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L'art et la vie de Stendhal

® Les cpuvres et les liommes.— 1* partie, les Romanciers. ® Rnuie des deux yfondis.

’ Hex'ue des deux Mondes.

* Éludes morales sur le temps présent.

^ Notice sur la vie et les ouvrat^'es de Henri Beyle.

A bâtons rompus ** Article de ruycMir.

•• Préface de Vamour.

** Notes et souvenirs.

** Préface d'Armonce.

** Heures de travail.

Impressions littéraires.

Écrivains et hommes de lettres.

Mélanges.

8 l’art et la vie de stendal.

viens, à mon tour, essayer de faire connaître l’Art et

la Vie d’Henri Beyle.

L’étude d’un seul écrivain peut tenir lieu de tout un livre de philosophie, si cette étude, — pénétrant au-delà des apparences, — va jusqu’au cœur de l’homme, jusqu’à ce fonds intime et ce naturel primitif qui subsistent toute la vie sous les greffes de l’éducation et du monde.

Ainsi comprise, cette étude n’est plus le récit superficiel de faits et gestes plus ou moins intéressants, ni la critique i.solée des œuvres; ce n’est plus la courte et banale notice d’autrefois : c’est la définition particulière, la détermination complète d’un individu qu’on ne pourra plus ensuite confondre avec personne, et qui contient en lui l’abrégé de l’humanité.

Je voudrais appliquer cette méthode à Stendhal, l’interroger dans sa correspondance et dans ses livres, * l’examiner à fond dans ses origines, dans son édu-

cation, dans la culture qu’il s’est donnée lui-méme, à travers sa vie toute entière.

Grâce à cette méthode régulière qui entoure un homme et qui l’assiège en quelque sorte par tous les côtés, on peut s’emparer de sa personne, le réduire à la vérité complète et te forcer dans ses derniers retranchements.

Je ne me bornerai pas à définir le caractère de Beyle, ni même à apprécier son originalité : je veux remonter de scs nombreux écrits à sa nature intime.

INTRODUCTION

et dire, sans réticences , ce qu’il était au fond et ce qu’il pensait.

Il prétendait n’en savoir lien lui-niôme. On a tiré de ses papiers celte phra.se singulière ; « Qu’ai-je été ? que suis-je? En vérité je serais liien -embarrassé de le dire. » Nous le dirons pour lui. Une étude attentive, un examen profond, minutieux de la personne et des écrits d’Henri Beyle doit nous apprendre, non pas seulement ce qu’il était et ce qu’il a fait ; elle doit nous découvrir (et c’est là le grand intérêt philosophique) les causes de ses qualités bonnes ou mauvaises.

La nouvelle critique, la biographie intelligente et philosophique consistent précisément à exjdiqucr un homme, à découvrir les motifs cachés de ses sentiments et la raison secrète de tous ses actes. Ces causes intére.s.santes, — souvent dissimulées, avec intention, sous le rôle que tout homme joue, plus ou moins, en public, — ces causes existent. Il les faut découvrir sous les prétextes faux mis en avant. On les trouve dans la complcxion originelle, dans le tempérament primitif, plus ou moins modifié par le régime et par l’éducation première du collège et de la famille ; elles se manifestent, sans erreur possible, dans les habitudes de l’esprit, dans le ton, la démarche cl la tournure du style; elles dépendent ellesmêmes de la force des organes , du degré d’attention dont on est capable, de l’habitude ou do l’impuis-

10 l’art KT la vie de STENDHAL,

sance de la réflexion et du raisonnement, de l’influence de l’imagination, enfin des inclinations ordinaires du cœur. — Do la force ou de la faildesse du caractère naissent infailliblement; la ruse, l'habile hypocrisie, ou bien, au contraire la franchise, la fierté, le dédain du mensonge, dans la vie du monde et dans l’art.

11 ne suffit donc pas de louer ou de blûmor un homme pour le faire connaître. En parlant de Beyle, par exemple, on court grand iis(iue de se tromper (comme l’ont fait tant de critiques), en le définissant d’un mot, en disant de lui qu’il est un épicurien immoral, un paradoxal fantaisiste, un esprit original ou exorbitant, su()érieur ou ennuyeux. Il faut démontrer l’existence et surtout la rainon de ses qualités et de ses défauts. On veut des faits qui expliquent sa nature, ses instincts premiers, puis ses progrès volontaires ou inconscients dans le vice et dans la vertu.

Le .seul moyen de porter sur Stendhal un jugement utile, sera de faire l’histoire de scs passions, de les examiner dès leur naissance, de les suivre à travers les changements qu’amène l’Age ; de les voir : égoïstes ou nobles, vulgaires ou distinguées, grandir, s’altérer ou se ranimer plus vives suivant les temps et les circonstances ; de comprendre en un mot leur raison d’être et la nécessité morale de leur développement.

Une autre question sera de savoir s’il fut heureux ?

INTHODUCTIÜN. Il

Comment'? et de quoi 7 Quels furent la ([ualité et les éléments du lionheur qu’il cherehait?

Puis nous étudierons son caractère, dans ses relations avec les hommes*? nous verrons s’il fut bon , cruel , égoïste , ou compatissant , enthousiaste ou sceptique, etc.

En résumé, la hiograplne, ne peut être qu’un misérable recueil d'anas, si elle n’est une enquête positive et philosophique instituée sur tout l’homme.

« Quant à moi. Je l’avoue, ce ([ui m’attache, depuis les Pies des humnies i/iu.sfres, de Plutun(ue , ju.squ’aux monographies à la manière anglaise, c’est l’étude intime de l’individu, c’est le détail vivant et caractéristique. — La philosophie de l’histoire est une sphère supérieure d’où l’on plane sur l’ensemble de l’humanité ; mais la vie des hommes — illustres, ou non, — leur biographie détaillée, voilà ce (pù nous saisit, nous captive, nous intéresse intimement. L’étude du moral et celle du physique y sont étroitement unies, mêlées et confondues'. »

Le maître et l’inventeur de la critique naturelle, M. Sainte-Beuve, révélant un jour la méthode qu’il einj)loie depuis si longtemps, nous montre qu’on ne saurait s’y prendre de trop de façons et par trop de bouts pour connaître un homme, c’est-à-dire autre chose qu’un pur esprit. « Tant (ju’on ne s’est pas

' Emile Dcuthanel; f»»«i rie criliqur nnlurrllf.

12 l’art kt la vie de htenimlvl.

adressé sur un auteur un certain nombre de questions et ([u’on n’y a pas répondu, ne fût-ce que pour soi seul et tout bas , on n'est pas sûr de le tenir tout entier, quand même ces questions sembleraient le plus étran<5ères à la nature de ses écrits. — Que pensait-il en religion? — Comment était-il affeclé du spectacle de la nature? — Comment se comportait-il sur l’article des femmes? — Sur l’article d’argent? — Était-il riche, était-il pauvre? — Quel était .son régime, quelle était sa manière journalière de vivre, etc.? — Enfin quel était son vice ou son faible? Tout homme en a un. Aucune des réponses à ces questions n’est indilférente pour juger l’auteur d'un livre et le livre lui-même, si ce livre n’est pas un traité de. géométrie puie, si c’est surtout un ouvrage littéraire, c’est-à-dire oü il entre de tout'. »

Nous examinerons donc en Steiulhal son humeur, son tempérament, ses opinions sur l’Art et sur la Vie : c’est-à-dire sur Dieu, sur la nature et riiomme, sur les dilférents peuples, sur les sciences et les religions, sur la morale, sur la femme et l’amour, sur la musique et la peinture, les marbres et les livres, etc.

Nous verrons comment ses idées secondent ou contrarient parfois ses passions, comment son esprit

' Saînle-UciMP.

INTRODUCTION

s’accorde avec son co-iir, conimenl sa manière do concevoir influe sur sa manière de sentir.

Dans riiomme nous analyserons l'écrivain , le ci iliijue d'art, le romancier. Nous jugerons ses personnages, ses amas de notes et, par conséquent, l’espèce de public qu’il lui faut.

En étudiant son style nous découvrirons les qualités et les lacunes de son coeur et de son esprit. Nous chercherons surtout îi déterminer quels étaient son principal moteur, .son grand re.ssort, son idée lixe?

Pour apprécier sa valeur littéraire nous remonterons à son organisation physique. Nous demanderons à ses notes de voyage, ii ses romans et à ses lettres comment il voyait les objets; ipielle impression ils faisaient sur sou Ame; pourquoi et comment il décrit la nature; quel est son rêve d’artiste, son microcosme?

L’imagination est-elle sa fliculté dominante? ou n’est-ce pas plutôt la réflexion et la logique? Quel est son degré d’imagination? à quoi s’applique spontanément son enthousiasme? quels .sont ses maîtres, ses disciples, ses ennemis? Aime-t-il l’Art plus que la vie du monde, et tes livres plus que les hommes?....

S’il était, comme nous le croyons, un libre disciple d’Helvétius, de Cabanis et de Montesquieu, revu par Üestutt de Tracy, nous lui appliquerons leur méthode.

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Il est un des premiers ijui aient introduit la pliysiologie dans la criti(iue, il a toujoui-s cherclié l'influence du tempérament sur les œuvres, et cette analyse pénétrante il ne l’appliquait pas seulement à la critique d’art, mais bien à toutes les émotions de la vie morale et principalement à l’amour. — Il analysait tout ; expliquant physiologiquement les causes de telle ambition, de telle ruse, de telle sottise ou de telle haine, etc.

Aussi se plall-on en le lisant, à voir jouer devant soi les res.sorts de toutes les passions. On aime à voir con.struire et démonter, sous .ses yeux, de puissants caractères. On prend un intérêt moial et scicnliri([ue à ces fines dis.sections, à cette anatomie de l’âine oii il est passé maître, et l’on apprend, en rélléchissani sur son œuvre, la physiologie du cœur.

Pour lui-même, Stendhal tenait registre fidèle de ses sentiments et de ses pen.sées. Il écrivait tous les jours quehpies lignes sur ce qu’il avail vu ou senti ; mais il était trop ami du XVIIl® siècle, trop enclin à la réflexion et à l'analyse pour se contenter île noter exactement et sans commentaires les sensations de sa vie. Il y revient, et c’est là son art; il y songe, il les examine, il les retourne, il les explique par les circonstances; il en dit le temps, l’occasion et la cause.

Dans le monde et dans le cabinet, Stendhal est un observateur qui expérimente et raisonne. Il est

INTRODUCTION. 15

sceptique à tout ce qui n’est pa.s démontrable; incrédule, indévot, épicurien spirituel de la famille de Montaigne, il dirait volontiers, avec lui de la vie: Je la veux xivre mollement, pour la jouir au double des autres. » Il est aussi matérialiste, positif, facilement ému, égoïste aimable et .sans hypocrisie, pratiquant, comme l’auteur, cette autre maxime de Montaigne ; « On doit se prêter à autrui et ne se » donner qu’à soi-même. »

CIIAPITRR PREMIER.

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