleur à la main, et désigné sous cette simple dénomination : « l’Idiot ».
C’est bien là, en effet, un portrait pathologique.
Il y aurait une grosse erreur à considérer cette figure comme la simple image parlante du rire : « Tout rit dans ce visage, disent MM. Pécaut et Baude, la bouche, les dents, les yeux, le nez. 11 est difficile de le regarder sans ressentir la contagion de cet éclat de joie qui pétille dans tous les traits 1 ». Cette contagion, le médecin ne la partage pas. Car ce visage porte l’empreinte